Paris : Le Palais de Tokyo accueille l’expo immersive colossale et bouleversante d’Anne Imhof

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Aurélien Mole
Le 02.06.2021, à 10h32
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©Aurélien Mole
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Photo de couverture : ©Aurélien Mole
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Prévue à l’automne 2020 puis décalée du fait de la crise sanitaire, la carte blanche à Anne Imhof était l’une des expositions les plus attendues de la réouverture des établissements culturels. La proposition, aussi bouleversante que magistrale, est largement à la hauteur de nos attentes.

Par Anne-Charlotte Michaut

Née en 1978, l’artiste allemande est devenue ces dernières années une figure incontournable de la création contemporaine, reconnaissance dont témoigne le Lion d’or qu’elle a reçu à la 57ème biennale de Venise (2017) pour Faust, opéra contemporain performé qui investissait le pavillon allemand du Giardini. Au Palais de Tokyo, elle propose sur 10 000 m2 une « œuvre totale et polyphonique », selon les commissaires Vittoria Matarrese et Emma Lavigne. Mettant à nu le bâtiment rénové en 2001 par Lacaton & Vassal (lauréats du Pritzker cette année), elle métamorphose l’espace et déploie un univers où tout semble au bord du gouffre.

Principalement connue pour ses performances, Anne Imhof évacue cette fois-ci la présence humaine et présente tout l’éventail de sa pratique protéiforme (peinture, installation, vidéo…) en regard de travaux de près de trente autres artistes qui l’inspirent – de Géricault à Wolfgang Tillmans, en passant par Eva Hesse ou David Hammons. Des parois de verre frayent un chemin dans l’espace : elles ne l’obstruent pas, mais créent au contraire de nouvelles perspectives, révèlent des interstices et jouent des vides et des pleins, des reflets et des ombres. À rebours d’une vision utopique, Anne Imhof révèle, dans un écosystème fait d’échos et de dialogues, les failles, la violence et les ambiguïtés de notre époque, interroge le rapport entre vivant et non vivant, donne à voir la nostalgie, l’angoisse, le désenchantement et les rapports de domination qui sous-tendent notre société. Une vision aussi acerbe que juste et subtile de notre monde en constante mutation. 

Parmi la multitude d’œuvres présentées, Trax en a sélectionné cinq à découvrir au gré de cette expérience immersive.

Anne Imhof et Eliza Douglas, Sound Rail I et II, 2021

L’exposition est accompagnée d’une bande-son originale réalisée par l’artiste et compositrice Eliza Douglas (née en 1984). À deux endroits, des rails en forme de circuits de course auxquels sont suspendues des enceintes sont installés au plafond. La musique hybride et hypnotique composée par Eliza Douglas s’empare progressivement de tout l’espace et nous guide à la découverte des œuvres. Le son chorégraphié acquiert une place de choix et fonctionne ainsi comme un fil conducteur.

Au premier plan : Anne Imhof, Track, 2021.
En haut : Eliza Douglas & Anne Imhof, Sound Rail II (2021).
Au dernier plan : Anne Imhof, Dive Board (I) (2021).
Courtesy de l’artiste, Galerie Buchholz et Sprüth Magers©Andrea Rosetti

Klara Lidén, Bodies of society, 2006

Cette courte vidéo montre l’artiste suédoise détruire son vélo à coups de barre de fer dans un intérieur vide. Une rage et une forme de nihilisme se dégagent de cette œuvre, dans laquelle la violence semble à la fois absurde et cathartique. Elle dialogue de manière assez évidente avec la vidéo Untitled (Wave) réalisée par Anne Imhof et mettant en scène Eliza Douglas, sa muse, en train de fouetter des vagues. Deux allégories de notre condition humaine, nos rapports sociaux et notre lien aux objets et à la nature.

KLARA LIDÉN, BODIES OF SOCIETY (2006)
Courtesy de l’ariste et Galerie Neu (Berlin)©Aurélien Mole

Sigmar Polke, série Axial Age, 2005-2007

Pour le célèbre artiste allemand (1941-2010), la peinture est mouvante, toujours en devenir. Utilisant des produits photosensibles, des pigments ou encore de la résine artificielle, il joue des propriétés chimiques des matériaux pour réaliser des œuvres monumentales envoûtantes. Les effets de transparence créent de magnifiques mouvements d’apparition-disparition au sein même des toiles.

Sigmar Polke, Axial Age, (2005-2007)
Coll. Pinault Collection ; © The Estate of Sigmar Polke (Cologne)
Au centre / Center : Anne Imhof, Room II, (2021)
Courtesy de l’artiste, Galerie Buchholz et Sprüth Magers©Andrea Rosetti

Joan Mitchell, La grande vallée XX (Jean), 1983

De prime abord opposé au minimalisme de l’exposition, le tableau expressionniste et coloré de Joan Mitchell (1925-1992) présenté au fond du labyrinthe de verre se révèle tel un point de fuite, une échappatoire onirique à la dureté de certaines œuvres. La grande vallée XX (Jean) appartient à une série que la peintre américaine a réalisée à partir de la description d’une vallée chargée des souvenirs d’enfance d’une de ses amies. 

Au premier plan : Anne Imhof, Room V (2021)
Au deuxième plan : Anne Imhof, Maze (2021)
Courtesy de l’artiste, Galerie Buchholz et Sprüth Magers
A droite : Joann Mitchell, La Grande Vallée (Jean), (1983)
Coll. CAPC musée d’art contemporain (Bordeaux), Inv. 2004-05 ;
© Estate of Joan Mitchell (New York)©Andrea Rosetti

Mohamed Bourouissa, The Ride, 2017

La pratique protéiforme de Mohamed Bourouissa (né en 1978) est résolument engagée : il déconstruit nos imaginaires collectifs en dévoilant les failles et les manquements de nos mythes. L’œuvre présentée dans l’exposition est issue d’une expérience de huit mois en immersion dans un groupe de cow-boys noirs à Philadelphie. Tirant des photos sur des morceaux de carrosserie disposés de manière à suggérer un mouvement, il s’attaque ici à la voiture et au cheval, symboles de vitesse et puissance, et pointe du doigt l’invisibilisation des personnes racisées dans les mythes fondateurs américains.

A gauche : Mohamed Bourouissa, The Ride, (2017)
Courtesy kamel mennour (Londres, Paris)
A droite / On the right : Anne Imhof, Street, (2021)
Courtesy de l’artiste, Galerie Buchholz et Sprüth Magers©Andrea Rosetti

Cette sélection ne donne qu’un avant-goût de la diversité des œuvres présentées dans cette magnifique exposition-manifeste à découvrir jusqu’au 24 octobre. Des performances activeront Natures Mortes en octobre 2021. Toutes les informations sont à retrouver sur le site internet du Palais de Tokyo. Tentez également de gagner vos places sur notre agenda.

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