Jeu vidéo : comment le nouveau jeu sur PS4 Dreams repousse les limites de la création numérique

Écrit par Fouad Bencheman
Photo de couverture : ©Dreams
Le 27.02.2020, à 15h47
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Écrit par Fouad Bencheman
Photo de couverture : ©Dreams
OVNI vidéoludique, Dreams propose de transformer n’importe quelle envie en musique, en image, en dessin ou en film d’animation. Si bien qu’après plusieurs heures de jeu, nous n’avons plus envie de parler d’un simple “jeu vidéo”, mais bien d’un logiciel d’art numérique expérimental.

Il suffit de dresser une courte liste des jeux les plus attendus de 2020 pour se rendre compte que l’ineffabilité est un concept de plus en rare dans le jeu vidéo. Au programme, du très lourd certes, mais aucune révolution de genre. Du FPS (Doom Eternal), du action-RPG (Cyberpunk 2077, Final Fantasy 7 remake) ou encore de l’aventure (The Last Of Us part II). De peur ne pas séduire en masse, les éditeurs quadrillent désormais a minima l’expérience de jeu et utilisent des ingrédients routiniers. À rebours de cette philosophie, la dernière exclusivité PS4 Dreams nous entraîne dans un monde de création qui n’a que deux limites, notre imagination et celle des autres.

Une fabrique de songes numériques infinis

Pour faire simple, ce jeu met à la disposition du joueur une suite d’outils qui permettent de créer des personnages, des sculptures, des dessins, des musiques, des ambiances sonores, des niveaux de jeux vidéo entiers… Bref, tout ce qui touche de près ou de loin à la création artistique. Chaque verticale s’utilise de manière indépendante ou sous la forme d’un tout. Développé depuis près de 9 ans par le studio anglais Media Molecule (Sony), à qui l’on doit déjà l’attachant jeu de création LittleBigPlanet, Dreams donne la possibilité de créer des expériences numériques à l’infini. Et ne vous fiez pas à son apparence policée ou à son système de jeu à l’aspect enfantin, Dreams est un jeu libertaire comme il n’en existe aucun.

Vous avez envie de revisiter le jeu d’arcade Tetris en ajoutant une bande-son acid house ? C’est possible. De créer votre propre jeu de baston où les combattants sont des chiens mutants ? Allez-y. De réaliser une bande dessinée interactive façon Dark Fantasy ? Sans problème. De réaliser un film d’animation façon Pixar mais avec une ambiance sonore psyché ? Libre à vous. Avec Dreams, vous devenez le démiurge de vos propres micro-mondes fantasmés.

Une courbe d’apprentissage pour maîtriser l’envers des décors

Avant de virevolter dans les méandres de votre imagination, il faudra faire preuve d’un peu de patience. Le mode “Création” ressemble à une version acidulée de la suite Adobe Creative Suite : un espace 3D vierge et une palette de plus de 100 outils, chacun regorgeant de nouveaux sous-menus avec de nouvelles options. De nombreuses heures de didacticiels sont nécessaires pour se familiariser avec la matrice de création qui se base sur le principe du “scripping informatique”. En somme, le joueur va devoir relier différentes boîtes (action, effet de lumières, bruitages…) entre elles, chacune exécutant une fonction à un moment donné. Tous vos desiderata sont personnalisables. Après une dizaine d’heures de jeu, la maîtrise du déplacement d’un personnage et d’une caméra autour de lui est presque jouissif. Cependant, la logique se complique dès que nos envies virtuelles deviennent plus tortueuses. Comme pour tout bon outil de création, il est impossible de s’éloigner d’une courbe d’apprentissage. Pour autant, on se sent rarement perdu grâce au gameplay accessible et aux nombreux tutoriels, loins d’être rébarbatifs.

Création sonore et bibliothèque musicale communautaire

La musique n’est qu’un tentacule de cette pieuvre créative, pourtant cette section est tout sauf bâclée. Elle ressemble à une évolution dopée aux amphétamines du mythique jeu Music 2000 sur PlayStation 1. Le joueur a accès à une multitude d’instruments qu’il agglomère sur une “timeline” intuitive. Il est possible de composer ses propres mélodies, d’ajouter des bruitages et même d’enregistrer sa propre voix grâce un casque micro. Tout comme pour les sections graphiques, une librairie sonore est accessible à tout moment grâce à un raccourci. Dedans, un gigantesque capharnaüm de samples, de bruits et d’effets développés par l’éditeur ou par la communauté du jeu. Il est même possible de se servir d’une “timeline” postée par un autre joueur pour la modifier à sa convenance.

Le premier réseau social d’art numérique expérimental ?

Pour s’inspirer ou simplement se détendre, le jeu propose également un mode exploration afin de voyager à travers les facéties artistiques des autres. Intitulée “Voyage Onirique”, cette section prend la forme d’un mini flux social, type Twitter, sauf qu’ici, les logorrhées de Donal Trump sont remplacées par les créations des joueurs du monde entier. Il est parfois possible d’y jouer, ou simplement de les contempler. Sans aucun temps de chargement, on butine à l’envie, on zappe comme sur une télé, on navigue sur un spectre artistique allant d’un diorama loufoque à une œuvre complètement bluffante. Grâce à des filtres, les créations les plus impressionnantes sont également sélectionnées par l’équipe de Media Molécule et mises en avant sur la plate-forme. Si bien que nombreux projets de “demake”, qui consiste à recréer un jeu en imitant le style d’une machine d’antan, pullulent sur le web.

Avec une vision sur dix ans, Sony a d’ailleurs de grandes ambitions pour le jeu. Le constructeur souhaite continuer à alimenter le jeu de nouveaux outils créatifs, mais également lancer une version VR. Le champ des possibles est si vaste que le journaliste Mark Wilson n’hésite pas, dans le magazine Fast Company, à comparer le jeu au prochain réseau social d’envergure : « Ce que YouTube a fait pour la vidéo et Instagram pour le selfie, Dreams le fait dans le domaine de l’art. Avec ce jeu, il est possible de créer, mais surtout de consommer sans limites, des médias expérimentaux aux frontières toujours plus floues ».

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