Angleterre : le No Bounds Festival rappelle que Sheffield est le berceau de la culture rave

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Le 07.02.2020, à 18h08
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Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Du 16 au 18 octobre prochains, le No Bounds Festival réinvestit différents lieux de la ville post-industrielle de Sheffield, située en Angleterre. C’est l’occasion de revenir sur l’édition précédente de 2019 de cet événement orienté sur l’art, la musique et la danse.

Par Christian Bernard-Cedervall

On a tous le souvenir d’une teuf ou d’un festival fondateur, ce moment si particulier qui nous a révélés à la techno, la découverte à une échelle nouvelle de ce que le concept de “basse” peut signifier. Alors qu’on chérira cet instant probablement toute sa vie, les sorties en rave ou en club du week-end peuvent tomber dans une forme de routine, certes amusante, mais tout de même assez déconnectée de cette sensation sauvage de découvrir un potentiel inédit de la fête, comme d’entrouvrir la porte d’un monde qu’on nous avait presque caché. Amer constat qu’on ne vit qu’une fois sa première fois… Pourtant, depuis maintenant une poignée d’années, un festival du nord industriel de l’Angleterre propose à l’aube de l’hiver de mettre cette maxime au placard. Désormais LA destination absolue du raver en mal de se confronter au pouls de l’electro la plus frondeuse comme la plus hédoniste : aux quatre coins de Sheffield, le No Bounds brise le voile d’hermétisme qui accompagne souvent l’expérimental, et rappelle au snob du dancefloor qu’il a un corps.

Berceau de la culture rave

Sheffield, la destination n’est pas anodine, le véritable berceau de la culture rave européenne. De Human League à LFO en passant par Cabaret Voltaire, Chakk, ABC ou les Forgemasters, rien à envier à Leeds ou Manchester ! Différence toutefois notable, la cité industrielle est également avec Bristol la Mecque anglaise des sound systems jamaïcains, bien plus que la légende la situant à Londres. Ainsi, pour parler trivialement, si on cherche à se faire arracher la tête par les sub bass les plus lourdes qu’on puisse imaginer, pas de doutes, vous êtes au bon endroit : ici, la culture DJ n’est pas née avec le hip-hop ou la northern soul, dès la fin des années 80, on est directement entrés en religion avec Detroit et Chicago, et pas la version soulfull. De cet héritage, le No Bounds conserve pour points cardinaux un goût de l’avant garde, mais également un esprit communautaire, ancré dans le tissu associatif local, un festival à visage humain.

Du plus simple des volontaires jusqu’au directeur, tout le monde se plie en quatre pour aiguiller et conseiller le festivalier vers le lieu et le moment qu’il ne faut pas manquer, une sorte de jeu de piste qui nous baladera d’un musée du rail à une warehouse, voire une ancienne piscine municipale pour un mémorable concert aquatique des vétérans Black Dog pour la dernière édition. En plus d’un voyage dans le son, on se retrouve à investiguer la psychogéographie d’une ville, tel Iain Sinclair et son Londres orbital, la poésie d’une cité et ses fantômes. Et pour les plus curieux, de nombreuses conférences et masterclass de figures rares de la techno UK (notamment Winston Hazel ou Robert Gordon ) viennent agrémenter cette expérience d’un appareil critique inestimable. Bref, c’est véritablement à une immersion en profondeur que l’on a affaire, sans crier gare, un trip techno total, aussi bien pour l’esprit que pour les sens.

Un trip techno audiovisuel

Car oui, ces derniers ne sont pas en reste, avec deux raves et un closing qui mettront à rude épreuve les organismes, et particulièrement les articulations : dans le nord de l’Angleterre, les gens ne font pas semblant de danser, et le No Bounds sait nous pousser dans nos derniers retranchements : pour l’édition 2019, on a notamment eu droit à la glitch techno digitale de Gábor Lázár, l’indus Shaabi de Zuli, la transe EBM de JASSS, la métal techno apocalyptique de Ziur, l’emo dubstep de Shygirl, le tout encadré par des noms plus établis, comme dBridge, Zed Bias, Lee Gamble, DJ Q, ou Andrea. Pour beaucoup des premiers cités, ce fut la révélation totale, jusqu’alors moyennement convaincants, le festival à ce don de les capter au bon moment de leur carrière, quand l’étendue de leur potentiel se révèle enfin, avant même que leur discographie ne le manifeste. D’ailleurs, quand à demande à Lo Shea – le boss et programmateur – s’il a pensé à Klein, qui venait de sortir l’album post-techno le plus impressionnant de 2019, il nous rappelle avec un petit sourire qu’elle était à l’affiche l’an passé… Au petit matin, épuisé par la quantité de basses qu’on s’est prises dans la tronche (impossible de porter une casquette ou un bonnet dans la main room, sous peine de le voir s’envoler au moindre bassdrum), on se motive pour profiter des installations sonores d’Nkisi ou de Prequel Tapes, ainsi que des sessions de bains de lumière de Debbie Chia (un must psychédélique !) agrémentées de lives de Black Dog ou du talentueux newbie régional 96 Back.

Enfin, les plus courageux seront récompensés par un closing sous forme de mini-rave à l’énergie rappelant les débuts des Spiral Tribe (“FFWD the Revolution”) les locaux les plus talentueux (Stevie Cox), refermant ce mémorable chapitre de l’histoire contemporaine de Sheffield d’un jubilatoire grand-huit, entre jungle, bassline, footwork, techno et même disco. Histoire, patrimoine vivant, abandon de soi, avant-garde et gros kiff de tous les instants, le succès de cette édition fait du No Bounds le festival immanquable qui se cache derrière la période estivale, mais qui mérite plus que tout autre qu’on le coche d’une croix rouge sur l’agenda. Paralytiques s’abstenir.

Toutes les informations sur la prochaine édition du No Bounds festival sont à retrouver sur son site Internet.

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