Nantes : 148 nouveaux témoignages relancent la controverse sur l’opération policière du 21 juin

Écrit par Alexis Tytelman
Le 12.08.2019, à 10h45
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Écrit par Alexis Tytelman
Le Journal Du Dimanche vient de récupérer, via l’association Média’son, de nombreux témoignages sur l’opération policière du 21 juin, à la source de la disparition de Steve Maia Caniço. Immersion, à travers le regard des fêtards, dans une nuit de violence noyée dans les nuages de lacrymogènes.

Nouveau rebond dans l’affaire Steve. Après la multiplication des procédures judiciaires et administratives, la découverte du corps de Steve Maia Caniço et, dans la foulée, la publication du rapport de l’IGPN, le Journal Du Dimanche vient de récupérer 148 témoignages de fêtards présents lors de la nuit du drame par le biais de l’association nantaise Média’son. Si le rapport soutient l’absence de preuves tangibles permettant d’affirmer l’existence d’un lien de causalité entre l’opération policière sur le quai Wilson et la mort du jeune homme, ces révélations apportent « une autre vision de la fin de soirée ».

Quelques informations essentielles à retenir. Tout d’abord, dans le sillage de plusieurs témoignages déjà rendus publics, la totalité des répondants évoquant le début de la charge souligne l’absence de sommation avant les jets de grenades lacrymogènes. « La musique est coupée un court instant, le public proteste gentiment, comme ça se fait à tout concert. Puis un petit Bérurier Noir [groupe de rock alternatif des années 1980] se fait entendre, sur une tonalité très basse, qui situe son récit vers 4h15. Et là, sans sommation, des gaz partout. », raconte l’un d’entre eux. 

Alors que 18 des 148 ­témoins expliquent avoir aperçu, dans la panique générale, des personnes tomber dans le fleuve, plusieurs d’entre eux confessent avoir tenté, sans succès, d’appeler les forces de l’ordre à la raison. « Cassez-vous ou on vous embarque! »« C’est pas notre boulot, c’est celui des pompiers », essuient-ils en guise de réponse.  Enfin, si certains témoins confessent avoir, de rage, lancé des bouteilles sur les policiers après le début de la charge [la cause des 10 plaintes de policiers, ndlr], tout porte à croire que plusieurs officiers de police auraient laissé libre cours à une forme débridée de violence verbale et physique. « Sale Gaucho », aurait lancé l’un d’entre eux après avoir tiré une grenade de désencerclement en direction des jambes d’un fêtard. « Deux tireurs visaient la tête des gens avec leur LBD », s’insurge un autre. « Vas-y, viens, vas-y! », aurait enfin crié un autre policier après avoir tasé un jeune homme dans le dos… Et la liste continue. « On était juste des objets à défonce», résume un dernier témoin.

Pour le média Nantes Révolté, très engagé sur la question depuis le 21 juin, ces témoignages excluent les derniers doutes sur cette attaque qui, écrivent-ils, « a causé la mort d’un jeune nantais » et constitue « une tache de sang indélébile sur les mains du gouvernement et de sa police », voire « un scandale d’État. » Une position partagée par l’avocate de la famille Caniço qui, le 30 juillet dernier, évoquait, suite à la prise de parole du premier ministre Édouard Philippe, une « affaire d’État » dans les colonnes de L’Express.

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