Meubles à vinyles : Ces designers français qui concurrencent le Kallax d’Ikea

Écrit par Trax Magazine
Le 17.06.2019, à 16h38
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Quand, en 2014, Ikea annonce la fin de sa célèbre étagère Expedit en France, la presse s’en fait largement l’écho, La Voix du Nord annonçant carrément des « collectionneurs de vinyles en deuil ». Si le géant suédois du meuble en kit a depuis revu sa copie, proposant un nouveau modèle (la Kallax), il doit dorénavant faire face à de jeunes concurrents bien décidés à lui disputer son hégémonie dans le cœur des diggers français. En avril 2017, ils dévoilaient à Trax leurs principaux atouts : un goût prononcé pour le design et une passion loin d’être industrielle.

Cet article a initialement été publié dans le numéro 201 de Trax Magazine, encore disponible sur le store en ligne.

Par Arnaud Rollet

1,7 million de vinyles vendus en France en 2016. Sûrement en deçà de la réalité (quid du marché de l’occasion ?), le chiffre dégainé par le Snep (Syndicat national de l’édition phonographique) témoigne officiellement du net regain d’intérêt que connaissent les 33 tours sur notre territoire, notamment auprès des 25-35 ans aussi lassés du tout-digital qu’attirés par l’aura d’un support perçu comme culte. Cette tendance vintage n’est d’ailleurs plus à prouver : face à un avenir peu ragoûtant, à la fois ultra-numérique, mondialisé et déshumanisé, le « c’était mieux avant » gagne du terrain. En quête de sens et d’authenticité, mais également consuméristes et autocentrés, ces nouveaux amateurs de cire veulent de l’unique, de l’artisanal mais aussi – la force de l’habitude – du beau façon années 50 avec une esthétique scandinave. Quitte à payer plus cher, ils privilégient une expérience et le contact humain. Un créneau que des boîtes françaises, souvent créées par des jeunes passionnés de musique et de déco, n’ont pas manqué d’occuper depuis quelques années. Avec succès.

« Produire plus signifierait sous-traiter plus loin, stocker davantage… C’est une autre logistique. On préfère notre mode de fonctionnement semi-artisanal. »



Sortir du stéréotype suédois

Avec une centaine de meubles vendus depuis trois ans, à raison de 1 200 euros le meuble en moyenne, le shop parisien Nationale 7 est un exemple à suivre. Passé par les Puces de Saint-Ouen, Maximin est ainsi loin de regretter ce moment où, avec son acolyte Franck, un disquaire, il a décidé de faire le grand saut. « Quand nous avons décidé d’associer nos deux compétences pour faire ce meuble, il n’y avait pas vraiment d’équivalence. Je me souviens bien d’une boîte en France qui faisait du sur-mesure et d’une autre aux États-Unis : leurs meubles étaient très beaux, mais hors de prix. On a voulu mieux cibler la demande. Finalement, on a réussi à proposer un meuble en dessous de la barre des 2 000 euros. Une fois notre site Internet créé, ça a pris et on est naturellement remontés sur Google. Les premières commandes sont venues comme ça, sans marketing. C’était assez étonnant. »



Longs de 70 centimètres à 1,50 mètre et réalisés en chêne massif par un artisan qui en fabrique un par semaine, les trois modèles existants (N001, N002 et N003) permettent à Nationale 7 de tabler sur un chiffre d’affaires constant. « Il ne double pas, mais c’est logique : on ne veut pas produire plus, précise Maximin. On veut garder la qualité et, en l’état, on répond déjà vite aux demandes. Produire plus signifierait sous-traiter plus loin, stocker davantage, etc.. C’est une autre logistique. On préfère notre mode de fonctionnement semi-artisanal. » Reste que les deux associés continuent d’avancer, Maximin confessant élaborer un meuble autour de 400 euros. En plaquage, ce dernier devrait encore satisfaire ceux qui aspirent à s’émanciper du stéréotype Ikea en « prenant de l’âge ».

