Mais où est donc passé Jacques ?

Photo de couverture : ©D.R.
Le 17.10.2019, à 14h14
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Photo de couverture : ©D.R.
Fin 2017, Jacques Auberger annonçait sur les réseaux sociaux son désir de quitter Paris et de se retirer de la scène et du paysage médiatique. Mais que devient-il aujourd’hui ? Puisqu’il ne tient plus à prendre la parole directement, c’est à ses amis, collègues, colocs, aux témoins privilégiés de son évolution et de son projet que l’on a décidé de poser la question.

Sur la terrasse de sa nouvelle villa de 250 mètres carrés, donnant sur les montagnes et la mer, une théière à la main et une djellaba sur le dos, Jacques se sert un thé à la menthe. Fidèle à son habitude de pousser les choses un peu plus loin, il imite la tradition marocaine de lever la théière très haut pour faire refroidir le thé en se perchant sur un escabeau. Sur son visage s’affiche le même sourire qu’arborerait un enfant fier de sa blague.

Jacques est parti vivre au Maroc, ne vit plus dans un squat et a arrêté la scène. Lors d’une tournée de trois ans, durant laquelle il a joué près de 160 concerts et voyagé autour du monde, Jacques s’est consacré tout entier à sa musique. Comme le dit si bien Basile di Manski, membre de l’équipe de Pain Surprises, « on dirait que sa vie, c’est juste un carburant pour sa musique. Il n’aimerait pas cette forme de binarité, mais en même temps, je ne connais personne qui vive autant dans sa musique que lui. » Plongé dans une dynamique de création permanente, il n’a pas cessé, en trois ans, de perfectionner son setup, ses sons, ses concerts, dans le but toujours faire mieux, de se renouveler, et d’être en progression constante. Ce qu’il est parfaitement parvenu à faire. Les amis qui l’accompagnaient lors de sa tournée témoignent très bien de cette persévérance : « Le travail est un cercle vertueux, et le sien s’entretient très bien : plus ça marche plus il bosse. » Ce rythme intense fut très bénéfique pour sa musique, mais il prit, de fait, le pas sur tous les aspects de sa vie, y compris son repos : « Lors de la tournée, il est souvent arrivé qu’une fois posé dans sa chambre d’hôtel, Jacques nous demande de remonter le setup pour qu’il puisse continuer à faire du son toute la nuit. Il ne s’arrête jamais. », raconte Sylvain, son ingénieur-son. « C’est impressionnant, il est concentré 24/7. Il organise son temps et son repos autour de sa passion, c’est du non-stop. Et quand il est malade, il joue avec son bonnet et son écharpe. Je ne l’ai jamais vu décommander une date parce qu’il était souffrant. » confirme Valentin, responsable des objets sur la tournée de Jacques.

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Si cet acharnement, presque obsessionnel, a fait de lui l’artiste touche-à-tout et fascinant que l’on connaît, il l’a aussi usé sur le plan physique et psychologique, comme sur le plan social. « Sur la fin de la tournée, il se déguisait après les concerts pour être incognito et passer la soirée tranquille. » Etienne explique que le désir de faire une pause et de se retirer de la scène est apparu naturellement : « Ça n’allait pas mal, il n’était pas en train de déprimer ou quoi que ce soit. Mais il a eu l’impression d’être arrivé au bout d’un cycle, et plutôt que de continuer à creuser, il a préféré prendre du recul et aller se reposer pour revenir plus frais. La tournée, les concerts, les sollicitations, ça fait sortir de sa bulle, et Jacques n’arrivait plus à y retourner. Le meilleur moyen de se retrouver, c’était de partir loin. » Pur hasard ou signe du destin, la prise de cette décision coïncide avec le cambriolage de son studio et le vol de la quasi-totalité de son matériel fin 2017. « C’est presque arrivé au bon moment, c’était un peu la cristallisation de cette envie d’arrêter. C’est pour ça qu’il ne l’a pas si mal vécu. » confie Etienne.

