Paris : Le Palais de Tokyo se transforme en expérience géante avec sa nouvelle expo immersive

Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Josèfa Ntjam
Le 14.10.2020, à 11h45
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©Josèfa Ntjam
Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Josèfa Ntjam
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A partir du vendredi 23 octobre, le Palais de Tokyo présente l’exposition “Anticorps”. Pour l’occasion, Trax a sélectionné 5 artistes à voir absolument pendant cette expérience immersive. À circonstances exceptionnelles, exposition de circonstance.

Parfois, quand notre corps est affaibli, un corps étranger que nos anticorps ne combattent pas peut tranquillement s’installer dans nos organes et tout dévaster sur son passage. Dès lors, le verdict et sans appel : sans ces barrières que fabriquent nos globules blancs, nous devenons alors perméables, vulnérables, poreux•euses. Dans un contexte sanitaire tel que le notre, une des défenses possibles peut être le recours à la fiction, des fables, des histoires imaginaires, des outils contre les oppressions du présent. 

À partir du vendredi 23 octobre, le Palais de Tokyo embrasse cette démarche en accueillant “Anticorps”, une exposition « de circonstance qui réagit à des circonstances », comme le soulignent François Piron et Cédric Fauq, deux des sept commissaires de l’exposition. « Notre implication dans la gestion d’une crise sanitaire, ses conséquences sociales, comportementales, politiques ; les inégalités qu’elles révèlent, dans l’exposition aux risques… nous avons, certain•e•s d’entre nous, et les plus privilégié•es, redécouvert que nous n’étions pas invulnérables. L’exposition parle à la fois des menaces intangibles qui nous angoissent, des défenses possibles contre elles, et des communautés à créer, des “familles” non biologiques à recomposer », expliquent les deux hommes, qui ont conçu et organisé la réalisation d'”Anticorps” aux côtés de l’ensemble de l’équipe curatoriale du Palais de Tokyo.

La fermeture forcée du Palais de Tokyo a amené les équipes à repenser la question des lieux. Les publics feront alors véritablement l’expérience de l’exposition. François Piron et Cédric Fauq développent : «Anticorps nous a permis de multiplier les rapports aux espaces et aux oeuvres : il y a des œuvres dont on peut se servir (Ghita Skali), d’autres qui nous collent à la peau (Kevin Desbouis), certaines que l’on habite (Emily Jones) ou dont il faut se méfier (Tarek Lakhrissi) et d’autres qui nous refusent leur accès (Florence Jung). »

Afin de respecter les réglementations sanitaires tout en gardant vocation à être un lieu de rassemblement, le Palais de Tokyo offre, plutôt qu’une soirée de vernissage, une journée entière de gratuité pour l’inauguration d’“Anticorps” le vendredi 23 octobre de 10h à 19h. En attendant, Trax vous fait découvrir 5 artistes sur la vingtaine exposée.

1.
Josèfa Ntjam 

Josèfa Ntjam & Sean Hart, Mélas de Saturne, 2020 (photogramme). Film, 11’49”. Courtesy de l’artiste.
Crédits photo : Josèfa Ntjam & Sean Hart©Josèfa Ntjam & Sean Hart

L’artiste française Josèfa Ntjam travaille avec les différentes facettes de sa culture : une culture musicale et visuelle issue de l’électro, mêlée à la poésie d’une culture noire, à la fois caribéenne, afro-américaine et africaine. Pour “Anticorps”, elle réalise une sculpture s’avérant être une boîte à images digitales. Un aquarium-terrarium dont les parois dissimulent au sein d’images aquatiques, une myriade de corps et de visages qui nous regardent. « Ces idées sont au cœur de l’exposition », soulignent les commissaires. « Elle est invitée en résidence pour organiser 4 soirées les 29 octobre, 5, 12 et 19 novembre au Palais de Tokyo, dans le cadre de La Manutention de 18h à 20h, un évènement sur lequel l’unique commissaire est Vittoria Matarrese ».

