Comment le danseur L’Homme Statue est devenu l’incarnation de la scène underground de Sao Paulo

Écrit par Thémis Belkhadra
Photo de couverture : ©Emma Panchot
Le 03.06.2020, à 16h15
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©Emma Panchot
Écrit par Thémis Belkhadra
Photo de couverture : ©Emma Panchot
Né en banlieue parisienne, L’Homme Statue s’est bâti au Brésil, au cœur de l’underground queer et anarchiste de Sao Paulo. En plus d’être performeur pour le groupe Teto Preto, il vient de sortir aux côtés du producteur Zopelar un premier EP justement intitulé Ser.

Cet article est initialement paru en mars 2020 dans le numéro 229 de Trax Magazine, disponible sur le store en ligne.

Stylisme : Garlone Jadoul et Emilie Türck
Photographe : Emma Panchot
Assistante Photographe : Solène Gün
Studio : Oddity / Monsieur L’Agent 

« Je crois énormément au destin », confie Loïc Koutana, alias l’Homme Statue alors qu’il s’interroge sur les choix qui l’ont mené à la création de son premier EP : Ser. Autrefois calme étudiant de la Sorbonne, le jeune homme s’est révélé artiste alors que, dans un élan d’amour et de bravoure, il quittait sa banlieue parisienne pour s’installer au Brésil en 2015. « Mes dernières années à Paris étaient sans grande saveur », raconte-t-il. « J’allais à l’école en attendant que la vie m’appelle pour me donner, à mon tour, mon petit bout d’aventure ». À Sao Paulo, Loïc abandonne les cours et rencontre le monde des arts. Le milieu guindé des agences, des studios photos et des catwalks brésiliens d’abord. Puis, très vite, l’avant-garde survoltée et anarchiste de l’underground local. « Sao Paulo m’a transformé », reprend-il. « Au Brésil, les physiques sont infiniment variés. Il y a des Noirs, des Blancs, des métisses… Une diversité qui m’a permis de renouer avec ma couleur, de déceler ma beauté là où la France m’avait toujours appris à la nier. Par la suite, en m’intégrant à la scène LGBTQI+ locale, j’ai pu accepter et explorer ma bisexualité que j’avais dû mettre de côté. J’ai découvert la lutte et le lâcher prise. »

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Blouson, Isabel Marant. Short, Kappa.
©Emma Panchot

Loïc se met en quête de sensations fortes. Il écume les clubs et garages abandonnés de Sao Paulo, là où la techno coule à flots. Un soir, en pleine transe, il attire sur lui le regard d’une jeune femme, Laura Diaz : « Elle s’est approchée de moi, s’est présentée et m’a invitée à venir voir son groupe sur scène quelques jours plus tard ». Emblème de la scène LGBT brésilienne, politiquement intraitable et originaire de sa propre planète artistique, la musicienne jouait alors l’un des premiers shows de son groupe : Teto Preto. « Elle est montée sur scène à moitié nue », se remémore Loïc. « Je ne la reconnaissais qu’à peine. À la fin du concert, elle m’a proposé de rejoindre le groupe en tant que performeur ». Quelques semaines après son déménagement, Loïc avance vers son baptême scénique. Plus qu’un danseur, il devient l’incarnation du groupe et de sa musique révolutionnaire. Son alter ego vient de naitre : l’Homme Statue.

Alors qu’il se rapproche de Zopelar – producteur du groupe – très vite, c’est à son tour de passer derrière le micro. L’Homme Statue se rappelle : « Zopelar a un talent incroyable pour lire entre les lignes. Je lui disais tout ce que j’avais en tête : ‘Ici, il faudrait un son des profondeurs, des vagues, du glitch, une explosion puis repasser sur la guitare et le beat trap’ N’importe qui n’aurait rien compris et m’aurait envoyé balader. Pas Zopelar. Le lendemain, il revenait avec un truc encore plus fou que ce que j’avais en tête ». De ces va-et-vient artistiques, naîtront Ser, un disque qui transcende les codes du nouveau R&B en y incorporant de la soul psychédélique et des beats électroniques déstructurés. Il y est aussi question du rapport passionnel à la famille, de l’adolescence en banlieue, de la révélation brésilienne et de toutes ses quêtes d’identité en tant que jeune Noir LGBT+. « J’ai envie que ma musique soit transparente, intime et spontanée, en communication directe avec mon existence », affirme l’Homme Statue. Enveloppé dans des productions qui transcendent les genres musicaux, le potentiel de ce vocaliste nouveau-né semble n’avoir de limites que celles de son imagination. Artiste autodidacte et multi-casquettes, l’Homme Statue est à l’image d’une génération ultra-sensible qui tire profit du beau, et réinvente le monde à mesure qu’elle s’imagine elle-même.

Ser EP de l’Homme Statue est sorti en mai 2020 chez In Their Feelings.

Trax 229, octobre 2020

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