À la suite de cet évènement, Jacques a annoncé sur les réseaux sociaux son intention de quitter le paysage médiatique et d’arrêter les concerts. Le musicien partit s’installer au Maroc. « Il avait vraiment envie de déconnecter. Il pensait se trouver une baraque en Normandie ou quelque chose comme ça, mais on trouvait quand même tous plus sympa l’idée d’inviter ses copains à faire du son au Maroc… » Etienne explique que « l’idée était aussi de faire de cette maison une sorte de résidence pour les artistes de Pain Surprises. » Il s’est installé dans une maison qui surplombe Taghazout, petit village sur la côte Atlantique très apprécié des surfeurs, à quelques bornes d’Agadir. Depuis la fin de son emménagement, la construction de son studio, puis d’un deuxième pour les invités — presque pensé comme une chambre d’amis — Jacques invite copains et collègues à venir se reposer et faire de la musique dans ce petit coin de paradis. « Il vit dans villa hyper agréable et assez futuriste. On voit la mer depuis la terrasse et les studios. Autour c’est la montagne, en bas l’océan. » raconte Basile Di Manski, venu surfer quelques vagues et travailler ses morceaux avec lui. Après des années de vie en squat et de tournée autour du monde, c’est la première fois que Jacques le nomade s’installe réellement : « Pour la première fois de sa vie, il paye un loyer et vit dans un endroit qui est à lui. Et c’est une très belle maison de 250 mètres carrés avec vue sur la mer… C’est drôle parce qu’il est un peu passé du squatteur de service à Al Pacino. » plaisante Etienne.

En réalité, loin d’être devenu Le Parrain, Jacques continue de vivre de sa débrouillardise : « Il est paumé au milieu de nulle part, pour avoir internet il achète des cartes de téléphone 4G marocaines et il partage sa connexion avec son ordinateur. » Et rien ne semble pouvoir prendre le pas sur sa musique et son travail, pas même les vacances : « Il a une piscine, mais s’il la remplit, l’eau s’écoule et inonde le studio. Du coup, elle reste vide. Le choix a très vite été fait. » Etienne, Basile, et les autres membres de Pain Surprises lui ayant rendu visite s’accordent pour dire que Jacques ne sait pas lever le pied. « Quand il est rentré de sa dernière tournée en Asie, il a fait une sieste d’une heure ou deux, puis il s’est direct remis dans la musique. », « Il a du mal à ne rien foutre. Étant son manager, je devrais être celui qui le motive à bosser, mais c’est tout l’inverse, c’est moi qui le pousse pour qu’on aille visiter la région, qu’on se balade, qu’on aille au hammam… Il ne sait pas prendre de vacances sans imbriquer du boulot dedans. »

La sortie au mois de mai de la mixtape “Jacques Sous Inspi”, qui regroupait près de 125 morceaux tirés des enregistrements de ses lives, était à la fois l’aboutissement de sa démarche de création permanente, et une façon de remercier tout le monde et de rendre l’antenne de sa chère radio. Aujourd’hui, Jacques continue à faire de la musique. Il a simplement changé de rythme et de cadre : « Là, il a fini de s’installer, ses studios sont terminés, il a sorti la mixtape qui lui a pris beaucoup de temps… Le chapitre est clos symboliquement. Il est prêt à en ouvrir un nouveau, il est chaud. » Etienne confie qu’il aurait en tête un projet nommé “La Grande Déferlante”, rassemblant les différents morceaux sur lesquels il a travaillé seul ou avec d’autres artistes. Jacques n’a pas changé, il se rase toujours le dessus de la tête et continue à se vouer à sa musique. Qu’il soit apaisé par les vagues de l’Atlantique qu’il peut observer depuis sa terrasse, ou bien stimulé par le régime à base de noix qu’il suit pour développer sa capacité de concentration, une chose est sûre : Jacques est loin d’être en manque d’inspi.

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