Nuits sonores 2021 : “On sent que le public a besoin d’être stimulé”

Écrit par Cécile Giraud
Le 29.06.2021, à 09h40
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Écrit par Cécile Giraud
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Cette année, on le sait, Nuits sonores prendra une forme inédite. Pendant 6 jours, cette édition hors série redessine les contours de la fête lyonnaise comme on l’a toujours connue. Explications avec Pierre Zeimet et Baptiste Pinsard, programmateurs émérites d’Arty Farty.

La nouvelle est arrivée comme une boule de feu. Mais une boule de feu qui amène avec elle son lot de surprises délicieuses : Nuits sonores aura bien lieu en 2021, et debout. Avec l’annonce du line up complet survenue ce mardi 22 juin, on commence ainsi à se faire une idée de la forme que prendra cette édition hors série. Souhaitant reprendre les bases de la fête lyonnaise, l’équipe d’Arty Farty se fait le laboratoire d’expérimentations sonores et artistiques locales. Plus qu’un mois avant la tornade. En attendant, les programmateurs Pierre Zeimet et Baptiste Pinsard nous racontent les coulisses des préparatifs.

Comment ça va ?

Baptiste Pinsard: Écoute, je suis extrêmement heureux de reprendre le boulot mais épuisé. Nuits sonores va pouvoir se faire debout, on va pouvoir augmenter nos jauges, le Sucre va rouvrir en juillet… Tout va très vite mais la fatigue n’arrive pas à entacher la joie que je ressens. 

Pierre Zeimet: On retrouve ce qu’on aime : la culture, la musique, le public. C’est une toute autre façon de travailler, car on a l’impression de toujours être en retard sur que l’on doit faire. 

B. P: C’est vrai qu’on n’est pas habitués à ça. Tous nos projets (Le Sucre, Nuits sonores etc…) sont prévus plus d’un an à l’avance. Là, on a commencé à bosser sur une version assise quatre mois avant, et finalement, on reprend la fête debout. Annoncer la programmation seulement un mois avant, c’est du jamais vu. 

Parlons-en de la programmation. Il y a des noms dont on ne se lasse pas, et des nouveaux déjà incontournables. Quel est le leitmotiv cette année ? 

P. Z: Vu qu’on était sur une version assise à la base, nos choix se sont tournés vers des projets plus contemplatifs, expérimentaux, ambient etc.. Finalement, la complexité de la situation nous a forcé·e·s à nous adapter selon les restrictions sanitaires et les annonces du gouvernement. Du coup, on a eu des contraintes artistiques très positives. Par exemple on a fait un énorme focus sur la scène locale lyonnaise, qui est ultra foisonnante et représente tous les styles de musique. Je dirais que le leitmotiv est là: reconstruire en ressoudant nos communautés et en proposant une programmation culturelle qui se recentre sur la localité.

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©Anne Simonnot

B. P: On s’est aussi beaucoup posé la question de l’innovation cette année. C’est un contexte favorable : le public a des attentes particulières. Je pense qu’il a besoin d’être stimulé par des performances et beaucoup de musicien·ne·s sur scène. Pour ça, justement, on a monté un genre de salle de cinéma à 360°. Le public sera assis au centre et pourra assister à une multitude de performances audiovisuelles.

On voit qu’il y a de plus en plus de mutations des musiques électroniques. Elles sont envahissantes, invasives, dans tous les autres styles de musique. La musique urbaine d’aujourd’hui est fondamentalement basée sur la musique électronique. Comme le jazz avec l’acid jazz anglais. L’hybridation de l’organique et de l’électronique est au cœur de l’innovation artistique actuelle. 

P. Z: Oui tout ça, c’est vraiment quelque chose qu’on a mis en avant dans la programmation. Comme des résidences au Sucre avec des artistes comme UVB76, qui vont pouvoir présenter leur live 360° à Nuits sonores. Je pense aussi à Praktika & Simon Winse, qui vont proposer une performance toute nouvelle pour le festival. En plus de ces résidences, on a aussi donné des cours de DJing, en priorité destinées à des femmes et des personnes issues de minorités de genre. Les faire jouer à Nuits sonores, c’est l’occasion de leur faire confiance  et de leur offrir une expérience concrète.

On ressent ici votre envie de revisiter les représentations scéniques, la position du public comme sa relation aux artistes. En quoi cette philosophie fait de cette édition un hors série ?

B. P: Quand on nous a annoncé que le festival devrait se tenir assis, on a eu un vrai besoin de garder néanmoins son escence. L’expression festive de la culture, c’est un élément très fort de Nuits sonores. Le festival se construit autour de la revendication selon laquelle la scène est un excellent médium culturel auprès du public. D’ailleurs, le festival est souvent décrit comme un média. On propose toujours au public de découvrir de nouveaux sons, de nouvelles communautés et de nouvelles tendances. C’est pour ça que tout en proposant un line up très foisonnant,  la gratuité des Open Airs de HEAT nous tenait très à cœur. On remercie infiniment tous·tes les artistes qui nous ont suivi là-dessus. Eux aussi ont compris cette nécessité, malgré les contraintes économiques et sanitaires que l’on connaît. 

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©Gaétan Clément

Cette année, Nuits sonores semble prendre un grand virage vert. Est-ce que vous pouvez m’en dire plus sur vos engagements écologiques pendant le festival ?

P.Z: Nos revendications écologiques ont pris une part importante dans nos échanges en interne. On est tous et toutes de plus en plus engagé·e·s dans l’équipe. Ces visuels, ils peuvent paraître antinomiques vis-à-vis des anciennes usines Fagor-Brandt. Pourtant, il représente cet éco-système culturel vaste que l’on représente. On a beaucoup développé la localité en programment des artistes nationaux ou de la région pour éviter les transports en avion. Sur la carte, aussi, on est sur du 100% végétarien. Rien qu’en supprimant la viande, on peut économiser jusqu’à 1500 tonnes de carbone. C’est pas rien ! Sur les déchets aussi, bien sûr, on réfléchit beaucoup. Cette édition est là pour expérimenter toutes ces possibilités. 

Un dernier mot sur l’affiche du festival ? Elle sent l’été.

B. P: On peut voir à travers cette affiche (créée par Jean Grosson, ndlr) l’aspect de l’évasion. On sort enfin dans nos villes, dans nos espaces publics. C’est une évasion de proximité, après un an et demi de blocage. Ces visuels donnent envie de s’évader et enfin, de se réunir pour imaginer ensemble un futur plus beau. On a vraiment très hâte de retrouver tous les technicien·ne·s, les artistes, les bénévoles et les festivalier·ère·s.

Les Open Airs du HEAT sont en accès gratuit sur réservation, du 20 au 25 juillet. Toutes les informations, la programmation complète et la billetterie sont à retrouver sur les sites internets de Nuits sonores. Shotgun, ou encore directement à HEAT, tous les jeudi de 14h à 19h. 

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