La Gaîté Lyrique ouvre un Repair Café pour sauver nos appareils électroniques usagés

Écrit par Antonin Gratien
Photo de couverture : ©Revendo
Le 30.09.2022, à 16h01
05 MIN LI-
RE
©Revendo
Écrit par Antonin Gratien
Photo de couverture : ©Revendo
0 Partages
Un séduisant projet de lutte contre l’obsolescence programmée mêlant ateliers d’upcycling, initiation à la réparation et collecte de e-déchets. Jusqu’à fin 2022.

Ce sont les smartphones, les grilles-pain, les micro-ondes. Les consoles vidéoludiques du gamer d’à côté, les boîtes à rythme de nos DJ favoris. Tous ces objets à regrouper sous l’expression D3E (déchet d’équipement électrique ou électronique) dont la fabrication, très énergivore, représente un poison pour l’environnement.

D’autant plus que, vite remplacés et rarement recyclés, ces appareils échouent au creux de décharges sauvages partout sur le globe, formant ainsi la source numéro 1 de déchets au monde. Au point de peser, selon un rapport du WEE Forum, 57,4 millions de tonnes en 2021. Soit plus que la Grande Muraille de Chine, l’objet artificiel le plus massif sur Terre. Une catastrophe.

C’est dans ce contexte d’alarme environnementale que la Gaîté Lyrique, athénée parisienne des cultures post-internet en même temps que vigoureuse promotrice de la sobriété numérique, lance ce septembre Gaîté [re]cycle. Une initiative aussi récréative que ludique permettant aux visiteurs de ressusciter leurs D3E usagés. Et autour de laquelle nous avons pu échanger en compagnie de Laëtitia Stagnara, directrice de l’institution, ainsi que Julia Kamieniak, chargée des relations aux publics. Éclairages.

©Dasha Ilina

Si l’on résume le principe maître de Gaîté [re]cycle : plutôt que laisser une enceinte défectueuse dans nos placards, il est possible de lui donner un second souffle en l’amenant dans votre institution ?

Julia : Exactement ! Nous sommes parti d’un double constat. Tous, nous sommes des surconsommateurs, avec notre fâcheuse tendance à changer d’appareils au moindre défaut de fonctionnement. Et tous, nous possédons des montagnes ensommeillées de câbles rongés, souris abîmées ou chargeurs défectueux dans nos tiroirs. L’objectif était d’offrir aux publics la possibilité de réparer ces produits usagés – mais pas forcément bon pour la casse – en se rendant au Repair Café qu’abrite la Gaîté Lyrique chaque premier samedi du mois jusqu’à décembre. N’importe qui peut y apporter un appareil transportable à la main comme un rasoir électrique, une manette de console, un contrôleur midi ou une boîte à rythmes. Sur place plusieurs ateliers – nettoyage, soudure … – sont animés par les membres du collectif technicien Créalab Concept. Objectif : réparer avec leur assistance votre objet grâce à des outils fournis sur place. Mais aussi acquérir des informations sur l’origine des pièces du produit, leur fonctionnement, leur coût énergétique et social… Tout un champ de connaissances encore largement méconnu, alors même que l’usage de ces appareils relève du quotidien. Du familier.

Et dans le cas où l’objet ne serait pas réparable ?

Julia : Tout n’est pas perdu ! À destination des “irrécupérables”, nous avons lancé plusieurs ateliers de upcycling, accueillis au sein de la Gaîté Lyrique, et occasionnellement à l’Académie du Climat. Les rendez-vous ont lieu mensuellement pour tout public, et hebdomadaire concernant les séances à destination des jeunes en difficulté se heurtant à la fracture numérique. Le principe est simple. Lors d’ateliers animés par des designers du collectif BAM et leurs artistes invités, les visiteurs font “renaître” l’objet usagé qu’ils amènent. Au terme de sessions de démontage puis de réassemblage, une paire de sèche-cheveux pourra par exemple muter en lampe fantaisie. Rien ne se perd, tout se transforme – place à la poésie ! La troisième et dernière nouveauté liée à Gaîté [re]cycle concerne le tri des e-déchets. Nous avons installé plusieurs bacs destinés aux D3E, à l’accueil de notre institution – un peu à l’image de ce qui se fait en supermarché avec les piles. La société Cèdre, spécialisée dans la collecte et le traitement des D3E défectueux, assurera leur revalorisation à près de 95 %. Un score colossal, comparé aux moyennes courantes.

