L’effet de vérité illusoire : Comment notre cerveau transforme un mensonge en vérité ?

Écrit par Clarisse Prevost
Le 22.06.2022, à 19h09
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Écrit par Clarisse Prevost
Il est dangereux d’aller se baigner après un repas. Craquer ses doigts provoque de l’arthrite. L’homme n’utilise que 10% de son cerveau. Frankenstein est le nom de la célèbre créature – créée par Victor Frankenstein lui-même – dans le roman de Mary Shelley. L’alcool réchauffe le corps.  Arracher ses cheveux blancs les multiplient.

Quel est donc le point commun entre les propositions précédentes ? Simplement, elles sont toutes considérées comme des lieux communs véritables, établis, alors que toutes sont erronées. Malgré la fausseté de ces assertions, celles-si ont d’évidence la vie dure. L’effet de vérité illusoire – défaut de la psyché humaine qui assimilerait la répétition à la vérité – qui a été conceptualisé en 1970, en serait donc à l’origine.

En effet, son impact serait d’avantage percutant lorsqu’un individu est fatigué ou distrait, situation très courante dans une ère ou le scrolling mécanique et l’infobésité sont devenus une norme comportementale : 1. voir l’information passer( à vitesse éclair), 2. l’accepter comme fait. Face à cela, les spécialistes (et des random people) se pressent d’adopter le rôle de vérificateurs de l’information, position qui semble pourtant ne pas avoir beaucoup d’impact sur la remise en question des fake news. Un sondage de Pew Research paru en automne 2022 a notamment démontré que 57 % des électeurs de l’élection présidentielle pensaient que la criminalité aux États-Unis avait empiré depuis 2008, alors que les données du FBI montrent qu’elle a diminué d’environ 20 %. .

Comme vous le savez déjà, les publicitaires ont très bien compris le concept d’effet de vérité illusoire comme le souligne les slogans redondants des marques Carglass, EA Sports, Hollywood Chewing Gum, Playmobil, Afflelou, notamment le célèbre “Kiri-kiri-kiriiiii !“. Ils ont recours au matraquage –autrement dit, au bourrage de crâne. C’est aussi une technique de propagande utilisée par les politiciens à l’image d’Hitler qui recommandait dans Mein Kampf : “Les slogans doivent être répétés avec persistance jusqu’à ce que le dernier individu ait compris l’idée“.

L’effet fonctionne parce que lorsque les gens essaient d’évaluer la vérité, ils se basent sur deux choses : si l’information correspond à leur compréhension, et si elle leur semble familière. Des chercheurs ont alors découvert que la familiarité l’emporterait souvent sur la rationalité. “Lorsque vous voyez le fait pour la deuxième fois, il est beaucoup plus facile à traiter – vous le lisez plus rapidement, vous le comprenez plus facilement. Notre cerveau interprète cette fluidité comme un signal indiquant que quelque chose est vrai “, explique Lisa Fazio, psychologue à l’université Vanderbilt (Tennessee). Alors, pour maximiser nos chances de ne pas être brainwashed, essayons dans un premier temps d’être conscient de l’existence de ce biais, et dans un second temps de remettre en question tant les informations que nous lisons que la manière dont notre cerveau va vouloir les interpréter; car n’en plaise à la vérité, l’humain est souvent tributaire de ses feelings.

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