2.
Xinyi Cheng

Xinyi Cheng, For a light, 2020. Huile sur toile, 80 x 100 cm. Courtesy de l’artiste et Balice Hertling (Paris)

Xinyi Cheng est une jeune peintre de 31 ans. Après des études qui l’ont menée de Chine aux États-Unis puis aux Pays-Bas, elle est désormais installée à Paris. Dans ses tableaux, elle prend le parti de saisir l’intimité des personnes dans leur chambre, dans des cafés, des soirées. « Une chaleur particulière se dégage de ces environnements », estiment François Piron et Cedric Fauq. « On voit des jeunes gens qui s’effleurent, qui sont en contact. Dans notre situation actuelle, ces peintures prennent une charge inattendue et témoignent d’un espoir dans la manière dont les relations, les amitiés, les solidarités, seront ce qui va nous faire continuer à vivre et à rester humains.»

3.
Kevin Desbouis

Kevin Desbouis, Untitled (Blister), 2017 – ∞. Tatouage temporaire, édition limitée, 5 x 5 cm. Courtesy de l’artiste  ©Kevin Des

Kevin Desbouis intervient dans l’exposition par deux gestes qui brisent les conventions de l’oeuvre “unique”. D’abord il y a un tatouage, CCMCastaner, qui reprend un motif dessiné par l’ex-Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner dans l’émission “Au Tableau”. Puis il y a des enveloppes transparentes, placées dans les creux du Palais, qu’on ne peut ouvrir à moins de se les procurer par des intermédiaires, à Paris (la librairie du Palais de Tokyo faisant partie de ces intermédiaires multiples). Elles contiennent un poème écrit cet été par l’artiste ainsi que d’autres éléments variables comme un épi de blé ou des lentilles de contact noires. Les commissaires salivent d’avance : « Le travail de Kevin Desbouis opère par double vampirisation : aussi bien dans les références convoquées que dans ses modes de propagation. »

4.
Nile Koetting 

Nile Koetting, Remain Calm, 2020. Brouillard, fleur, robot, lampe à LED, boîte en plastique, impression sur verre acrylique, eau, performance programmée, matelas d’évacuation, vidéo, son, dimensions variables. Vue de l’installation au Centre Pompidou x West Bund Museum Project (Shanghai), 2019. Courtesy de l’artiste et Anomaly (Tokyo). Crédit photo : GRAYSC ©GRAYSC

Nile Koetting présente son installation “totale” Remain Calm. En convoquant la vidéo, la sculpture, des robots et du son, l’artiste américano-japonais crée un véritable microcosme dans l’enceinte du Palais de Tokyo. Il y déroule des scenarii catastrophes mettant en péril le centre d’art, ses oeuvres, ainsi que ses visiteurs et visiteuses. Pour parer à ces dangers, un exercice de méditation est proposé parmi d’autres protocoles comparables aux exercices de préparation aux tremblements de terre que l’artiste a connu dans son enfance au Japon. « Entre rêve et cauchemar, l’installation de Nile Koetting joue de nos angoisses contemporaines et questionne la place des nouvelles technologies dans la prévention des risques, le sentiment de sécurité, et la production de la peur », concluent les commissaires.

5.
Özgür Kar

Özgür Kar, At the end of the day, 2019. 4K video with sound, 15’ loop, 75” Samsung TV, stand, media player, RCF Flying Line Array Speakers, stand, mixer. Exhibition view “Rijksakademie Open Studios”, Rijksakademie (Amsterdam), 2019. Courtesy de l’artiste et Édouard Montassut (Paris).
Crédit photo : UKS (Young Artists’ Society) ©UKS (Young Artists’ Society)

Özgür Kar, jeune artiste turque vivant à Amsterdam, a d’abord eu une formation en design avant de se tourner vers les arts visuels. Depuis quelques années, il met en scène des personnages qui semblent coincés dans des écrans noirs. Les mouvements de ces silhouettes aux traits simples et blancs sont infimes. C’est leur voix qui vient donner des indices. « Entre mélancolie et solitude, ces personnages semblent dans l’incapacité de “toucher” ou “sentir”, alors même qu’ils sont nus, donc vulnérables. »

Venez découvrir l’exposition “Anticorps” à partir du 23 octobre de 10h à 19h. Toutes les informations sont à retrouver sur le site internet du Palais de Tokyo.

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