Le blind test de… Vianney

Écrit par Trax Magazine
Le 05.04.2016, à 14h31
04 MIN LI-
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Écrit par Trax Magazine
Un garçon qui me dit que j’ai à peine quelques années de plus que lui alors que je lui mets 15 ans dans la vue, qui prend trois jours pour lire son courrier et y répondre, qui se marre en disant que ses potes ne l’ont pas cru quand il a parlé de son interview dans TRAX et qui chante dès qu’il le peut, c’est forcément un garçon avec qui on resterait bien boire une bière. Ou deux. On lui a soumis une playlist avec un peu de tout, voici ses réactions.
  • Skepta – Shutdhown

J’aime beaucoup le placement du kick, de la grosse caisse. Il y a une nuance de placement. Résultat: ça groove mieux. C’est très important, la rythmique dans les morceaux. Personnellement j’enregistre avec un métronome, qui produit un rythme défini et c’est très triste un rythme parfait. Du coup, il faut se servir des placements. Comme je pose la guitare avant, on apporte les nuances ensuite avec la batterie.

  • Manu le Malin – Black Day

Alors ça, c’est très personnel mais ça ne me touche pas du tout car tout est millimétré et sans nuance. Quand il n’y a pas de nuances, je trouve que les choses sont tristes. D’ailleurs, tu remarqueras que c’est le seul titre sur lequel nous nous sommes permis de parler. C’est plus pour danser que pour écouter. Je trouve qu’on est vraiment dans la culture du fun. Les gens veulent écouter Black M ou Maitre Gims parce que c’est fun, ça ne va pas les perturber, ils ne vont pas y réfléchir, ça passe tout seul, c’est rigolo. Ce n’est pas une critique négative, moi aussi parfois je recherche le fun. Par moments, j’ai besoin de légèreté. En rap français, il y a des trucs géniaux. Je n’écouterais pas ça toute la journée car j’ai besoin de mélodie et que ça manque parfois d’instruments, mais j’adore découvrir les rappeurs comme Val ou Nekfeu par exemple. Il a l’air très sympa d’ailleurs, alors que d’autres, quand je les entends parler, j’ai du mal à croire que ce sont les auteurs des textes.

  • Brian Eno – An Ending

Cela me touche beaucoup. Je comprends les harmonies, je les vois. Le rythme est déstructuré, les placements sont aléatoires. Il y a comme quelque chose d’irréel.  Quelqu’un qui n’aimerait pas pourrait dire que ça fait penser à la musique d’un documentaire animalier. Il n ‘y a pas une seule parole, c’est harmonieux. J’aimerais justement essayer de théoriser les harmonies qu’on retrouve dans les chansons, mais il y a sûrement des gens qui l’ont fait. Personnellement, je ne sais pas lire la musique. Je sais juste qu’il y a un schéma propre à la chanson pop. On retrouve tout le temps des écarts de tons entre les accords. J’ai été élevé à ça, c’est très très occidental. On a tous dans notre imaginaire collectif ces écarts de ton car ils sont partout dans ce qu’on entend à la radio. Du coup, c’est plus facile de poser des secondes voix dessus. Tout à l’heure, dans la voiture, je cherchais une seconde voix sur le refrain de “Tears in Heaven” de Clapton. J’étais perdu car il sortait des trucs pas courant. je pense que ce sont les accords jazz qui rendent ça compliqué.

  • Justice – We are your friends

Que de souvenir. J’écoutais ça tout le temps au lycée.  Toute une époque….

  • Laurent Garnier – Crispy Bacon

A l’ancienne ! Ce son correspond à un contexte qui n’est pas vraiment le mien. Avec mes amis, on a beaucoup écouté le dernier Tame Impala, qui marche si bien que ça ne dérange ça. On écoute du Dominique A, Damien Rice,… Ce morceau on ne l’écouterait pas. Quitte à écouter un truc qui donne la pêche, on mettrait Rihanna.

  • Sophie – Lemonade

C’est drôle parce que là il y une légèreté dans un genre expérimental, ils y a des moments auxquels on s’attend pas. Le côté expérimental, ça me fait penser à David Sylvian. Sur Transit (dans l’album Sleepwalkers), il prend le bruit d’un tourne disque et il en créé une rythmique, ce qui produit une finesse et une élégance folles (il cherche dans son portable pour me faire écouter)

  • PNL – Le monde ou rien

Ah PNL! Toute une histoire, tout un projet ! Ce que je trouve dommage, c’est que c’est plus du tout original ces thèmes là. C’est dur d’avoir des thème originaux. Il y a les classiques: l’amour, l’engagement,… mais dire « je suis pas ton prince charmant » ce n’est plus original. PNL le dit tout autant qu’Orelsan, Booba,…  En revanche j’adore le traitement, la production, le minimalisme qui fait ressortir le texte. J’ai assisté récemment à un débat sur la nouvelle chanson à texte : est-ce que ce ne serait pas le rap? Je pense qu’il y a du vrai là-dedans. Le texte est dit avec tant de conviction, d’engagement que c’est une vraie chanson à texte. C’est une approche hyper anglo-saxonne, il prend un mot et il en fait une ligne mélodique. Je trouve ça mortel. Certains vont dire que c’est nul de répéter un mot, mais on s’en fout, la musicalité est suffisante. Certaines personnes disent qu’il y a un problème de pauvreté de vocabulaire dans le rap mais je pense que ces gens là devraient compter le nombre de mots dans la pop. Je trouve dommage de dire que le rap se contente d’un nombre restreint de mots. S’il y a bien un genre qui tente d’innover dans ce domaine-là, que ce soit réussi ou non, c’est le rap.

  • Major Lazer & Diplo – Lean On

Je l’adore, je la chante celle-là ! Ils ont repris des codes mais leur son a influencé tout ce qu’il y a en ce moment. Ce titre sent le soleil ! J’ai choisi de la reprendre pour la rythmique qu’il y a dans le phrasé. La chansons dégage une énergie dans l’écriture, la composition et dans le placement. 

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