Upcycling, triage vert, initiation du public à la réparation façon “Do It Yourself”… Trois coups de pouce en faveur de l’écoresponsabilité. D’où a germé l’idée de réunir ces initiatives en un projet commun ?

Laëtitia : Gaîté [re]cycle s’inscrit dans une réflexion d’établissement globale. Depuis l’automne 2021, notre institution s’est engagée dans un programme de réduction de notre impact environnemental ambitieux au sein duquel, en tant qu’établissement défricheur des enjeux émergents liés aux nouvelles technologies, il était impossible de faire l’impasse sur l’impact écologique du numérique. Lequel représente 10 % de la consommation mondiale d’électricité. Soit l’équivalent de tout le gaz à effet de serre émit par l’aviation civile. Il y a là une urgence, une problématique. Nous avons donc réfléchi à la nécessité de mieux trier les D3E de l’institution : et de ses publics. Au fil de discussions avec nos partenaires, cette ambition initiale s’est muée en programme global : Gaîté [re]cycle. Tout simplement parce que l’attention portée au défi que représente le numérique fait partie de l’ADN de notre institution. Tant du point de vue de sa programmation que de sa vocation, qui consiste notamment à sensibiliser le public sur ces questions. À travers des propositions artistiques, des conférences, des débats…

Et maintenant la Gaîté [re]cycle ?

Laëtitia : Précisément. Ce programme vise à éveiller les consciences sur l’impact environnemental du numérique, et transmettre aux publics de nouveaux gestes, de nouvelles pratiques – en l’occurrence la réparation ou la revalorisation de D3E défectueux. Gaîté [re]cycle est porteur d’une proposition forte : vous repartirez plus riche que vous êtes venus. Car si votre produit n’est pas réemployé, mais que vous le confiez à notre système de tri, nos équipes vous remettront un bon de réduction sur notre offre culturelle. Cédez vos déchets, nous vous donnerons de l’art en retour – voilà le principe. Cela grâce à la mise en place de cercles vertueux avec nos partenaires. Par exemple l’entreprise Cèdre chargée du tri rachète les e-déchets que nous récoltons, et nous réinvestissons cet argent dans Gaîté [re]cycle sous forme d’offres incitatives adressées aux publics.

Le programme Gaîté [re]cycle doit se clôturer à la fin de l’année. Peut-on espérer qu’un de ses axes soit pérennisé ?

Laëtitia : Considéré le succès du format, c’est envisageable ! En une quinzaine de jours nous nous sommes rendus compte que la collecte de D3E, par exemple, faisait des émules. Des écoles parisiennes demandent à construire des circuits de collecte en collaboration avec nous. Et pourquoi pas ? Voyons les choses en grand, inventons de nouveaux circuits ! Il est aussi possible que d’autres acteurs culturels s’emparent du principe de “troc”. Des visiteurs ramènent des produits usagés, les institutions ouvrent les portes de leur collection. L’horizon d’un maillage de ce type a de quoi séduire. Et c’est en se positionnant à l’initiative de ce type de projet que notre institution entend créer un écho à grande échelle des thématiques qu’elle travaille en interne avec, en tête de liste concernant Gaîté [re]cycle, l’optimisation du traitement des D3E usagés. Un impératif, dans le contexte de crise environnementale et énergétique qui est désormais le nôtre.

  • Repair Café : avec Crealab concept, samedis 17/09, 08/10, 05/11 et 03/12/22, espace ateliers, gratuit, en accès libre
  • Ateliers d’upcycling : avec le Collectif BAM et l’Académie du Climat, samedis 01/10, 22/10 et 12/11/22, 14h-17h, espace ateliers, gratuit sur réservation
  • Collecte & recyclage : avec Cèdre, Mardi-Vendredi : 14h-20h Samedi–Dimanche : 12h-19h Fermeture le lundi
0 Partages

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant