L’expo “Hip-hop 360” retrace près de 50 ans de culture musicale à la Philharmonie de Paris

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Marc Terranova
Le 31.01.2022, à 11h18
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©Marc Terranova
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Photo de couverture : ©Marc Terranova
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Jusqu’au 24 juillet 2022, l’exposition Hip-Hop 360 investit la Philharmonie de Paris pour une plongée savoureuse dans les multiples disciplines rattachées à cette culture. Bien loin de se transformer en musée, le projet propose une vision vivante, mouvante et complexe de l’un des mouvements culturels les plus importants de ces cinquante dernières années.

Par Brice Miclet

Hip-hop 360 n’est pas vraiment une exposition sur la musique. Elle raconte quarante-huit années de culture au sens large, de la danse à la photographie, de la sape aux clips. Parce que le hip-hop est justement pluridisciplinaire, c’est bien par ce prisme que la Philharmonie de Paris a décidé de traiter son sujet. Certes, il y a toujours une appréhension à le voir enfermé dans un musée. Mais force est de constater que cette nouvelle exposition, ouverte le 17 décembre 2021 et ce jusqu’au 24 juillet 2022, a tout d’une réussite.

Trop souvent, ce format peine à raconter l’underground des courants, à se détacher de la notion d’objet de collection. C’était, par exemple, l’un des défauts de Jamaica Jamaica!, dédiée aux musiques jamaïcaines. Mais le hip-hop à cela de fascinant qu’il est un mouvement foncièrement visuel. Alors, une fois la traditionnelle frise chronologique proposée en introduction, l’exposition se transforme vite en immersion dans ses débuts balbutiants mais vigoureux du sud du Bronx, dans les années 1970. Une mise en bouche rapide qui, fait plutôt rare, n’oublie pas l’importance de la diaspora dominicaine dans son éclosion. De cela, on a presque tout raconté, presque tout écrit. Mais de l’arrivée du hip-hop en France, il reste bien des aspects à documenter. L’un des temps forts est sans nul doute ces séries de photographies prêtées par leurs auteurs Sophie Bramly, Marc Terranova ou Maï Lucas. On y contemple les Paris City Breakers en action, les soirées animées par DJ Chabin ou Solo, les premiers graffeurs, NTM ou Solaar bien sûr…

Dee Nasty©Marc Terranova

« Le patrimoine hip-hop existe »

La force de Hip-Hop 360, c’est d’avoir fait participer et mis en exergue les acteurs du mouvement eux-mêmes, de manière évidente. Son commissaire d’exposition, François Gautret, détaille : « On a même donné des cartes blanches à des artistes comme Dee Nasty ou Cut Killer, à qui j’ai confié la direction artistique de la partie « DJ ». Niko Noki, producteur du groupe Orishas, a composé la musique originale de l’exposition. On n’est pas là pour faire une étude de cas. » Pour montrer la complexité et la richesse d’une culture, le plus efficace reste de manier les contrastes. À côté d’un graff vandale, on trouve un graff tiré d’un musée. À côté du clip de “Pour Ceux” de la Mafia K’1 Fry, filmé en bas des tours, on trouve celui de “Au DD” de PNL, qui place les deux rappeurs tout en haut de la Tour Eiffel. Sans jugement de valeur, encore heureux.

©Archives Mais Lucas

La crise sanitaire actuelle a mis quelques bâtons dans les roues des organisateurs. « En cours de fabrication de l’exposition, on a perdu Tonton David, Lionel D ou le danseur américain Shabba Doo », raconte François Gautret. « J’étais en contact avec eux pour qu’ils participent au projet. Ça m’a renforcé dans l’idée qu’il est plus que temps de bousculer les institutions. Le patrimoine hip-hop existe et certaines de ses grandes figures sont en train de disparaître. La Bibliothèque nationale de France n’a même pas encore ouvert de section dédiée au hip-hop, on peine grandement à retrouver les version HD de certains clips très importants. Les maisons de disques ou les boîtes de production ont parfois jeté les originaux. »

Heureusement, certaines pièces majeures sont bel et bien présentes. Il y a cette affiche originale du New York City Rap Tour, premier événement hip-hop d’envergure en France, cette pièce du graffiti-artist Futura 2000 sortie d’un bureau de l’hôtel de ville de Paris, les platines Technics SH-EX1200 Gold que DJ Fly a reçu comme trophée de vainqueur des championnats du monde DMC en solo… Il y a ce mur de mixtapes, format qui a construit le rap, et qui regroupe des cassettes de Black Swing, de DJ Smoke, DJ Kast, Manu Key, Triptik ou encore Dany Dan. Les croquis de graff de Bando trônent dans la dernière salle, tout comme les grands sampleurs qui ont commis les meilleurs échantillonnages du genre, comme les MPC Renaissance, 360 ou 3000, ou le E-mu SP-1200.

©William Beaucardet

L’impact du style

Ce qui rend cette exposition surprenante et assez jouissive, c’est l’importance donnée à la culture de la sappe. Un hommage à la boutique Ticaret, seul lieu d’imports de vêtements et d’accessoires venus de New York, ouverte en 1986, montre les bombers, les vestes siglées et les blazers de l’époque. Une rangée de mannequins illustre les différents styles vestimentaires : LA Style, Lascar, Locking… Tout un mur est dédié à ces marques de streetwear, qui ont marqué le début des années 2000 comme Royal Wear, Bullrot, Wrüng, HH Wear, et ce jusqu’à nos jours, jusqu’à Don Dada. « Chaque style est associé à un son, à un courant musical différent », ajoute François Gautret.

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©William Beaucardet

Le hip-hop ayant multiplié les formats, les disciplines et les supports, il est difficile de regrouper ses aspects en une seule installation. Pourtant, l’exposition s’achève sur le « 360 », qui donne certes son nom au lieu, mais qui propose surtout une immersion spatiale, visuelle et sonore déroutante. Une pièce dans la pièce, circulaire, qui voit un nombre d’invités prestigieux défiler comme Crazy B, Sims, le crew Double H et la première génération portée par Dee Nasty ou Sidney. En marge de l’exposition, la Philharmonie propose également une série de concerts, de colloques, de podcasts, de battles de danse et de rencontres. Histoire de montrer que même lorsqu’il est placé dans un musée, le hip-hop bouge toujours.

Toutes les informations sur l’exposition Hip-hop 360 sont à retrouver sur le site internet de la Philharmonie.

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