Le Français Panteros666 ouvre un club en réalité virtuelle pour son nouveau projet Hyperalliance A/V

Écrit par Martin Pinguet
Photo de couverture : ©Yuji Watanabe / Schön Magazine
Le 09.06.2017, à 16h14
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©Yuji Watanabe / Schön Magazine
Écrit par Martin Pinguet
Photo de couverture : ©Yuji Watanabe / Schön Magazine
Panteros666, ancien membre de feu Bromance et quart de Club Cheval, lançait le 8 juin dernier son nouveau label Panteros Media Galaxy et son projet mêlant graphisme 3D et musique : Hyperalliance A/V, une collaboration avec la graphiste Ines Alpha. Trax a profité de la soirée de lancement pour tester leur première création, un club en réalité virtuelle, et pour poser quelques questions à ce cyberpunk du 21e siècle.

C’est à la galerie d’art virtuel 204, Paris, qu’a lieu la présentation au public du projet Hyperalliance A/V, qui se décline ici en un club en réalité virtuelle créé en collaboration avec le studio Monochrome. Panteros666 nous en avait déjà glissé deux mots lors du shooting photo de Trax #202, dédié à Hyperalliance ; difficile pourtant d’imaginer la chose sans la voir de ses propres yeux. C’est donc avec une pointe d’excitation que nous revêtons un casque VR et empoignons une manette, avant de plonger dans l’environnement créé par le duo : une grande salle blanche circulaire s’ouvre devant nous, avec au centre une estrade sur laquelle la silhouette d’une femme danse au rythme du dernier morceau de Panteros666, “DAP“, une collaboration avec ARME prévue sur son prochain EP meteociel. En sautant sur l’estrade, qui se révèle être un ascenseur, nous passons au niveau inférieur, noir cette fois, rappelant l’esthétique futuriste des vaisseaux spatiaux de Mass Effect. Une ambiance très sci-fi que vient alléger la possibilité de repeindre entièrement le club à l’aide d’un spray de peinture multicolore. Après avoir fait le tour du club virtuel et déversé des litres de gouache sur les murs et le plafond, nous enlevons le casque pour quelques questions au co-créateur de cette rave dans la matrice.

Mon devoir, c’est de réenchanter le MP3 grâce à la réalité augmentée.

Peux-tu expliquer en quoi consistent tes nouveaux projets Panteros Media Galaxy et Hyperalliance A/V ?

Panteros Media Galaxy, c’est la partie label traditionnelle. Ça implique de sortir des morceaux, des vinyles, d’organiser des événements… Hyperalliance c’est la partie plus futuriste, c’est-à-dire mon travail avec Ines Alpha, où l’on s’attarde sur les éléments visuels qui accompagnent la musique.

Comment est née l’envie de créer ce projet ?

J’ai toujours fait rimer techno avec technologie, de faire une musique cool et les visuels cool qui vont avec. Et j’adore les univers digitaux, créés via des logiciels où tu travailles avec des textures et de l’imagination. C’est un peu comme en musique : tu travailles avec des sons et ton imagination fait le lien entre eux.

Il t’a fallu du temps pour le concrétiser ?

Ça fait trois ans que je bosse là-dessus. C’est dur de motiver des gens à créer des mini-jeux vidéo pour accompagner de la musique. Au début on a tâtonné nous-même sur des logiciels 3D, mais on a vite cherché des soutiens techniques et on a rencontré les gars du studio VR Monochrome qui nous ont développé le petit jeu de lancement.

© Martin Pinguet

Pourquoi avoir choisi de te lancer dans la VR ?

Un MP3, c’est complètement dématérialisé, je trouve ça triste. Mon devoir c’est de réenchanter le digital via la VR ou la réalité augmentée, qui pour moi ne sont pas des gadgets mais de nouveaux moyens de faire de la poésie digitale. C’est une extension créative pour faire vivre la musique sur Internet, car pour faire vivre un MP3 il faut un visuel. Je ne voulais juste tourner un clip classique, je trouve ça ennuyeux. D’où la VR et le jeu vidéo, là tu es vraiment acteur.

Est-ce que tous les projets auront droit à un univers en VR ?

Tous les EP seront accompagnés d’un “métaclub” plus ou moins abstrait. Les univers 3D s’appellent des métavers, et j’adore le mot clubbing, la combinaison des deux donne métaclub. Il y aura soit une vidéo YouTube à 360°, comme la vidéo de lancement, soit un métaclub en réalité virtuelle comme aujourd’hui, mais ce sera plus rare  ça demande trop de temps et trop d’énergie pour que l’on puisse en faire un pour chaque sortie. 


Les musiciens que tu as invités sont très différents : DJ Darklord fait du hardcore, Voiron de la techno et ARME est plus proche de la trap et du futur beat. C’est une volonté ou ça s’est fait naturellement ?

J’avais envie de faire un truc très ouvert, mais il y a un point commun, c’est le clubbing. Le but c’est de faire des ponts entre les genres et les gens qui ne se parlent pas d’habitude, car dans le fond ça reste de la musique de club et on travaille tous sur Ableton. Je n’aime pas discriminer la musique, pour moi c’est une grande planète sur laquelle tu te balades où tu veux. C’est ce que j’essaie de montrer à travers mes sets et ce projet.

Est-ce que la VR a un rôle à jouer dans l’avenir de la musique électronique ?

Je n’aime pas parler d’avenir. Pour l’instant, la VR, c’est la nouvelle version de L’arrivée d’un train à La Ciotat des frères Lumière, une nouvelle illusion d’optique. Je ne sais pas ce que ça peut donner, on en est au stade de la recherche. Et c’est ce qui me plaît, faire de la recherche sans avoir forcément de résultats, comme dans l’art ou la musique. S’il y a un seul problème avec la VR pour l’instant, c’est que c’est une expérience solitaire, à l’inverse du clubbing.

Dans la vidéo de présentation du projet, on retrouve une esthétique sonore et visuelle qui renvoie aux années 90, aux premiers Windows et aux jeux vidéo. Ce sont des choses qui t’ont beaucoup influencé ?

Je ne pensais jamais pouvoir assumer que j’étais influencé par les jeux vidéo mais je vais devoir craquer et le faire. Un des derniers jeux qui m’ont plu c’est Dead Rising, ça se ressent dans la structure du métaclub. Pour la vidéo de présentation, j’ai fait le sound design de la vidéo avec Fashion Italia ; on a utilisé des sons purs, non retravaillés, ce qui rappelle du coup les interfaces de la Dreamcast, par exemple.

Et dans l’esprit ? Tu es toujours 90’s ?

J’ai l’impression qu’on est un groupe de cyberpunk, on fait ça à l’arrache dans notre chambre avec l’esprit Do It Yourself. C’est un peu l’esprit des 90’s mais avec la technologie des années 2010.

Et la suite alors ? Qu’est ce qui arrive dans les prochains mois ?

Trois EP sont prêts, celui de Fashion Italia, celui de Joseph Marineti et celui du Hollandais DJ Darklord qui a fait un EP de happycore génial. Je cherche aussi un moyen de faire vivre ça en live via des plug-ins pour synchroniser des visuels avec Ableton. J’essaye de trouver d’autres moyens innovants que la projection pour faire vivre le live et un endroit cool, nouveau, qui serait susceptible de le recevoir. À terme, le but est de réunir tous les métaclubs et de pouvoir voyager comme tu en as envie entre les différentes salles.

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