Overdoses en club : le monde de la nuit réuni à l’Hôtel de Ville après le drame à Dehors Brut

Écrit par Trax Magazine
Le 16.09.2019, à 14h52
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©Michel Pilot
Écrit par Trax Magazine
A l’initiative de la Mairie de Paris, les professionnel.le.s de la nuit de tout bord se sont assis autour d’une même table pour aborder l’enjeu de la réduction des risques en milieu festif. Le début d’une prise de conscience collective ?

La constitution de ce groupe de travail, inédit, intervenait suite au décès d’un homme de 21 ans, le dimanche 1er septembre, suite à une surdose de MDMA ingérée dans l’enceinte du club Dehors Brut. Le vendredi suivant, la Préfecture de Police (PP) de Paris prononçait une fermeture administrative de  l’établissement, pour une durée de 30 jours. Dehors Brut, dans son communiqué : « Ces fermetures n’ont et ne régleront jamais le fond du problème. » 

Un constat partagé par l’adjoint à la Maire de Paris Frédéric Hocquard – il déclarait à l’AFP « sanctionner un club qui fait beaucoup de choses dans le domaine de la prévention, c’est un mauvais message. » Assis au centre de la table ce jeudi 12 septembre, le chargé de la vie nocturne et de la diversité de l’économie culturelle modérait le groupe de travail. 

Parmi les intervenant.e.s réuni.e.s, les clubs Rex Club, Rosa Bonheur, Petit Bain, Dehors Brut, Glazart ; la SACEM ; le Syndicat National des Entreprises Gaies & Co (SNEG & Co) ; le collectif Possession… Frédéric Hocquard se félicite de la présence de ces deux derniers, alors même « qu’ils se taquinent sur certains sujets » – référence aux tensions persistantes entre les soirées “warehouse” et club. Afin d’apporter un « point de vue sanitaire », des chiffres et des données, étaient également représentés l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (APHP), les dispositifs et associations de prévention Fêtez Clairs, Techno+, Charonne, L’Amicale. 

Posant le cadre de la discussion, l’APHP a rappelé que les données concernant les consommations à risque de MDMA « [étaient] stables » sur les quatre dernières années, et qu’il n’y avait « pas d’alerte ». Elle confirmait aussi que c’était bien la MDMA, et non une autre substance, qui avait conduit à la mort du jeune homme à Dehors Brut. Elle appelle ainsi à ne pas être alarmiste face à la circulation d’“ecstasys chinois” à haut risque : « ils ne sont pas le problème. » L’APHP rappelle enfin qu’il existe avec la MDMA une toxicité « non dose-dépendante » : quelle que soit la dose ingérée, il subsiste toujours un risque, faible mais irréductible, pouvant conduire au décès. Ceux-ci s’élèvent, selon les chiffres de l’APHP, à deux par an dans la région Île-de-France.

Là ce n’est que de la répression, pas de la prévention.

Frédéric Hocquard

Les conclusions du groupe de travail n’ont rien d’inédit. Si les dispositifs de réduction des risques (RDR) mettent en avant l’augmentation de leurs actions de terrain en milieu festif, avec notamment la formation des collectifs, la présence du camion d’analyse de produits de Charonne dans plusieurs festivals et l’arrivée prochaine du “prévtruck” mobile de Techno+ – financé par le budget participatif de la Ville –, ils soulignent que leurs moyens financiers restent limités. Trop pour considérer leur présence dans chaque club de la capitale. Une idée qui réveille chez ces derniers de vieilles peurs, celles d’être accusés d’inciter à la consommation de drogues en encourageant la présence de dispositifs de RDR entre leurs murs. « Tant qu’il n’y a pas de soutien de la Préfecture de Police, [tout ça] ne servira à rien », estime Fabrice Gadeau. L’assemblée acquiesce. La PP, pourtant à l’origine de la fermeture administrative de Dehors Brut, était la grande absente de ce groupe de travail. « Ils ne souhaitent pas faire partie de ces dispositifs », regrette Frédéric Hocquard. « Ce qui s’est passé à Dehors Brut montre [pourtant] les contradictions des politiques publiques. On dit qu’il faut réduire les risques, mais on a du mal à développer les dispositifs [lorsque l’on voit] ce type de sanction extrême. Là ce n’est que de la répression, pas de la prévention. Si l’on fermait tous les bars où les gens sont saouls sur la voie publique, on fermerait tout Paris. Pourquoi n’adopte-t-on pas la même approche avec la RDR ?  »

Optimiste, l’adjoint à la mairie veut cependant croire à un changement des mentalités, illustré par la composition de ce groupe de travail. « Il y a une prise de conscience collective, [le milieu de la nuit] comprend que c’est un problème qui peut tous les toucher. » À l’issue de la réunion, tou.te.s se sont ainsi attelés à la rédaction d’un communiqué commun, qui devrait être publié ces prochaines semaines. « [Ce sera] une interpellation extrêmement forte », estime Hocquard. « Même la SACEM est prête à la relayer auprès des artistes afin qu’ils s’en fassent l’écho. »

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