LED shoes : pourquoi un tel engouement ?

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©LED shoes par Maison Tothem
Le 04.03.2016, à 16h56
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©LED shoes par Maison Tothem
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©LED shoes par Maison Tothem
Depuis plusieurs mois, c’est devenu un phénomène. Dans les rues, les Stan Smith ont été remplacées par des baskets lumineuses qui clignotent. La nuit tombée, on les repère en clubs sur des danseurs décomplexés. Enquête sur une tendance qui lorgne sur le phénomène de société.

Impossible de passer à côté. Dans la rue, on ne voit qu’elles. Les LED shoes, light up shoes ou lightning shoes sont ces sneakers à LED de couleur qui clignotent et nous font de l’œil dans le métro, comme en boîte de nuit. Elles ont d’abord débarquées au Japon puis aux États-Unis au printemps 2015. Mais c’est seulement depuis moins d’un an qu’elles illuminent les rues de France. D’abord, on les trouvait aux pieds des kids. Puis les adultes (majoritairement les hommes) se sont mis à leur courir après. On a même aperçu une mamie se recueillir à République qui en portait. Au premier regard, la chose évoque une remontée de l’esthétique tecktonik ou celle des néons des boîtes de stations de ski, pourtant elle nous fascine. Pourquoi alors un tel engouement ?

LED SHOES / © Maison Tothem

Retour vers le futur

Si on n’a toujours pas inventé les baskets qui se lacent toutes seules de Marty (Nike serait néanmoins sur le coup, comme ils l’ont annoncé en octobre dernier), la ressortie du film l’an dernier nous a donné des envies de sneakers futuristes. Ajoutons à cela le retour sur les écrans d’un nouveau Star Wars et d’un James Bond ainsi qu’un puissant engouement générationnel pour le hi-tech et on comprendra vite pourquoi les gadgets technologiques et les lumières façon sabres lasers squattent les esprits.

En 2014, Kanye West affolait la toile en sortant des Nike Air à la semelle éclairée et les tennis compensées Buffalo d’Ashish x Topshop envahissaient Instagram. Puis les Japonais de la marque No New Folk Studio, issus de la contrée jamais en reste en matière de nouvelles folies ultra-modernes, ont annoncé en avril 2015 chercher des fonds sur la plateforme Indiegogo pour créer des sneakers 3.0. Baptisées Orphe, elles devaient être réalisées à la base pour des performances artistiques, sa création nécessitant plus de 100 LED et capteurs sur chaque chaussure.

Les Nippons expliquaient alors : « Trouver un moyen de fabriquer des chaussures avec des batteries et des composants électriques a été un véritable challenge. Avec la collaboration de fabricants et d’ingénieurs, nous avons été capables d’obtenir un design minimaliste fonctionnant à la fois comme interface et comme chaussure. » Depuis l’idée brillante a fait son chemin et on trouve des modèles un peu partout, notamment sur Internet entre 60 et 110 euros. Elles se rechargent à l’aide d’un port USB : trois heures pour une autonomie de huit heures. On choisit les couleurs que l’on préfère selon son humeur grâce à un bouton caché à l’intérieur de la chaussure. Il courrait même la rumeur que les porter un temps de pluie pourrait provoquer une électrocution. À chaque phénomène sa légende urbaine.

LED SHOES / © Maison Tothem

Briller en société (et en club)

L’une des maisons françaises qui en fabriquent, Maison Tothem, explique que « l’inspiration est venue d’un créateur chinois. Pour son défilé, il avait utilisé un modèle lumineux pour mettre en valeur les tenues. Nous avons tout de suite été séduits par le concept, puis avons cherché un fournisseur capable de produire ces chaussures pour nous lancer à l’attaque du marché français. Il y a eu des pics de ventes, peu de temps après notre lancement cet été, puis autour des fêtes de fin d’années. Au départ, on avait ciblé les noctambules, sans certitude mais en se disant que cet accessoire pouvait fonctionner en club. Les LED ont séduit les clubbeurs mais même si la majorité de nos clients sont des clubbeurs, notre public s’étend des jeunes aux adultes, de 10 à 35 ans. »

Hommage à la culture rave, ces chaussures rappellent les bâtonnets fluos qu’on secouait en l’air pendant les fêtes interdites. Julie, clubbeuse parisienne fait partie de ceux qui les portent en club. Elle trouve cela « assez drôle. Je les ai d’abord repérées en soirée gay à Paris en avril 2015 et j’ai trouvé ça génial, parce que kitsch et enfantin. Quand j’étais enfant, j’en voulais absolument, celles avec le talon qui clignote en rouge, et je n’ai jamais pu les avoir. C’est ma revanche sur la vie. »

L’éternel comeback des 90’s

Dans les années 90, les baskets lumineuses existaient en effet déjà. Elles étaient fabriquées par la marque LA Gear, sous de le nom de LA Lights (lancées en 1992) et coûtaient une petite fortune (au moins le prix de deux jeux de console). Une véritable révolution dans l’histoire de la sneaker. Aujourd’hui, on peut carrément se fabriquer les siennes selon des tutos DIY sur Youtube ou changer la couleur et le mode de clignotement via son smartphone (encore un projet Indiegogo).

Alors est-ce une question de génération, de cycle ? Comment ne pas tenter ce parallèle entre le succès de ces chaussures rétro-futuristes et ce revival techno que nous vivons encore ces jours-ci ? À méditer… La piste du futur semble en tout cas se confirmer pour Victor, 27 ans : « Ça me donne l’impression d’être dans le turfu. Ça intrigue, les gens qui me demandent où je les ai trouvés… Ça les amuse. On me regarde, m’interroge. Ça éveille la curiosité tout en donnant une certaine puissance. »

LED SHOES / © Maison Tothem

En club, au bureau, sur podiums

Aujourd’hui, les LED shoes ont dépassé le stade de l’accessoire dancefloor pour s’inviter au bureau et sur le catwalk. Aurore, digital marketing manager chez Kenzo, raconte : “Je n’ai jamais porté mes LED en club mais au bureau, elles font leur effet. Par contre, je ne les mets pas en mode clignotant quand je dois faire une présentation avenue Montaigne ! Éteintes, elles ressemblent à des baskets blanches classiques, je les allume pour détendre l’atmosphère. Pour moi, qui ai presque 40 ans, ces semelles lumineuses c’est un vieux fantasme, les LA Gear dont je rêvais petite. Ils ont d’ailleurs ressorti les LA Gear pour adultes l’année dernière mais elles restaient très chères. Et Chanel en a lancé sur son défilé d’octobre 2015. Toutes les modes de la rue ou du clubbing sont reprises à un moment donné par les grands marques de luxe.”

Par Carlotta Valdes

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