Le coup de cœur du programmateur : Possession aime Aufnahme + Wiedergabe

Écrit par Quentin Sedillo
Photo de couverture : ©D.R
Le 14.08.2018, à 17h09
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©D.R
Écrit par Quentin Sedillo
Photo de couverture : ©D.R
Possession, cérémonie incontournable pour les amateurs de techno sous sa forme la plus noble, revient le 24 août avec comme chef d’orchestre le label Aufnahme + Wiedergabe. Trax s’est entretenu avec François Peyroux, co-fondateur du collectif organisateur de ces nuits rituelles, à propos du choix de laisser seuls aux commandes les berlinois, dignes héritiers de la coldwave des années 70 qu’ils injectent à la techno industrielle.


Comment décrirais-tu ce label en une phrase ?

Une nébuleuse musicale sombre et sexy, matinée de flashs stroboscopiques tour à tour rétro, glamour, désaffectés dangereux et cinématographiques.

Comment Possession et toi l’avez-vous découvert ? Quelle est votre histoire avec lui ?

De manière assez parcellaire en fait. La première fois, c’était à Berlin. Je me suis retrouvé à suivre une pote qui faisait le bar dans une Boiler Room, un mercredi. C’était Phase Fatale qui jouait. Une soirée assez mémorable d’ailleurs: ils fêtaient déjà leurs cinq ans. Je suis rentré à une heure pas possible en marchant seul dans le froid glacial, une parfaite nuit berlinoise en gros. Aufnahme + Wiedergabe, c’était pas tellement connu que ça en dehors d’Allemagne à l’époque, mais à Berlin ça cartonnait. Je découvrais à peine, donc les noms me sont longtemps restés inconnus. Ce n’est que bien plus tard que j’ai fait le lien, lorsque des gens m’ont parlé de ce label, fait écouter des productions, qu’on a booké certains artistes comme Codex Empire… j’ai tilté: « ah mais oui cette Boiler Room! » et puis ce set de six heures au Tresor dix jours après.  

Qu’est-ce qui te touche dans sa musique ?

Je les vois vraiment comme étant la Neue Deutsche Welle (nouvelle vague allemande) du 21e siècle. C’était à la base un courant des années 80, issu du punk, post-punk, cold wave, qui fusionnait à merveille une certaine noirceur avec une esthétique assez glam. C’est quelque chose que j’écoutais à l’époque et c’est tout à fait ce que je ressens chez ce label. D’aucuns diront que c’est de l’EBM, que c’est dark et agressif, mais moi j’y vois plutôt de la sensualité, un cadre très imagé, quasiment filmique quoi. Quand j’écoute leurs morceaux, j’ai à chaque fois l’impression de me retrouver dans une scène différente des Ailes du Désir de Wim Wenders (film franco allemand sorti en 1987). Aufnahme + Wiedergabe, ça peut être froid, ça peut être chaleureux, en noir et blanc ou bien en couleurs…

Une anecdote en lien avec ce label ?

Je ne sais pas si c’est une anecdote en soi, mais je me souviens d’un vendredi soir à Naples, avec une pote on cherchait désespérément un endroit pour sortir. On décide d’aller voir jouer The Soft Moon. Et en première partie qui voilà, Sarin d’Aufnahme + Wiedergabe. Le spectacle qu’il a produit était super étrange. Déjà le gars dégage quelque chose de mystérieux, on ne sait jamais s’il méprise le public ou bien s’il est super timide. Durant tout le long, ça a été ce genre d’ambivalence. Des gens habillés tout en noir, une ambiance bien dark, et parfois il agissait comme un clown américain, en jetant des confettis, des cotillons. On ne savait pas trop sur quel pied danser, si c’était un truc faussement dadaïste ou complètement à côté de la plaque. À la fin, il est carrément sorti en laissant la musique tourner, elle s’est arrêtée toute seule au bout d’un temps. C’était un peu déstabilisant, mais en tout cas vraiment pas commun et j’ai apprécié la démarche. 

Qu’est-ce qu’il apporte à la scène actuelle ?

Déjà, c’est une vraie et entière ré-interprétation d’un truc passé, comme je l’ai dit. Pour ce que ça apporte à la scène actuelle, c’est justement un côté très doux, très beau, à ce que tout le monde appelle à outrance la techno indus. Chez les petits jeunes notamment, tout le monde vénère le côté sombre, sale, incantatoire, industriel. Je trouve ça un peu triste personnellement. Moi quand j’écoute de la techno, je n’ai pas l’impression d’être un génie du mal, d’avoir du liquide noir qui me sort des yeux. Aufnahme + Wiedergabe justement, il y a un côté presque féminin, très imagé, pas juste une techno industrielle au son brut et répétitif. Il y a une couleur, ce qui dénote vraiment avec ce qu’on entend d’habitude.

Le son du label a un quand même un côté très raw. Ca correspond à l’identité de Possession ?

C’est ce qu’on pense souvent, mais Possession c’est quelque chose de pluriel, qui veut regrouper des publics très différents. Donc je dirais, pas vraiment. Cette soirée sera d’ailleurs seulement la deuxième dédiée à un unique label en particulier. Possession, c’est pas tellement un son, mais plutôt un esprit tu vois. Qui depuis le début cherche à réunir les puristes de la techno, la communauté gay, jeunes et anciens, tout ça au sein d’une même soirée. Que chacun puisse pouvoir se dire, si le style ou le son d’un artiste ne lui plait pas à un moment donné, qu’il y aura forcément quelque chose à son goût qui arrive plus tard.


Si ce label avait un animal totem, ce serait quoi selon toi ?

Le genre d’animal que l’on trouvait au Zoo (NDLR : Zoologischer Garten), station de S-Bahn qui abritait, dans les années 1970-80, toute une faune d’adolescents toxicomanes qui se prostituaient pour se payer leur dose, ce qui a donné lieu aux roman et film cultes Wir Kinder vom Bahnhof Zoo, en français traduit par Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée).

Un de leurs tracks qui fait voyager ?

Le morceau Grain de Phase Fatale, remixé par Silent Servant. 

https://www.youtube.com/watch?v=B61I-c-jZuI&frags=pl%2Cwn


Un de leurs tracks qui balaie le dancefloor ?

Es Zieht Mich, de Schwefelgelb.

https://www.youtube.com/watch?v=CHsnrVP3oC0&frags=pl%2Cwn


Une bonne raison de venir les voir à votre soirée ?

Pour cette esthétique vraiment particulière, qui sera couplée à nos efforts pour accueillir tout le monde de la meilleure manière, dans cette ambiance totalement mixte et libre qu’on crée depuis un temps maintenant.

Ce sera donc le 24 août, avec

Blush Response (en live)

Codex Empire (en live)

Melania

Philipp Strobel

Sarin

Le lien vers l’évènement ici.

Un avant goût des hostilités avec cette playlist

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