Qui se souvient du Paradise, le club virtuel le plus cool de Los Santos ?

Écrit par Lucien Rieul
Photo de couverture : ©D.R
Le 04.12.2019, à 18h25
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Écrit par Lucien Rieul
Photo de couverture : ©D.R
Paradise, le nom était sur toutes les lèvres. Sound-system dernier cri, plafond et LED, lasers, canons à fumée… Et un line-up annoncé en grande pompe, rassemblant les ténors de la scène techno/house : The Black Madonna, Tale Of Us, Dixon et Solomun. Le club possède de solides arguments. Sauf qu’il ne s’agit pas du dernier-né des nuits de Londres, Berlin ou Paris : le Paradise est un des clubs à Los Santos, ville fictive du jeu vidéo Grand Theft Auto (GTA).

Cet article est initialement paru en décembre 2015 dans le numéro #178 de Trax, disponible sur le store.

Même dans un jeu, booker Dixon n’est pas donné. Comptez 100 000 $ pour embaucher l’Allemand comme résident dans la dernière extension de GTA Online : Nuits blanches et marché noir. Le joueur y incarne un gérant de boîte de nuit, pourvu d’une palette d’options pour créer un club à son image. Plutôt béton brut ou cuir capitonné fuchsia sur les murs ? Il faudra aussi s’équiper de lumières, dérober un sound-system, embaucher de la sécu, choisir un nom – autant de clins d’œil à la culture club : le Gefängniss (prison en allemand), le Paradise, le Studio ou The Palace –, et enfin s’adjoindre les services de l’un des 5 DJs modélisés dans le jeu. 

Mais que viennent faire ces stars des platines dans GTA ? L’une des forces de la série est son ancrage dans la pop culture. Satire de l’Amérique, la licence entretient un flou entre réalité et fiction. Jusque dans sa musique. Dans les rues de Los Santos, on conduit sa voiture volée en écoutant l’une des radios fictives du jeu, programmées et animées par de vrais artistes : Flying Lotus a sa FlyLo FM, Gilles Peterson la Worldwide FM, Bootsy Collins la Space 103.2… Une tradition qui dure depuis le troisième volet de GTA

« Les premiers jeux contenaient de la musique originale, mais dès GTA III, nous travaillions avec certains de nos artistes favoris, comme le label de drum’n’bass Moving Shadow (sur la MSX FM, ndlr) », se souvient Ivan Pavlovich, directeur de la musique chez Rockstar Games, le studio de GTA. « Nous avons toujours essayé d’avoir de la dance music de qualité dans nos jeux depuis. Il y a eu Mr. Fingers et Frankie Knuckles sur la radio SF-UR de San Andreas, François K et sa station Electro Choc dans GTA IV… » Dans Nuits blanches et marché noir, les DJs ont tous enregistré un mix exclusif pour la bande-son. « Nous voulions capturer l’énergie du club de façon réaliste, [les DJs] ont donc joué en live. Pour chaque performance, notre studio était transformé en mini-rave, ce qui nous a permis de capturer les danseurs et les DJs en même temps », explique Ivan. 

Les cascades de The Black Madonna  

« On a beaucoup bu » ajoute Marea Stamper, alias The Black Madonna. En plus d’avoir contribué à la BO, la DJ de Chicago en est devenue l’un des personnages. Comme les danseurs, les artistes ont été modélisés en motion capture et apparaissent dans plusieurs missions du jeu. Aller chercher le DJ à la sortie de l’aéroport ? Trop facile. Pour The Black Madonna, il faudra prendre l’hélicoptère pour la secourir sur les docks, où elle vient de se faire coffrer par la police après avoir organisé une rave clandestine. « J’ai tourné toutes ces scènes moi-même », s’enthousiasme Marea. « Quand j’ai montré les premières images à ma mère et à mon mari, ils pensaient que c’étaient des photos. Cette expérience a surpassé mes fantasmes cyberpunks adolescents les plus fous. » Le joueur peut quant à lui se balader librement dans son club et y inviter jusqu’à 30 amis en ligne. Guestlist pour tout le monde.

Le dernier volet majeur de la licence, GTA V, s’est vendu à plus de 90 millions d’exemplaires. Ses recettes s’élèveraient à 6 milliards de dollars – le double d’un film Star Wars. Figurer dans sa bande-son (240 morceaux pour l’épisode V) représente une opportunité commerciale très convoitée par les artistes et leurs labels. Mais pas que. Dans Nuits blanches et marché noir, Marea se félicite surtout du gain de visibilité pour les musiques électroniques. « Je suis très touchée par la façon dont ce projet permet de faire découvrir la dance music à des personnes qui n’ont peut-être pas de grand club dans leur ville. C’est une porte d’entrée pour tellement de gens, et je trouve admirable la façon dont Rockstar en a pris soin au fil des années. » Bientôt des « je l’ai découvert dans GTA ! » au fumoir des vrais clubs ?

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