À écouter : la “musique de la mer” captée par Molécule à bord d’un des bateaux du Vendée Globe

Écrit par Jean Paul Deniaud
Photo de couverture : ©Pierre Bourras
Le 17.11.2020, à 17h22
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©Pierre Bourras
Écrit par Jean Paul Deniaud
Photo de couverture : ©Pierre Bourras
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Depuis le 8 novembre et le départ du monocoque LinkedOut de Thomas Ruyant pour le Vendée Globe, l’artiste Molécule diffuse chaque matin sur France Info un bulletin sur l’avancée du skipper, diffusant du son provenant du bateau en binaural. Il revient pour Pioche sur cette première semaine haletante.

Cet article est réalisé en partenariat avec Pioche!. Lancé en octobre 2020, Pioche! est le nouveau magazine de l’écologie où retrouver, chaque jour, le meilleur de l’information pour se réinventer, s’impliquer, s’inspirer et s’évader, près de chez soi (et un peu plus loin).

Depuis le 8 novembre dernier, deux artistes de haut niveau sont en course pour réaliser ce qui est peut-être le projet le plus ambitieux de leurs vies. Le premier, Thomas Ruyant, est skipper, et navigue à près de 40 km/h sur les eaux du globe. Objectif : battre le record du tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance lors du Vendée Globe. Sur 33 navigateurs au départ, il navigue aujourd’hui à la deuxième place.

Le second, Romain De La Haye-Serafini, alias Molécule, est l’un des artistes majeurs des musiques électroniques en France. Habitué des conditions extrêmes pour composer sa musique, il a cette fois posé 16 micros et 13 caméras à bord du monocoque LinkedOut de Thomas Ruyant. Son but : capter in situ l’intensité de la course pour réaliser son premier film. Il en composera aussi la bande originale, à partir de la matière sonore enregistrée.

Parties le 8 novembre du port des Sables d’Olonne, en Vendée, leurs aventures conjointes aboutiront dans plusieurs semaines. D’ici là, problèmes techniques, réparations en urgence et conditions météo parfois périlleuses nourrissent la course d’un suspense haletant. Chaque matin sur France Info, Molécule s’en fait l’écho, illustrant son propos de sons en binaural envoyés par Thomas Ruyant depuis le large. Il retrace pour Pioche cette intense première semaine.

Le jour du départ

« Depuis le départ, je vis la course de l’intérieur, minute par minute. C’est un peu une drogue. Là, un navigateur vient de démâter, un autre revient aux Sables d’Olonne sans savoir s’il pourra revenir. C’est assez intense. La course est longue et fragile. Ils peuvent croiser la route d’un objet flottant, d’une baleine… De nombreux aléas peuvent survenir. Et je suis à l’écoute de tout ça : j’ai placé 16 micros sur le bateau de Thomas, dont je récupère le son en 16 pistes de 40 secondes, et je suis toutes ses communications. »

« Le bateau n’est pas arrivé. Chaque heure est comptée. Le stress va se dissiper au fur et à mesure des semaines, quand on aura emmagasiné assez de sons et d’images. D’ici là, il y aura cette hantise que la course, qui est en quelque sorte en train d’écrire le film, s’arrête prématurément. Il faut accepter cette fragilité. »

Jour 1 : Thomas Ruyant, navigateur

« Je suis émerveillé par le début de course de Thomas. Il dort 3h par jour par tranches de 20 minutes, dans des conditions très dures. Je l’ai eu mercredi dernier : il est d’une lucidité et d’un calme assez fabuleux. J’ai un respect et une admiration pour ces marins seuls sur ces machines immenses, dantesques, qu’ils sont à la limite de maîtriser. Parfois, j’ai un peu peur pour eux, parfois je suis content d’être où je suis, parfois j’aimerais être à ses côtés et pouvoir l’aider. Ce qui est génial, c’est que tout le projet repose sur ses épaules, et celles-ci sont bien solides. Je le savais, mais j’en suis encore plus convaincu aujourd’hui : c’est le navigateur qu’il fallait pour un tel projet. »

Jour 2 : La musique de la mer

« Ce bateau est un véritable instrument de musique, avec une caisse de résonance en carbone assez inouïe : à chaque vibration, chaque impact, il prend une dimension acoustique grandiose. Cet instrument, Thomas en joue en navigant à travers les océans. Tout le contexte sonore est modifié en fonction de l’état de la mer, du vent, de la houle, de la voilure du monocoque et de sa recherche de performance. Les bons réglages de Thomas créent des lignes mélodiques, les vibrations des foils créent des harmonies. Tout le bateau prend une dimension musicale lorsqu’il avance et se sent bien. »

Jour 3 : La tempête

« La première dépression est arrivée. Thomas m’a dit que c’était la pire nuit de navigation qu’il n’avait jamais connue. Il y a eu beaucoup de casse parmi les bateaux. En mer, il arrive des bricoles tous les jours. Un marin disait que le Vendée Globe, c’est une réparation par jour. C’est lié aux conditions météo et au fait que les bateaux sont des prototypes, des objets technologiques qui n’ont pas encore été éprouvés. Exactement comme mon dispositif technique, qui subit les assauts des éléments chaque jour. On l’entend au travers des enregistrements audio, j’ai hâte de voir tout ça en vidéo. »

Jour 4 : L’océan au premier plan

« J’ai Thomas au téléphone tous les mercredis. Ce sont ces communications que j’utilise dans mes capsules sonores. Les autres, notamment les communications avec son équipe technique, seront pour le film. Il y a un sentiment de passivité qui est assez nouveau pour moi. Dans mes projets, je m’engage à chaque fois personnellement, je vis la chose au cœur des éléments. Ce n’est pas de la frustration, car je ne suis pas assez solide pour faire ce qu’il fait, mais un sentiment assez ambivalent d’être à la fois au cœur de quelque chose et très extérieur. Une extériorité liée à la volonté d’être cette fois derrière la caméra et de mettre au premier plan ce marin, son bateau, les océans. »

L’artiste et le journaliste

« Le travail avec France Info se passe très bien. Je collabore étroitement avec Eric Valmir, le secrétaire général de l’information à Radio France, que je remercie grandement d’avoir tenu le pari de diffuser du son de cette façon à l’antenne. Je suis un peu pris dans un rythme infernal de production avec ces bulletins quotidiens : je vais à l’essentiel pour coller à la course et à l’actualité, et me laisse le privilège de plus rentrer dans ces enregistrements plus tard, au retour du bateau. »

« J’ai presque un rôle de journaliste : un regard artistique mais aussi d’actualité. Mon père est journaliste, ma sœur est journaliste. Chaque matin, je touche un peu à ça, c’est super enrichissant. J’aime apprendre en faisant, et là, je suis en plein dedans. »

Pour suivre l’aventure du voilier LinkedOut de Thomas Ruyant et Molécule c’est ici.

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