L’Opéra de Lyon accueille le grand chorégraphe William Forsythe pour une carte blanche intense

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Michel Cavalca
Le 28.10.2021, à 11h18
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©Michel Cavalca
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Michel Cavalca
Du 4 au 10 novembre, l’Opéra de Lyon nous initie à l’œuvre du grand William Forsythe à travers une carte blanche au chorégraphe et trois pièces envoûtantes.

Par Belinda Mathieu

C’est l’un des chorégraphes les plus influents du XXe siècle. Le New yorkais William Forsythe, a imposé dans les années 80 un style néo-classique qui a fait bouger les lignes du ballet, avec une technique académique saisissante. Tout au long de sa carrière, longue et foisonnante, ce virtuose de 71 ans n’a cessé d’expérimenter en perturbant les codes de la danse classique, jouant sur la vélocité, la qualité du mouvement ou encore la structure des pas, pour inventer un langage contemporain précurseur.

One Flat Thing, reproduced©Michel Cavalca

L’ancien directeur du Ballet de Stuttgart et du Ballet de Francfort a vu ses pièces interprétées par les ballets les plus prestigieux, de l’Opéra de Paris au Ballet de Boston en passant par l’English National Ballet. Depuis plusieurs années, l’Opéra de Lyon lui dédie une belle place au sein de sa programmation, ce qui a permis aux danseurs et danseuses du ballet – qui ont incorporé son langage dynamique et précis – de faire honneur à son écriture. Et cet automne, ils nous présentent deux pièces du chorégraphe : Quintett et One Flat Thing, reproduced ainsi que Sheela Na Gig de Fabrice Mazliah.

Trois pièces pour saisir l’écriture de Forsythe

Ce n’est pas Forsythe qui ouvre le bal, mais Fabrice Mazliah. Ancien interprète du Ballet de Francfort et collaborateur de la Forsythe Company, pour qui l’écriture du New yorkais résonne intensément dans sa manière de penser le mouvement. Il monte une pièce commandée par l’Opéra de Lyon, Sheela Na Gig, un titre qui fait référence à une figure féminine païenne de l’Antiquité aux traits grotesque, qui ouvre son sexe avec les mains. Une référence à un féminin sacré pour introduire cette pièce pour six danseuses, qui traversent un corpus de chanson écrites par des femmes et questionnent le rôle et le statut que l’on assigne aux femmes interprètes.

Puis place à Quintett (1993), pièce renversante où les interprètent déploient une danse puissante, qui poussent les gestes à l’extrême de l’étirement, comme pour saturer l’espace scénique. Lancés dans une course folle, où s’enchaînent portés, chutes et rebonds avec une physicalité intense, ils semblent toujours à la limite du déséquilibre. Et leur danse prenante fait sonner la musique de Gavin Bryars, où une voix scande inlassablement : « Jesus’ Blood Never Failed Me Yet », un chant de Noël mélancolique qui donne une texture émotionnelle à l’ensemble.

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Quintett
©Jean-Pierre Maurin

La soirée se termine sur One Flat Thing, reproduced (2000)et son écriture dense, en apparence chaotique, mais pourtant ciselée et minutieuse. En guise d’ouverture, les danseurs et danseuses caracolent sur la scène pour y disposer des grandes tables. Puis ils font exploser une myriade enchaînements à un rythme effréné, naviguant – parfois avec brutalité – sur, sous et entre les tables. Difficile de rester de marbre devant cette opulence gestuelle géniale, qui quand elle atteint un juste équilibre dynamique et une belle synchronisation, coupe le souffle. Un immanquable du répertoire de Forsythe, qui termine de nous initier à son vocabulaire chorégraphique athlétique et novateur.

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