L’appel du bois


Initiée en 2016 par Arthur et Xavier, la soixantaine à eux deux, Estis confirme également une nette hausse de son activité ces derniers mois. « À voir si c’est dû au marché du vinyle ou simplement au bouche à oreille », tempère Arthur. Avec des meubles à galettes vendus 800 euros en moyenne, la structure encore naissante se porte plutôt bien. Pas mal pour une boîte lancée par deux ingénieurs ayant travaillé « quatre cinq ans dans une société parapétrolière » avant de tout plaquer.

Le déclic menant à la création d’Estis – aujourd’hui devenu Junndo – est survenu après que Xavier, de retour à Paris suite à un passage à l’étranger, a voulu construire ses propres meubles afin d’exploiter au mieux le moindre mètre carré. Bricoleurs, les compères s’amusent à faire du sur-mesure et se rendent compte de leur potentiel. « Nous pouvions penser un meuble le matin et le fabriquer l’après-midi, via des fablabs et avec des matériaux de bonne qualité. » Pourquoi ne pas se lancer à plus grande échelle ? Cela donnera le B-Calling, une première création capable d’abriter des platines et une table de mixage, bientôt suivi par le Portée, modèle imaginé avec le designer Philippe Riehling. De quoi séduire deux clientèles exclusivement françaises : une « entre 40 et 50 ans » à la collection imposante et l’autre composée de trentenaires, qui « voient le vinyle comme un bel objet » et apprécient le « mobilier design ».


Le meuble Portée de Junddo.

Autre itinéraire, celui de Paul et Albane, créateurs en 2015 d’Atelier Sauvage. « Notre situation était un peu spéciale, se souvient Paul. C’est l’histoire classique de la mauvaise direction : nous sortions d’une école de commerce, moi pour travailler dans une agence pub, elle pour faire une année de césure et voyager. Albane voulait déjà se réorienter. Moi, j’ai compris au bout de six mois. Mais à 25 ans, je ne pouvais pas prétendre à une formation classique en ébénisterie… Heureusement, l’École Boulle proposait des cours du soir ouverts aux adultes via la mairie de Paris. C’est comme ça que l’on a pu se former et se rencontrer. »


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La tentation du luxe

Conçu en partie grâce aux conseils d’amis évoluant dans la musique, leur meuble Bois Son – leur tout premier – visait clairement les adeptes de MK2. Un choix qui a permis à l’enseigne de se faire connaître auprès d’une clientèle prête à faire des sacrifices pour assouvir son obsession. Demandant « entre 30 et 90 heures de travail pour deux personnes en fonction des dimensions, de l’essence de bois et de la personnalisation du meuble », le Bois Son est vendu entre 2 500 et 6 500 euros. « Ce sont des passionnés qui ne gagnent pas forcément très bien leur vie, mais ont un amour supplémentaire, quitte à se priver d’autres choses », analyse Paul. Depuis, les deux artisans se sont lancés sur de nouveaux meubles, en dehors du strict registre musical.



Positionné sur le créneau du luxe, IOTA Element s’adresse à des audiophiles capables de débourser plusieurs dizaines de milliers euros pour des pièces design intégrant des enceintes et amplis très haut de gamme, à l’instar de sa bibliothèque Alexandrie – pour laquelle il faut compter 12 000 euros le mètre linéaire. Créé en 2013 par trois amis de moins de 30 ans (Antoine, ingénieur notamment passé une grosse boîte du CAC 40 et deux anciens de l’École Boulle, Julien et Claude), le studio se lancera prochainement sur un produit plus accessible : le caisson à vinyles. « Un client nous a demandé de réaliser des blocs lui permettant de ranger sa collection. On a donc imaginé plusieurs modèles. Nous sommes encore en train d’établir un prix de vente, probablement compris entre 500 et 1 000 euros. » Car IOTA Element se veut aussi à l’écoute de son cœur de cible. « Ce sont des amateurs d’art, de belles choses, qui aiment se faire plaisir, explique Antoine, le PDG. Ici, les gens viennent nous rencontrer, discuter de leurs envies, des matériaux. C’est plus intime. »

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