Nuits sonores Brussels : comment l’underground local a définitivement adopté le festival français

Écrit par Thémis Belkhadra
Photo de couverture : ©Caroline Lessire
Le 21.10.2019, à 15h33
03 MIN LI-
RE
©Caroline Lessire
Écrit par Thémis Belkhadra
Photo de couverture : ©Caroline Lessire
0 Partages
Nul n’est prophète en son pays… sauf peut-être Nuits sonores à Lyon. Et ailleurs ? Salué chaque année pour sa programmation de premier choix et son ambiance inimitable, le festival ouvrait, du 3 au 6 octobre, sa troisième édition à Bruxelles. Après des débuts hésitants, il réussit cette fois-ci sa conversion grâce à une collaboration plus étroite avec la scène locale.

Une opération réussie pour Nuits sonores à Bruxelles. Cette année, le nombre de places vendues a doublé par rapport à l’année dernière. Ce qui a changé ? Une réelle ouverture à la scène locale et une programmation parfaitement pensée. Invitée avec son collectif Souk Sessions, DJ Dziri reconnaît une évolution : « Je m’étais rendue à Nuits sonores de Bruxelles en 2018 et j’avais trouvé ça pas mal, mais cette édition a visé un cran au-dessus. Les line-ups était plus surprenants. Les organisateurs commencent réellement à mettre l’underground local à profit ».

Quand Nuits sonores a pour la première fois largué les amarres vers Bruxelles, l’accueil réservé n’était pas aussi unanime. « En 2017, notre première édition belge avait été assez difficile », reconnaît le programmateur Baptise Pinsard, membre de l’association organisatrice Arty Fary. « Le public n’était pas sûr de ce qu’il trouverait chez nous, et l’arrivée d’une équipe française sur une scène locale en pleine expansion n’inspirait pas confiance. Mais nous étions convaincus d’avoir quelque chose à construire à Bruxelles. À l’issue de notre seconde édition, nous avons décidé de nous lier davantage aux acteurs locaux ». Cette année, en débauchant Dorian Meeus – jeune fondateur du festival les Garages Numériques et des collectifs Under My Garage et Archipel –, les organisateurs prirent le pari de transformer Nuits sonores en un véritable festival bruxellois. Actif dans la capitale depuis près de six ans, Dorian réunit une dizaine de collectifs parmi les incontournables du coin, pour « injecter l’âme de Bruxelles dans le format que proposent Nuits sonores ». Avec l’embarras du choix : « Les musiques électroniques ont explosé à Bruxelles ces dernières années », se réjouit-il. « Les initiatives se sont démultipliées et ont précisé leurs approches. La scène bruxelloise est variée et qualitative, à l’image du collectif He4rtbroken à qui on a confié l’opening ».  

Nuits sonores bruxelles
©Caroline Lessire

Un programme pensé pour Bruxelles

C’est bien sûr la programmation qui fait toute la différence. « On a voulu garder la base de l’ADN des Nuits Sonores lyonnaises », explique Baptiste Pinsard. Un ADN que les Français connaissent bien et qui associe un programme international riche et éclectique, des événements parallèles cohérents et une véritable portée sociale et culturelle. « Bruxelles est la ville plus cosmopolite d’Europe », rappelle Baptiste. « On a conçu un programme à l’image de ce mélange de cultures ». Le résultat : 60 artistes invités, issus de 18 pays parmi lesquels, précise Baptiste, « certains restent très peu représentés sur les line-ups comme la Palestine, l’Egypte ou le Brésil ». Hétéroclite, la programmation couvrait aussi un spectre immense des subdivisions électroniques. De l’ambient patient et cryptique d’Andy Stott à la fusion anarchique des Brésiliens Teto Preto, du set toutes bass-music confondues de ZULI à la techno inimitable de Paula Temple… Jusqu’au closing, dans la joie et la sueur, servi par un Laurent Garnier flirtant avec la drum and bass pour l’occasion. 

Nuits sonores Bruxelles - Teto Preto
©Caroline Lessire

Un échange culturel entre la France et la Belgique

Du côté de l’office de tourisme bruxellois, qui investit beaucoup d’énergie à faire fleurir sa vie nocturne, on ne boude pas son plaisir. Coordinateur chez visit.brussels, Frédérick Boutry se réjouit : « Le festival est arrivé à Bruxelles sous l’impulsion d’Henri Simons, le directeur de l’Atomium. À l’époque, je peinais à voir l’ancrage que pouvait avoir un festival français dans le paysage de la nuit bruxelloise mais, après trois éditions, Nuits sonores commencent vraiment à s’inscrire dans l’ADN de la ville ». Attentif aux retombées culturelles d’un festival si réputé sur la capitale belge, il salue la capacité d’Arty Farty à « créer une véritable expérience pour le visiteur », la « mise en place d’ateliers de réflexions autour de la nuit » ainsi que de « très bons résultats en termes de fréquentation ».  

Portée par la curiosité de son public et l’investissement de ses pouvoirs publics, la scène bruxelloise poursuit son expansion et accueille enfin Nuits sonores en son sein. En prenant possession de lieux prestigieux comme le musée BOZAR, principal partenaire de l’événement, ou le Kanal Centre Pompidou, mais aussi de clubs aux secrets bien gardés comme LaVallée et le be.here, le festival lyonnais a su poser sa patte sur la capitale belge. Heureuse d’avoir rempli son pari, l’équipe d’Arty Farty salue « la belle coopération entre les acteurs locaux » et espère « faire travailler plus de jeunes bruxellois » sur l’organisation de leurs prochaines éditions.

Qui sait, l’édition bruxelloise pourrait inspirer Nuits sonores pour les prochaines programmations à Lyon. C’est ce qu’imagine DJ Dziri, pour qui « le public bruxellois ne réagit pas de la même manière aux line-ups qu’à Lyon. Il est sûrement plus curieux et ouvert aux programmations risquées. En cela, Bruxelles représente une très bonne opportunité d’ouverture pour Nuits sonores ».

0 Partages

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant