Le Havre : comment le festival Béton va faire de « la plus belle ville du monde » sa tête d’affiche

Écrit par Tschani Boulens
Le 19.08.2019, à 11h39
05 MIN LI-
RE
©Robin Leralic
Écrit par Tschani Boulens
Le Havre serait-elle la plus belle ville du monde ? Selon les organisateurs de Béton, certainement. Du 29 août au 1 septembre, l’équipe de Bon Esprit fait le pari de démonter les clichés d’une ville sous côtée lors d’un festival à prix libre tout en musique, balades et «good food». Rencontre avec Etienne Choteau, le programmateur d’un festival en béton armé.

L’équipe de Bon Esprit, en collaboration avec le studio graphique Intro, revient cette année pour Béton. Après leurs précédents projets gratuits tels que Hello Birds à Etretat ou Contours à Clichy, la team parisienne revient pour un évènement à prix libre du 29 août au 1 septembre. En attendant, Trax a rencontré Etienne Choteau, membre fondateur d’un projet frais, au line up léché à souhait.

Après avoir investi Clichy lors du festival Contours, puis Étretat avec Hello Birds, vous allez investir la ville du Havre, pourquoi cette ville et pas une autre ?

C’est le 4ème festival de la famille Bon Esprit, structure évènementielle basée à Paris. En premier lieu Hello Birds fondé il y a 7 ans et basé juste à coté du Havre qui est notre premier festival. Hello Birds à Saint Malo, créé il y 2 ans et qui se déroule au coeur de la ville et, cette année, Contours qui est un festival très familial à Clichy. On lance ce weekend la version béta de Béton, car on ne parle pas encore de festival. Mais c’est sûr que coté line-up, ça à quand même l’air d’un festival. On est fidèle à ce qu’on propose chez Bon Esprit. La ville sera vraiment en tête d’affiche, avec des conférences sur l’architecture de la ville et sur l’oeuvre de l’architecte Auguste Perret qui a pensé et construit le nouveau centre ville.

Pourquoi, selon toi, Le Havre est la plus belle ville du monde ?

Aimée ou détestée, le Havre est une ville incroyable. La ville est presque complètement bétonnée. T’as l’impression d’être en Allemagne de l’Est, avec des édifices architecturaux assez impressionnant. Personnellement, j’ai découvert la ville par le biais du président du festival Hello Birds. C’est un havrais pur souche, amoureux du territoire. Par Hello Birds, la ville ou on loue tout le matériel, c’est Le Havre. Moi qui ait une certaine sensibilité architecturale, je trouve que l’urbanisme est assez dingue au Havre. Je pense notamment au site de La Catène, qui est une grande sculpture de conteneurs. Le Havre possède cette culture portuaire que peuvent avoir d’autres villes européennes comme Dortmund par exemple. La Catène, qui se situe entre la ville et le port du Havre, est le lieu de référence pour le festival. Il y a des énormes cargos qui transportent de milliers de conteneurs. C’est une architecture en mouvement.

Le New Yorker, récemment, à fait du Havre l’une des villes à visiter dans le monde, ce n’est pas pour rien. Et meme s’il y a une part d’ironie à la décrire comme « l’une des plus belles villes du monde« , il y a aussi une part de vérité, c’est à dire que l’architecture de cette ville, et ses habitants, ce qui s’y passe reflète une beauté singulière. Ce ne sont pas les monuments de Paris, ni les calanques de Marseille, mais c’est magnifique.

On va expérimenter une nouvelle forme pour le coup, en faisant le choix d’un évènement sur donation libre avec des échelles de prix. En fonction de ce que tu donnes, tu peux recevoir des goodies. L’idée c’est de dire aux gens « regardez cette prog de ouf » donc il faut nous aider financièrement mais, en même temps, on ne veux pas faire une entrée à 15-20 balles.

« Faire du havre un terrain de jeu créatif », en quoi ça va consister concrètement ?

Le weekend Béton, et peut-être qu’on utilisera pas le mot « festival », sera rythmé par des talks et des balades, qui permettront au public de découvrir la ville. Des balades photos, des balades commentées. On a envoyé quelques photographes pour se rendre sur place et commencer à travailler. C’est important pour nous de mettre en valeur cette ville portuaire et singulière à travers les réseaux sociaux. C’est agréable à voir, à regarder, et puis on est en partenariat avec la ville. On est des amoureux du territoire, et de cette ville.

La balade que tu recommandes au public ?

Il y a bien sûr la balade du Volcan, le bâtiment emblématique de l’architecte brésilien Oscar Niemeyer. Mais tout le monde me parle de l’appartement-témoin Perret, qui est un peu l’équivalent de la cité radieuse à Marseille. Perret a dessiné toute la ville, avec des appartements sur-mesure notamment. J’ai fait toutes les ballades, mais l’appartement-témoin, c’est le truc que je n’ai pas encore eu le temps de tester. Sinon, ma visite préférée, c’est l’église Saint-Joseph du Havre. L’intérieur est vraiment incroyable. Ce n’est pas moi qui ait élaboré le programme des ballades, mais je pense aussi à cette balade « Le Havre vue d’en haut« , où l’on peut découvrir l’histoire de la ville depuis un point de vue assez élevé. Il y a aussi une ballade végétale.

On voit de plus en plus de festivals mêler, comme vous, musique et architecture. Je pense notamment à Horst en Belgique. Est-ce que vous vous inspirez de ces évènements-là et, à l’inverse, qu’est-ce qui vous en différencie ?

C’est une grosse inspiration pour nous, bien entendu. Horst, ils font un super travail, avec leurs installations artistiques de fous furieux. On s’inscrit complètement dans cette optique là, je pense aussi à Baleapop, avec leurs happenings. Mais oui, là ou on se différencie, c’est qu’on cherche vraiment à mettre en valeur le territoire tel qu’il est, à s’en servir. Visuellement, on a le festival dans les cartons depuis au moins 3 ans, en discussion avec la mairie du Havre. Ça s’est déclenché assez vite, finalement.

Parlons musique, quel est le leitmotiv de la programmation ?

On a essayé de la penser assez ouverte, que ce soit du rap comme Lala Ace, Le 77 et Myth Syzer que des trucs plus électroniques et pop (Agar Agar, Mezzanine…). Pour moi, ce festival, c’est peut-être la playlist Spotify idéale de Bon Esprit. Quelque chose d’éclectique, assez sérieux, et très français. Très différent d’Hello Birds, où on a quelque chose de très disco et groovy. Sur Béton, on cherche quelque chose de plus brut, en adéquation avec la ville. Le Havre est une ville de dockers. Alors c’est sûr, on est pas le Visions Festival, mais on a quelque chose d’assez rentre-dedans, tout en restant pop.

Quelle est la place des artistes locaux ?

On travaille avec le collectif intro, qui est une agence de graphisme havraise. Ce sont des vieux de la vieille. On a également White Velvet qui va jouer à La Bibliothèque, Manhattan Sur Mer, Mezzanine qui est un groupe pop un peu bedroom producer. Il y a aussi Afro jozz, qui est natif du Havre et la 329ème, collectif local qui aura une carte blanche le samedi. Un bon quart de la programmation.

Vous parlez du festival comme un « nouveau rendez-vous », le festival à donc vocation à être pérennisé ?

Oui totalement. C’est un joli challenge, on va se retrouver avec 4 festivals par an, avec en plus l’évènement forever oyster, Danser Danser !, les Club Trax, notre « nuit blanche » qui arrive. C’est costaud !

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant