Manu le Malin : “Pour moi, Barbara c’est du hardcore”

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©RM Radio
Le 21.11.2019, à 17h00
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Qui d’autre que l’un des meilleurs DJs français, hardcore mais pas seulement, pour tenter de définir c’est qu’est ÊTRE hardcore, dans le numéro de Trax consacré aux musiques extrêmes en 2014. Pour Manu Le Malin, au-delà du genre, c’est avant tout une manière d’appréhender la musique, et au final sa propre vie.

Cet article a initialement été publié en novembre 2014 dans Trax n°177, disponible sur le store en ligne.

Par Manu Le Malin.

Très jeune, j’ai écouté les cassettes de DJs parisiens qu’avaient mes parents. Et d’un autre côté, j’ai aussi été bercé du côté de ma mère par Barbara. J’ai été fan très jeune et je le suis encore aujourd’hui. Pour moi, Barbara c’est du hardcore, une certaine vision du hardcore. Parce que c’est sombre, grinçant. Pas toutes ses chansons évidemment… Mais c’est aussi le personnage.

Note de la rédac’ : Par ailleurs, le producteur apparaît dans le film Barbara, elle et nous sorti le 9 novembre dernier et réalisé par Didier Varrod, Nicolas Maupied et Virginie Parrot. Un documentaire bouleversant à voir en replay sur France 3, où l’on peut voir Manu le Malin reprendre Barbara avec des textures techno.

Le hardcore c’est quelque chose qui va te prendre aux tripes, ou par les couilles, ou par le cœur. Core en anglais, c’est le noyau. Donc c’est quelque chose qui vient te toucher vraiment au plus profond de toi-même. C’est quelque chose de vrai. Ça peut te mettre mal à l’aise, ça dépend des gens. Moi la musique de Barbara, ça ne me met pas mal à l’aise, bien au contraire. Oui, ça fait pleurer sans doute, parfois. Ça crée en tout cas une émotion qui est dure, hardcore. Il y a le sentiment, la sensation, l’émotion hardcore, et il y a le genre. Moi je préfère parler de sentiment que de genre hardcore.

Bien souvent on dit que je ne regarde pas le public, que je ne souris pas souvent, mais que je fais des putains de grimaces en mixant. C’est que je vis la musique. C’est pas un jeu de scène, je suis comme ça. Si tu montes sur scène, c’est pour tout donner. C’est une mise à nu. Je m’ouvre aux gens. Et ce que j’aime, c’est que les gens qui reçoivent ça me le renvoient. C’est du 50/50. Avec la musique que je joue, que ce soit en techno ou en hardcore, je vais essayer d’aller chercher le truc qui est en toi, à l’intérieur. Quand un mec joue, j’ai envie qu’il aille me chercher et m’attrape par les couilles ou par le cœur bien souvent. C’est ça qui m’intéresse dans la musique.

Du coup, lorsque tu n’es pas bien dans ta vie, tu n’as pas envie de te mettre à poil. Surtout que ça a toujours été pour moi une manière de communiquer et que je n’ai pas envie de communiquer un truc pas joli. De temps en temps, comme dernièrement à Dream Nation, j’ai fait un set vraiment vraiment hard. Tout de suite pied dedans. Mes amis savaient que j’étais pas bien dans ma peau, mais pas assez pour ne pas y aller. Ils ont sentis une vraie colère au travers de ma musique. J’étais triste, et j’ai fait un pur set ! Là je pense qu’on peut vraiment parler de hardcore.

Je ne suis pas de mauvais poil tous les week-end, mais même quand je suis de bonne humeur, c’est la war quoi ! Quand je mixe, je ne mets pas un disque et je mets le doigt en l’air. Parce que je mixe tout de suite quelque chose derrière, que le retour va me claquer à la gueule. Et je grimace, c’est comme ça. Je maltraite ma platine, je maltraite le diamant, je maltraite le vinyle, je fais des effets, je fais parfois des scratchs qui sont pas dedans, je m’en bats les couilles. Je joue, comme si j’étais chez moi tout seul, sauf qu’il y a des gens.

Alors je ne les regarde pas, pas par antipathie, mais parce que si je croise un regard insatisfait, je vais perdre confiance. Et cette confiance, c’est ce qui va me permettre de faire des trucs de ouf. De prendre une platine, de la retourner et de faire de la guitare avec, de mettre un coup de pompes dans le retour comme si j’étais un guitariste de rock à Wembley. Ça vient comme ça, il  n’y a pas de jeu de scène. Et si on me posait la question pour savoir si en faisant des grimaces, en cassant des trucs, je suis hardcore, alors je réponds ouais. Ouais c’est hardcore, parce que c’est juste moi.

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