Kraftwerk 3D : Dans les coulisses des live du quatuor légendaire à la Philharmonie de Paris

Écrit par Alexis Tytelman
Le 05.08.2019, à 09h44
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©Charles D. / Philharmonie de Paris
Écrit par Alexis Tytelman
Juste avant le début du second concert de Kraftwerk à la Philarmonie de Paris, le 11 juillet dernier, Trax a rencontré l’ingénieur du son responsable des lives du groupe : Serge Gräfe. Son immersif, effets créés spécialement pour l’occasion à l’aide du logiciel Reaktor… Grand plongeon dans les coulisses d’un concert quatre étoiles. 

Derrière tous les grands groupes se cache une armada de producteurs véreux et de groupies. Mais, beaucoup plus important, des équipes techniques chargées de s’assurer, dans l’ombre, que chaque show se déroule dans les meilleures conditions. Au milieu du bal de régisseurs et des roadies accompagnant les pionniers de la musique synthétique de Kraftwerk, un chef d’orchestre de l’ombre : Serge Gräfe. Récompensé d’un Grammy Awards pour son travail sur l’album 3-D, The Catalogue (2018), cet ingénieur du son FOH de compétition (front of house, celui qui gère le son pendant les lives, ndlr) raconte, pour Trax Magazine, les coulisses des concerts du quatuor le plus célèbre de Dusseldörf. 

Propos recueillis quelques minutes avant le début du second soir des concerts Kraftwerk 3D, qui se sont tenus à la Philarmonie de Paris les 11,12 et 13 juillet derniers dans le cadre du festival Days Off.  

Depuis quand tournez-vous avec Kraftwerk ?

J’ai commencé à bosser avec eux en 2005, donc ça fait 14 ans maintenant.

Vous jouez ce soir votre deuxième concert à la Philarmonie, comment se passe cette tournée parisienne ?

On fait 3 shows au total et, jusqu’à maintenant, le public est incroyable, et prend beaucoup de plaisir. Nous n’avons pas eu de problèmes techniques jusqu’ici. Et pourtant, comme tu peux le voir, on se trimballe un sacré barda…

À ce moment, les portes de la salle s’ouvrent, et une nuée de fans sprintent, comme si leurs vies en dépendaient, pour atteindre les barrières et profiter de la performance au plus près de leurs idoles.]

Ce sont de vraies pop stars !

Le groupe joue dans la Grande Salle Pierre Boulez, sentez-vous, en tant que collaborateur privilégié, l’influence de la musique concrète sur le travail Kraftwerk ?

Ils connaissent très bien la musique de Pierre Henry, Schaeffer, Luc Ferrari et compagnie. Je suis aussi, à titre personnel, très inspiré par ce courant qui, selon moi, a ouvert de nouvelles idées de la musique du temps de son heure de gloire.

En tant qu’ingénieur FOH, quels sont les plus grands défis techniques sur cette tournée ?

Le plus gros défi, c’est de faire en sorte que les 4 tonnes de matériel audio qu’il y a sur scène fonctionnent comme il faut avec les équipes des lieux. Parfois, on ne peut pas tout faire, et il faut bien expliquer son approche. Au Japon, où le sens de la hiérarchie est souvent différent du nôtre, on a rencontré pas mal de soucis. Tout y prend plus de temps, car il faut constamment l’approbation des supérieurs pour la moindre petite décision. Pendant les concerts, il y a moins de pression, car tout est minutieusement préparé à l’avance. Le show est parfait, et il s’agit seulement de le transposer dans différents lieux, et de s’adapter à ces conditions particulières.

D’habitude, cette salle accueille surtout des concerts de musique orchestrale. Comment s’adapte-t-on à ce genre de lieu ?

On a l’habitude maintenant. Le groupe a joué à l’Opéra de Sydney, dans les studios de la Salle Symphonique de Copenhague… Ces salles ont une chaleur, un caractère marqué. Presque trop pour un concert électronique. Là où j’ai eu le plus de problèmes, c’est sûrement lors du concert à la Neue National Galerie de Berlin, en 2015. Murs en verre, sol en pierre… La réverbération naturelle y atteint quasiment 7 secondes. Il a donc fallu faire beaucoup de traitements acoustiques, jusqu’à ce qu’on parvienne à faire descendre le chiffre à 2 secondes environ. Quand le public est au rendez-vous, ça se passe toujours bien, malgré ces contraintes.

Pouvez-vous décrire l’impressionnant système de sonorisation de ce soir ?

J’utilise principalement “Soundscapes“, un logiciel de sonorisation de la marque d&b Audio, avec qui je travaille depuis plusieurs années. Il me permet d’aller bien au-delà des limites de la stéréo, de travailler à 360 degrés pour un rendu ultra-immersif. Le signal est diffusé par cinq rangées d’enceintes line arrays empilées les unes sur les autres, de la gamme d&b  KSL, et une trentaine enceintes d’ambiance pour répartir le son de manière uniforme dans la salle. 

Que faites-vous, concrètement, pendant que le groupe joue ?

Je contrôle principalement l’équilibre global du rendu sonore et déclenche des effets via le logiciel ReaktorJ’utilise notamment des distorsions, delays et effets que j’ai créé spécialement pour les besoins de ce live. 

Pourquoi avoir choisi Reaktor en particulier ?

J’ai commencé à utiliser Reaktor il y a quelques années. À la fin, les effets stéréo deviennent vite ennuyeux. Il me fallait donc un processeur d’effets adapté au son immersif. Reaktor est parfait pour ça dans la mesure où il supporte un nombre quasi-illimité d’entrées. Cela m’a permis, par exemple, de créer un effet de delays sur 8 canaux séparés. Ainsi, mon contrôle sur la répartition du son dans l’espace prend une autre dimension. 

À la seconde où la discussion se termine, Serge bondit sur ses machines. Tandis que la foule enfile ses lunettes 3D, il se prépare, re-vérifie une dernière fois que ses précieux jouets fonctionnent. Les lumières s’éteignent, une voix robotique résonne. C’est parti.

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