Les piliers du festival Astropolis racontent 25 ans de techno bretonne au manoir de Keroual

Écrit par Trax Magazine
Le 09.08.2019, à 10h08
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Écrit par Trax Magazine
Le festival brestois Astropolis a une réputation à tenir, et y parvient sans mal. Pour cette date anniversaire, Jeff Mills, Mad Mike, Manu Le Malin, Electric Rescue et autres Marc Romboy ont une nouvelle fois investi les bars, parcs et châteaux locaux pour souffler une volée de bougies.

Il y a des événement qui ne se ratent pas, des messes modernes. Les 25 ans d’Astropolis sont de ceux-ci. Du 9 au 7 juillet 2019, on retiendra que le temps n’altère que dalle lorsqu’il s’agit de perpétuer l’héritage d’un festival qui s’est forgé une place d’honneur dans le paysage électronique français et européen. A Brest, pointe Ouest hexagonale, on n’y passe pas, on y vient. Et pas pour rien.

La toute première fois

25 ans est une longévité nettement suffisante pour construire une famille. Par ses organisateurs, ses multiples hôtes, ses artistes et son public, Astropolis a exploité le concept du « pour nous, par nous » comme personne. Rien d’étonnant donc à constater qu’ils savent laisser carte blanche à des artistes dont ils sont proches. Comme le projet Sonars, qui réunit Vincent Malassis, photographe, compositeur et artiste sonore, François Joncour, musicien porté sur le modulaire, et Maxime Dangles, producteur et membre émérite de la dite famille. Ensemble, ils utilisent le matériel sonore du laboratoire d’études BeBEST, spécialisé dans les sons sous-marins, pour créer. Une œuvre en pleine construction, sur la longueur, présentée au plus chanceux lors les premiers jours du festival.

Mais si Astropolis a su fédérer, c’est aussi en créant Astro Booking, structure de tourneurs réunissant une poignée d’artistes intimes. Maxime Dangles en fait donc partie : « La première fois que je suis venu ici, j’ai eu peur. Je jouais à 5h dans la cour avec Antoine (Electric Rescue), c’était les prémices du projet Möd3rn, notre premier live à deux. On ne savait pas vraiment ce qu’on allait faire d’ailleurs… A 22h, il y avait déjà des mecs qui commençaient à être arrachés, j’ai dit à Antoine qu’il n’y aurait plus personne de valide à 5h. Il m’a répondu : “T’inquiète Max, tu vas voir comment c’est ici.” C’était mémorable. Jouer ensemble, avec le soleil qui se lève, les gens au taquet, et Antoine qui me regarde en me disant : “Je t’avais dit…” Depuis, je suis là tous les ans, avec au moins un projet nouveau, et toujours des lives. » Dont Sonars. 

Autoroute techno et souvenirs contrastés

Disséminés dans plusieurs spots de la ville portuaire, les scènes du week-end démarrent réellement au Manoir de Keroual, à quelques minutes de navette. Il suffit de passer une tête dans le bus pour comprendre que l’esprit festif brestois n’a rien perdu de sa superbe. Tout ce beau monde part écouter Arnaud Rebotini interpréter un live autour de la bande originale du film 120 battements par minutes composée par ses soins, mais aussi, entre autres, le duo français Kap Bambino. Si leur présence a pu en surprendre certains, ce n’est pourtant pas la première fois qu’ils passent à Astropolis, puisqu’ils y étaient déjà programmés en 2006, 2009 et 2013. L’énergie était là, comme toujours, mais le public un poil clairsemé. Ca n’est que la première soirée, et celle du lendemain sera d’un tout autre acabit. 

Sur place, on re-croise Electric Rescue, tombé dans la marmite Astro il y a de cela 22 ans : « Il y a un moment où je crois que le festival a passé un cap, en 1999. Laurent (Garnier) faisait son premier live à Astro, dans la cour de Keriolet, il avait eu les Victoires de la Musique l’année d’avant. Parallèlement, il y avait eu un meurtre pendant l’édition. Un mec était sorti de taule avec une permission et a poignardé un autre gars. Les flics ont dit : ” N’arrêtez pas la soirée, ce que vous faîtes, c’est très bien. Si vous arrêtez, ça va être l’émeute.” J’y ai vu une forme d’acceptation d’un mouvement sérieux, qui faisait les choses bien. À travers Astro, il y a eu de la considération, alors qu’on était malmenés par les autorités à l’époque. C’était terriblement triste, mais il ne fallait pas briser ce qui avait été créé. Quand Laurent a joué, tout cela est remonté. » Direction le club La Suite jusqu’à six heures, où Kobosil, résident du Berghain, livre un set en forme d’autoroute techno, où Anthony Linell remporte le prix du jury, et où le mythique I-F, dans sa petite salle d’à côté, nous convainc que les légende ont toujours un fond de vérité. 

Puisque le ciel est clément et la canicule si proche, se rendre à Beau Rivage le lendemain après-midi coule de source. Là-bas, le producteur breton Blutch, lui aussi pris sous son aile par l’équipe d’Astropolis, termine de faire trembler les remparts de Brest. « Il y a trois ou quatre ans, après la soirée du vendredi à La Suite, j’avais aidé les gars à démonter le matos pour l’emmener à Beau Rivage. J’ai dormi sur place, dans l’herbe, c’était pas très classe. » Des souvenirs comme celui-ci, les artistes en ont tous.

« Astropolis reste une rave »

Si Astropolis est une messe, son instant de communion ultime survient, comme toujours, le samedi soir. En tête d’affiche, le projet X-102 de Jeff Mills et Mad Mike, offrant une techno sur mesure avec projections d’images de planètes, d’étoiles, de trous noirs… C’est le moment que Manu Le Malin choisit pour s’extirper rapidement de sa scène, la Mekanik, dont il est en charge de la programmation chaque année. Peu de répit pour le boss français de la techno hardcore. « J’ai commencé en 1998. Les dix première années, on a gardé ça sous le manteau parce que ça n’est pas vraiment dans la culture française de voir un DJ qui programme des artistes. Le seul qui avait ça officiellement, c’était Laurent (Garnier) avec les soirées OZ. J’allais en Allemagne, en Hollande, en Belgique, et il y avait toujours une stage géré par un DJ. Mais en France, ça ne se faisait pas. Pour éviter que des gens pensent que je faisais du favoritisme, on a décidé de ne pas communiquer là-dessus au début. Certains pouvaient se dire : ” Ok, Manu n’aime pas ce qu’on fait, on ne sera jamais programmés sur la Mekanik. ” Alors que je ne marche pas du tout comme ça. Au bout de dix ans, l’équipe m’a dit d’assumer. On s’en fout finalement, ça devenait un secret de polichinelle. Et puis je crois que les mentalités ont changé et que ça a été accepté, toute comme la vision que les gens ont de moi. »

Pour lui, « Astropolis reste une rave ». L’ambiance devant les sets les plus notables de la soirée (Marc Romboy, Joad, Micropoint, Elisa Do Brasil, Paula Temple ou encore Sonic Crew) ne le font pas mentir. Le lendemain, il sera d’ailleurs, avec l’excellente Elena Colombi, chargé de clore ces quatre jours de teufs avec une dernier round dans le souterrain du bar Le Vauban, l’institution brestoise. À 6h le lundi matin démarrent 25 années d’Astro supplémentaires, et c’est tout ce qu’on lui souhaite.

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