Pourquoi il faut les meilleurs ingés-son pour sonoriser les soirées techno en hangar

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Le 17.12.2019, à 17h22
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François Le Pallec est ingénieur du son et travaille aux Trans Musicales depuis quelques années. Rencontre, dans le cadre d’un partenariat avec l’école spécialisée ESRA, avec un enfant du pays qui a décidé de transmettre sa passion.

Comment avez-vous commencé ? Avez-vous toujours eu une passion pour le son ?

Ado, je faisais déjà énormément de musique. J’habitais Muzillac, dans le Morbihan, où se tenait un festival de trois jours : les Nuits celtes. Il y avait une soirée rock, une musique du monde, et une dernière musique traditionnelle. Il y avait un régisseur, avec lequel je travaille d’ailleurs toujours aux Trans. Il m’a vu filer un coup de main, déménager les batteries, etc., et m’a proposé de devenir bénévole pour le festival. De fil en aiguille, je me suis immergé dans ce milieu et ce métier-là. Donc dès seize ans, j’ai découvert ma vocation, je savais que je voulais bosser dans le son. 

Et en termes de formation ?

J’ai fait l’ESRA, à Rennes . J’y retourne d’ailleurs de temps en temps, car j’enseigne l’audio numérique, les technologies du son issues de l’informatique. J’y ai étudié entre 2000 et 2003, direct après le bac. En parallèle des cours, je travaillais déjà, donc à la sortie de l’école j’avais plein de contacts et je suis entré de manière assez fluide dans le monde professionnel. 

Vous diriez que cette intégration s’est plutôt fait grâce à l’ESRA ou à vos diverses expériences de travail en parallèle de vos études ?

C’est un mélange de tout. L’ESRA, ça a été très enrichissant, j’ai pris directement les options liées à la sonorisation. Il y a plein de matériel que l’on peut emprunter pour se former, etc. Les stages ont été déterminants aussi, j’en faisais tous les étés, au moins trois mois, et j’ai étoffé mon carnet d’adresses. Donc j’ai fait mon trou et à la sortie de l’école, j’ai commencé à travailler pour différents groupes : les BB Brunes et plein de formations de Rennes. Puis j’ai commencé à tourner avec certains d’entre eux. 

Aujourd’hui, vous continuez à travailler essentiellement sur des tournées ? 

Non, au contraire. De toute manière, tu ne peux pas faire que des tournées : si tu te cantonnes à ça, tu as toujours des moments de creux et ça peut être délicat à gérer. Et puis, ce n’est plus si simple de partir de chez soi et de prendre la route pour une année ou plus. Pour tes proches, tu deviens un fantôme. Et professionnellement, tu perds le réseau que tu t’es créé en te consacrant à une seule chose. Donc j’ai mis le frein sur les déplacements, j’essaie de bosser en local sur les festivals. C’est plus simple et plus régulier, même si je continue de temps en temps les tournées : en mai, j’ai fait un remplacement sur Angèle et en octobre j’étais avec Jeanne Added, par exemple. 

Comment avez-vous commencé à travailler pour les Trans ? 

D’abord, j’y ai été en musicien ! J’étais batteur d’un groupe qui s’appelait Human Seax. On a joué à l’Ubu, en première partie de M83. Puis je suis passé de l’autre côté et j’ai fait plusieurs groupes sur des tournées organisées par les Trans. Il y avait un groupe notamment dont j’étais absolument fan : Wonderboy, des Rennais. Et puis progressivement, à force de m’implanter, de rencontrer le programmateur Jean-Louis Brossard, je me suis fait une place. 

Les Trans représentent quelque chose de spécial, pour vous ?

Ça avait beaucoup d’importance pour moi il y a dix ans, maintenant j’ai un peu démythifié le truc, ça reste du travail. Et puis c’est de nuit, au milieu de l’hiver, jusqu’à 6 h 30 en ce qui concerne le Hall 8… Il fait très froid, c’est moyennement ma tasse de thé le pôle Nord ! Je préfère l’été, quand tu bosses en short et lunettes de soleil. Mais bien sûr, c’est un festival pour lequel j’ai une affection particulière. 

