À voir : Le film “Les Indes Galantes” plonge dans le ballet qui fit entrer le krump à l’Opéra

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©DR
Le 22.06.2021, à 14h48
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A l’affiche de nos cinémas ce 23 juin se retrouve Les Indes Galantes, un film plongeant dans les coulisses de la pièce du même nom, mise en scène par Clément Cogitore, chorégraphiée par Bintou Dembélé. On y rencontre les danseurs et les créateurs d’un projet politique et puissant, qui fit entrer le voguing et le krump à l’Opéra Bastille. On vous fait gagner des places juste ici.

Par Axel Cadieux

Entre septembre et octobre 2019, l’Opéra Bastille abrite un spectacle hors-norme : Les Indes Galantes, mis en scène par Clément Cogitore et chorégraphié par Bintou Dembélé. Une représentation rare, qui détonne et déstabilise autant les habitués que la presse spécialisée : Jean-Philippe Rameau revisité par le prisme des danses contemporaines et urbaines – krump, voguing, hip-hop. Un coup de tonnerre. En coulisses, cela fait déjà deux ans que Cogitore et Dembélé s’affairent : casting, répétitions, formation d’une troupe hétéroclite, inédite, composée de danseurs et danseuses qui n’auraient jamais pensé, un jour, se produire sur la scène du plus grand opéra lyrique du monde.

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Au-delà de l’expérience artistique, l’entreprise est évidemment politique : voilà des corps dansants, prenant possession d’un espace comme on assiège une citadelle. Cette odyssée, cette prise de la Bastille d’un nouveau genre dont le spectacle n’est que l’aboutissement, le cinéaste Philippe Béziat a décidé de la filmer, depuis ses origines en 2017. Le film, en salles le 23 juin, s’intitule sobrement Indes Galantes. Et bien loin de la simple captation ou du reportage codifié, il s’impose comme un complément essentiel du spectacle de Cogitore et Dembélé ; son envers et son prolongement. 

« On a vu se constituer, très lentement et pas forcément facilement, une communauté homogène entre différents types de danseurs », remonte Philippe Béziat. « Tous ces gens n’étaient pas nécessairement proches à la base, et on a en quelque sorte assisté à leur fusion dans le spectacle, grâce à Bintou Dembélé, qui a ‘fait troupe’ à partir d’éléments très hétérogènes. » Cette fusion rythmée par Rameau, le cinéaste la capte partout : sur scène, en coulisses, en répétitions, dans la rue. La danse déborde le cadre des planches pour s’immiscer dans chaque plan du film ou presque, au point de dicter la mise en scène du cinéaste : « La caméra doit transmettre leur énergie, être une passerelle et le relais de cette osmose », analyse Béziat. « Un ballet, c’est extrêmement chorégraphié. Ici, c’était tout l’inverse : il fallait faire comme eux, tenter d’attraper le moment présent avec virtuosité, saisir l’énergie à l’instant T. En hip-hop, on ne fait jamais deux fois la même chose. Et en tant que cinéaste, mon vrai défi c’était d’avoir la même vigilance, le même éveil, la même vivacité. » 

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Autre enjeu, qui donne au film toute son ampleur et le singularise vis-à-vis du spectacle : extraire les individus de la masse indifférenciée du groupe, pour les densifier et briser les stéréotypes. « Il fallait essayer de tous les faire exister, chacun d’entre eux, tout en étant dans une fluidité de parole collective », détaille le cinéaste. « La musique m’a énormément aidé pour ça, car l’écriture cinématographique est proche de la fugue ou du contrepoint : on combine, on assemble pour que tout soit harmonieux, avec une sensation de polyphonie. » C’est visible dans les scènes de danse, avec ce parti-pris de mise en scène consistant à alterner plans d’ensemble et plans plus serrés, s’attardant sur les uns et les autres, conférant à chacun une force propre ; et c’est aussi visible dans la construction du récit documentaire, avec de nombreuses parenthèses et envolées suivant le quotidien de quelques danseurs et danseuses. Philippe Béziat : « On voulait suivre cette traversée qu’ils ont tous vécue, en tant que groupe, mais cette fois de manière individuelle. C’est comme si je déclinais la proposition plastique en privilégiant cette fois l’envers du décor : d’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Comment vivent-ils la chose ? » L’un d’entre eux, dans le métro, explique avoir dû s’émanciper du regard de ses proches, apprendre à se chercher et à devenir lui-même ; une autre, chez elle puis dans le RER, fait écouter des chants d’une tribu amérindienne dont elle est originaire. Tous s’accordent, le disent : leurs corps sont porteurs d’un siècle d’histoires. C’est ce poids-là qu’ils entendent porter sur scène – et devant la caméra. 

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Chaque fois, le cadre de la confession est le transport en commun, symbole du mouvement, de l’échappée, de la transgression des frontières et assignations multiples. Direction l’Opéra. Direction Bastille. L’un des danseurs, juste après la première représentation, ne fait pas de mystère, lucide : « On n’est que de passage nous ici. Les spectateurs vont rester, c’est leur monde. Nous, on va repartir. » C’est la beauté et la tragédie du spectacle vivant, forcément temporaire, fragile. Et c’est précisément là qu’intervient Philippe Béziat : « Le film peut servir à pérenniser cette aventure. Il maintient ces danseurs, les prolonge dans cet état, les fait exister avant, pendant et après les représentations. L’idée, c’était de garder une trace de cette aventure. C’est une lutte contre l’éphémère. » La prise de la Bastille a désormais été filmée, son énergie captée, sa beauté immortalisée.

Gagnez vos places pour aller voir le film en participant à ce concours.

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