La scène UK grime serait victime de “racisme institutionnel”, dénonce un rapport parlementaire

Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©D.R
Le 20.03.2019, à 15h11
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Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©D.R
Le comité de Grande-Bretagne pour le digital, la culture, les médias et le sport (DCMS) vient de publier un rapport au sein duquel se trouvent dénoncées des pratiques jugées discriminantes à l’égard de la scène grime. Selon le rapport, ce phénomène serait le signe d’une forme de « racisme institutionnel ».

Publié le 19 mars, un rapport du DCMS, un organe du gouvernement britannique dépendant de la Chambre des Communes – chargé, entres autres, des affaires culturelles – fait l’effet d’un petit coup de tonnerre. Intitulé « Live Music », ce dernier entend dresser un état des lieux de l’attractivité économique et culturelle du Royaume-Uni au prisme des concerts. Parmi les différents sujets abordés, le UK grime y fait l’objet d’une étude de cas pour le moins déconcertante.

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Reconnaissant d’un côté le fabuleux potentiel de ce style à la frontière entre hip-hop, trap, dub, bass music et UK garage popularisé par les inénarrables Dizzee Rascal et Skepta, le bouillonnant Stormzy ou, plus récemment, la talentueuse Little Simz ou le duo Krept & Konan, ses auteurs y déplorent la manière dont « les artistes grime continuent de subir des préjudices risquant d’enrayer le succès de l’un de nos plus grands succès d’exportation musicale. » 

Acusé de refléter la violence et la délinquance qui agite les quartiers défavorisés du Royaume-Uni, d’en faire l’apologie, voire d’en être la cause, le grime fait l’objet de controverses depuis sa naissance, au début des années 2000. En dépit du succès d’un style désormais connu dans le monde entier, le journal The Times publiait récemment un article accusant la musique drill – sous-genre aux paroles particulièrement agressives – d’être responsable de l’augmentation des meurtres violents dans le pays, la qualifiant au passage de “démoniaque”.

Ce raisonnement, consistant à établir un lien de causalité entre la violence représentée ou décrite par un artiste et son exercice concret avait permis, en 2005, de justifier l’établissement d’une procédure administrative visant à prévenir les violences aux abords des salles de concerts. Selon les acteurs de la scène, il s’agissait d’un prétexte pour permettre l’annulation systématique des concerts de grime. Dénoncé dans un article de Vincent Olutayo publié dans The Independant, c« protocole 496 » qui obligeait les programmateurs à fournir des détails sur “l’ethnicité de l’audience” a récemment été abrogé.

Pourtant, les annulations continuent, explique le rapport en citant plusieurs témoignages, dont celui du rappeur Shaodow. Interviewé par Dj Mag, ce dernier relate comment les responsables d’une salle ayant annulé son concert se justifiaient en invoquant la crainte de perdre leur licence. Un phénomène qui, pour Dj Target, résulte de « pressions systématiques de la part des autorités locales et de la police » qu’a récemment décrit un documentaire publié par Noisey.

Cette présomption de criminalité récurrente émanant des pouvoirs publics serait, selon le rapport, le signe d’une forme institutionnalisée de discrimination qui, d’après le Guardian, cible un public et une scène majoritairement issue de la population noire défavorisée du pays. Malgré l’abrogation de cette législation discriminante, le grime ferait donc toujours l’objet d’une forme de “racisme institutionnel” en Grande-Bretagne.

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