Concrètement, comment y travaillez-vous ? 

Ça commence le lundi matin qui précède le festival, je m’occupe de l’optimisation de la sonorisation de la Greenroom, puis je passe au Hall 8. Je regarde l’organisation de la salle, je note s’il y a eu des modifications par rapport à l’an dernier, je fais des lectures de plan, des synoptiques audio, on modélise les salles pour que les enceintes tapent au bon endroit, du premier au dernier rang… Il y a quand même un gros travail de préparation en amont.

Est-ce que le Hall 8 a des spécificités ? 

Ce n’est pas vraiment classique, comme configuration… Ça reste des halls de Parc Expo, c’est quand même pas la panacée, c’est pour ça qu’on fait hyper gaffe à l’emplacement des enceintes. On discute avec les régisseurs pour avoir des rideaux, pour tamiser, pour éviter que l’acoustique soit vraiment désagréable. Globalement, il faut faire attention à ne pas envoyer du son dans les endroits qui servent à rien, sinon ça se met à résonner dans tous les sens. C’est un petit défi tous les ans.

Est-ce que vous profitez quand même des concerts ? 

Déjà, je vois tous ceux du Hall 8. Et quand un groupe vient avec son propre ingé son, je peux faire une pause et aller voir ce qui se passe ailleurs, notamment dans le Hall 3 où il y a plein de groupes de rock dont je suis assez friand. Au rayon des excellentes surprises, je me souviens de Dralms, un groupe anglo-saxon dont je faisais le son il y a quatre ans : une claque, j’écoute toujours l’album que j’avais acheté juste après les Trans. Ils ont fait des light checks l’après-midi, j’étais totalement subjugué.

Et votre meilleur souvenir des Trans ?

J’en ai tous les ans… L’an dernier, j’ai un copain, Kevin, qui a joué avec les Madmadmad, c’est leur bassiste et c’est mon ancien coloc de quand j’avais vingt ans ! Ça a été l’assistant de Jean-Louis Brossard aussi. Maintenant il se retrouve sur scène, et en plus la musique était terrible… Ça fait des souvenirs extras, forcément.

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes étudiants qui souhaitent devenir ingénieurs du son ? 

Je conseillerais d’écouter beaucoup de musique pour former son oreille à la diversité. Il faut une approche artistique, avant tout, et ouverte. Quand on fait le mixage d’un groupe, on n’aligne pas des zéros et des uns, on ouvre son oreille, on se met en phase, donc c’est important de cultiver ça. Et puis il faut être très attentif aux nouvelles technologies issues de l’informatique. On fait des bonds incroyables, à ce niveau-là depuis quatre ou cinq ans. Attention donc à avoir des compétences musicales et techniques, les deux sont fondamentales. 

La question de Lucas, étudiant à l’ESRA Rennes 

Selon vous, les réglementations de plus en plus strictes concernant les niveaux sonores impactent-elles les shows de musiques électroniques ?

Non, pas du tout. On n’est pas obligé d’avoir un niveau très fort pour apprécier la musique, au contraire, ça peut même être désagréable. La réglementation c’est très bien, tellement de gens abusent des niveaux sonores, parfois on doit faire la police. Si c’est pour avoir des lésions irréversibles au niveau de l’audition, après dix heures passées dans le son, c’est ridicule. Là on est arrivés à une législation à 102 décibels A, ça a été appliqué d’un coup donc au début on a eu un peu peur. Mais finalement, c’est très bien pour tout le monde. 

Pour marcher dans les pas de François Le Pallec : une formation « son » est enseignée à l’ESRA, au sein de ses campus de Paris, Nice, Rennes ou Bruxelles.  

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