Nuits sonores s’associe à TGV INOUI pour encourager le public et les DJs à se rendre en festivals en train

Écrit par Flora Santo
Photo de couverture : ©Brice Robert
Le 09.05.2022, à 18h19
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©Brice Robert
Écrit par Flora Santo
Photo de couverture : ©Brice Robert
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Extrêmement polluant, l’avion reste privilégié par de nombreux artistes lors de leurs déplacements, faisant des DJs professionnels des consommateurs de CO2 trois fois plus gourmands que le Français moyen. Pour promouvoir l’utilisation plus douce du train lors de festivals, par les artistes mais aussi par le public, Nuits sonores a réalisé une série vidéo en partenariat avec TGV INOUI donnant la parole à trois DJs sur la question des mobilités dans la scène électronique.

Pour le plus grand plaisir d’un public qui s’impatientait après deux années de restrictions sanitaires, la saison des festivals est officiellement de retour. Mais derrière l’organisation de ces évènements, des mouvements importants de personnes – comprenant les équipes, le public ou les artistes – soulèvent inévitablement la question de l’impact écologique des festivals.

Selon un rapport du collectif britannique Clean Scene, les 1000 DJs les plus actifs au monde selon le top de Resident Advisor auraient pris, à eux seuls, en 2019, 51 000 avions, voyageant sur un total de 117 millions de kilomètres. Cela représente 35 tonnes de CO2 émis en un an par chacun d’entre eux, soit une quantité 3 fois supérieure à celle d’un Français moyen. Parmi les alternatives explorées pour réduire l’impact carbone des artistes, le rapport suggère notamment aux organisateurs d’évènements de privilégier la programmation de DJs locaux, mais aussi de prendre des mesures de façon à ce que le train soit favorisé par les artistes. En effet, dans son rapport annuel sur les transports et l’environnement, l’Agence européenne pour l’environnement affirme que le transport ferroviaire serait actuellement le moins polluant du secteur des transports, représentant à peine 0,4% des émissions de gaz à effet de serre, et que le train serait ainsi le mode de déplacement à favoriser face à l’avion et à la voiture.

C’est en partant de ce constat que le festival lyonnais Nuits sonores s’est associé avec TGV INOUI afin de promouvoir les déplacements en train des artistes et des publics lors de festivals. Dans une série vidéo, trois DJs, GLITTER55, Mangabey et Anaco racontent leur rapport au train lors d’un trajet reliant Paris à Lyon. Anaco (Anaïs Condado de son vrai nom), DJ et programmatrice de la Machine du Moulin Rouge, affirme que le club parisien, qui programme environ un millier d’artistes tous les ans, demande systématiquement aux DJs à ce que le train soit privilégié lors de leur déplacement. « Il se passe quelque chose qui est le produit de notre mode de vie, il faut réfléchir à comment faire ça en bonne intelligence » affirme-t-elle.

Pour Pierre Zeimet, programmateur chez Arty Farty, les artistes peuvent jouer un rôle significatif dans les questions de luttes environnementales au travers de leur art, notamment « en créant une œuvre intrinsèquement engagée », mais également de façon plus « pragmatique » en diminuant directement leurs émissions carbones, à l’aide de « changements structurels et d’actions concrètes ». « Il est urgent que des vraies logiques de tournées, basées sur l’utilisation du train, deviennent la norme en musique électronique, conclut-il. Les artistes doivent partir à la rencontre de leur public, plutôt que l’inverse. Mais il faut nécessairement retrouver une certaine mesure dans ces déplacements et indéniablement faire baisser l’impact carbone de ces derniers. »

En plus d’être favorable à l’environnement, le train est aussi un moment privilégié permettant aux artistes de travailler dans un cadre agréable et reposant, sur un trajet plus confortable que celui de l’avion et plus rapide que celui de la voiture. « C’est un temps de créativité, c’est un temps à part, exprime ANACO. C’est mon moment préféré pour retrier toutes mes musiques (…) J’en profite pour préparer mes sets aussi. » Pour Mangabey, DJ et producteur, le train a été à plusieurs reprises l’occasion de créer des morceaux qu’il a pu tester le soir-même en club. La productrice GLITTER55, de son côté, voit les trajets en train comme un « moment d’organisation et de détente » qui lui permettent de rattraper les sorties musicales de la semaine qu’elle a pu rater mais aussi de se reposer, tout simplement. Pour David Bola, éditeur chez Arty Farty, il faut « développer de nouveaux imaginaires » concernant nos pratiques liées à l’écologie, à l’image de ce que font ANACO, Mangabey et GLITTER55 : « Les changements de pratiques sous le prisme de l’écologie sont souvent présentés comme un renoncement (on va moins voyager, arrêter de consommer certains produits…), et l’on s’intéresse moins aux opportunités qui se cachent dans ce changement. Pourtant c’est là qu’est l’intérêt d’une transition vers un modèle moins énergivore : les nouvelles manières de voyager, de faire le fête, de penser nos métiers et nos activités. »

Si la série vidéo donne la parole aux artistes, l’effort écologique concerne bien sûr aussi les publics : selon un rapport du Shift Project, l’impact de la mobilité des festivaliers serait environ 10 fois supérieure à celle des artistes et équipes. « Sur un grand festival en périphérie, les 3% du public qui vient en avion consomme plus que les 97% restants, explique David Bola. C’est pour cela qu’il faut absolument mettre en avant des dispositif de mobilité moins énergivores, et sensibiliser à d’autres modes de déplacement. Dans cette série on parle du train, et de ses avantages, mais l’on pense aussi au co-voiturage, les navettes mises en places par les festivals, ou à se reposer sur des réseaux de transports existants (TCL à Lyon, RATP à Paris…) quand cela est possible. »

La collaboration de Nuits sonores avec TGV INOUI s’inscrit dans un investissement global du festival dans les questions sociales et écologiques, mis en place il y a une dizaine d’années. « Les engagements de Nuits sonores envers les problématiques environnementales et sociales liées à son existence ont été rassemblés pour la première fois en 2010 sous un label interne, Nuits sonores durables et solidaires » souligne Julien De Lauzun, directeur de production de Nuits sonores. Regroupées dans quatre catégories – Accessibilité, Environnementale, Insertion/Solidarité et Prévention – une centaine de mesures ont déjà été mises en place par le label. Concernant l’environnement, Nuits sonores s’engage par exemple à choisir des prestataires locaux, à ne pas proposer de solution de parking afin de favoriser les déplacements doux, à réduire les impressions papier et à interdire les flyers à l’entrée et à l’intérieur du festival, à réemployer mais aussi à mutualiser ses éléments de scénographie ou encore à remettre en circulation ou a réutiliser tous les invendus ou matériel restant.

Si vous souhaitez vous renseigner sur les mesures qui permettraient à la scène électronique de faire diminuer son bilan carbone, vous pouvez consulter le rapport de Clean Scene disponible en ligne ainsi que celui de The Shift Project sur la décarbonisation de la culture.

Le festival Nuits sonores aura lieu du 25 au 29 mai prochain. La programmation et la billetterie sont à retrouver sur le site.

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