Le nouvel album de Theo Parrish rend à la dance music afro-américaine sa dimension politique

Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©D.R.
Le 10.07.2020, à 17h47
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Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©D.R.
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Construit comme une mixtape, We are All Georgeous Monsterss, le nouvel album de Theo Parrish, explore l’histoire de la dance music afro-américaine. Des témoignages de ce qu’est le racisme du quotidien aux Etats-Unis côtoient des discours de militants, d’artistes et d’écrivains comme James Baldwin, recouvrant des chefs d’œuvre de deep house. Un album important dans le contexte de lutte contre le racisme systémique engagé par le mouvement Black Lives Matters.

« Vous ne savez pas ce que cette musique signifie pour nous. » Ainsi parle Theo Parrish sur son septième album studio, dont les six plages de plusieurs dizaines de minutes chacune ont été partagées il y a quelques jours sur soundcloud.

Intitulé We are All Georgeous Monsterss, l’album prend l’apparence d’une mixtape où différents thèmes musicaux et ambiances s’enchainent dans la perspective d’une écoute continue. Des rappels de funk, de Motown à James Brown, s’invitent aux côtés de rythmes de house, des solos de Rhodes aux accents soul. Théo Parrish propose un voyage dans l’histoire de la dance music afro-américaine, à la manière de Moodymann. Les références sont sublimées par le DJ qui maitrise l’art du dépouillement, produisant une deep house réduite à l’essentiel, intime et puissante.

Dans We are All Georgeous Monsterss, Theo Parrish s’engage personnellement dans un effort de contextualisation de sa musique. Le voyage dans l’histoire de la dance music noire est ainsi commenté par le guide lui-même, rappelant que la house music, le disco et le funk accompagnent des mouvements de libération autant qu’ils visent à faire bouger les corps. Une dimension parfois méconnue, passée sous silence à force d’acculturation, d’appropriation et de diffusions hors contexte.

Theo Parrish raconte ainsi en longueur un contrôle routier au cours duquel il est pris à parti sans raison et devant son fils. « Quand on est confronté à la police, ce n’est qu’une question de temps avant que le contrôle ne se transforme en interpellation physique », explique Parrish sur une mélodie grave de piano. « Et quand je dis physique, poursuit le musicien, je veux dire qu’ils vous frapperont, qu’ils vous colleront contre votre voiture et qu’ils vous tireront dessus. »

À la faveur d’une autre face, le producteur diffuse aussi un enregistrement dans lequel l’auteur James Baldwin et le poète Nikki Giovanni se penchent sur les relations entre les hommes et les femmes afro-américain.es. Michael Eric Dyson détaille les nuances du racisme systémique au détour d’exemples tirés du sport ou de la culture pop. Dans sa chronique pour Resident Advisor, DJ Turtle Bugg, un autre Detroiter, remarque notamment un extrait de débat entre le footballeur Jim Brown et le gouverneur Lester Maddox, tiré de l’émission The Dick Cavett Show. L’athlète à la retraite, s’efforce de rester courtois, mais il est constamment interrompu et dénigré par le gouverneur.

Le disque du DJ afro-américain sort alors que les États-Unis connaissent un mouvement sans précédent de dénonciation du racisme systémique. La mort de George Floyd lors d’une interpellation irrégulière à Minneapolis a fait se lever un vent de colère dans le monde entier. La pandémie du coronavirus fait trois fois plus de victimes noires que blanches aux États-Unis, jetant une lumière crue sur la situation de précarité de la population afro-américaine, toujours victime du racisme et de la violence d’État.

We are all Georgeous Monsterss s’adresse donc au public noir et blanc, mais de différentes manières : il invite les Afro-américains à parler, à témoigner, à se révolter. Mais le DJ s’adresse aussi au public blanc, qui constitue une très large partie de son audience : « Vous ne savez pas ce que cette musique signifie pour nous, disait Theo Parrish disait. Vous savez seulement ce qu’elle signifie pour vous. » Et le musicien poursuit : « C’est n’est pas un problème mais, s’il vous plait, respectez ce qu’elle représente. »

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