James Holden : les 5 outils essentiels de son prochain live (hommage à Terry Riley)

Écrit par Antoine Kharbachi
Le 02.11.2015, à 18h03
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©Camille Blake
Écrit par Antoine Kharbachi
Convié à la nouvelle édition du festival MARATHON! (aux côtés de Juan Atkins, Moritz Von Oswald, Dopplereffekt et Arnaud Rebotini), les 13 et 14 novembre à la Gaîté Lyrique, James Holden – maître ès machines de pointe – nous renseigne davantage quant au dispositif Outdoor Museum of Fractals.

L’artiste britannique concevait une performance inouïe, en l’honneur de Terry Riley (maestro du courant minimaliste), au travers d’une installation spécifique, symbolisée par l’interaction entre un courant musical traditionnel (le tabla tarang de Camilo Tirado), les outils technologiques de Holden et ses fabrications artisanales. Le système s’avère hautement ingénieux, fondé sur des principes et des ajustements précis, des paramètres spécifiques commandés par une imposante machinerie (des synthétiseurs analogiques, des séquenceurs, des oscillateurs, des effets delays et des calculs mathématiques). 

“Je me rends compte que toute ma musique vient d’une manière ou d’une autre de Terry Riley. De tous les artistes du courant minimaliste, son approche des statistiques, par le biais des répétitions, est celle qui résonne le plus en moi. […] On m’a proposé de produire quelque chose de novateur à l’occasion d’un concert en hommage à l’un de mes héros. Outdoor Museum of Fractals en est le résultat.”

#1 Laptop, Monome Arc & 128, Max for Live

james holden

Parmi les outils technologiques de pointe utilisés par Terry Riley pour accroître sa présence – en usant de longs delays qui lui permettent de jouer plus de notes qu’il ne le pourrait physiquement, tout en étant totalement libre d’improviser. Il s’agit là d’un élément que j’essayais moi-même de reproduire en live, et le système que j’ai conçu pour Outdoor Museum of Fractals en constitue le dernier essai en date : une paire de séquenceurs Max-for-Live, basée sur un simple ensemble de règles et quelques contrôles. Les contrôleurs Monome s’avèrent idéaux lorsqu’il s’agit d’inventer, de produire des sonorités qui n’existaient pas auparavant ; une sorte de toile blanche qui peut à la fois produire et recevoir du son pour le modifier.

In some of my favourite pieces Terry was using cutting edge technology to augment himself – using long delay lines he made more notes than he could physically play while still being totally free and improvisational. This is something I was already trying to do in my own live stuff, and the system I’ve made for ‘Outdoor Museum of Fractals’ is the latest attempt: a pair of Max-for-Live sequencers based on a simple set of rules and a few controls. The Monomes are the perfect interface when you’re trying to invent something that doesn’t already exist, a sort of blank canvas that can be both input and status display.

#2 Cinq tablas

james holden
J’ai proposé au maître tabliste Camilo Tirado de collaborer à cette occasion. Je souhaitais disposer d’une véritable rythmique, produite par un humain, et Camilo dispose d’un bon timing. En outre, il m’a appris énormément de choses au sujet de la musique traditionnelle hindoustani (qui a inspiré Terry Riley) et a saisi l’essence, la structure et la forme de la musique improvisée étendue. Je vais laisser Camilo vous parler du tabla tarang en détail. 

Camilo Tirado : En mon sens, le tabla indien s’avère être l’une des percussions à main les plus mélodieuses et aux sonorités les plus variées au monde. Il tend à imiter la production du son vocal (comme tous les instruments traditionnels indiens) et dispose d’un langage phonétique grandement développé. D’ordinaire, nous usons d’une paire de tabla : le bhaya (pour la main gauche), dont la peau tendue, modulée selon l’inclinaison du poignet, permet de produire une ligne de basse, et le dhaya (pour la main droite) qui produit une unique note ; la note fondamentale du raag (le cadre mélodique de la musique indienne, ndlr). Ceci étant dit, j’ai décidé d’user de quatre dhaya pour Outdoor Museum of Fractals, chacun accordé à une tonalité spécifique, en fonction de la gamme de sonorités programmée par les séquenceurs Chaos de James. Cette installation étendue est nommée tabla taran, et me permet de rebondir à partir des mélodies conçues par James, lesquelles se déploient librement. 

I asked tabla player Camilo Tirado to collaborate on this as I wanted a human marking real rhythm and Camilo has great timing. Also he’d already taught me a lot about Hindustani classical music (which inspired Terry) and he really deeply understands the structures and shape of long-form improvised music. I’ll let Camilo explain in detail about Tabla Tarang.

Camilo Tirado: The Indian tabla is, in my humble opinion, one of the most melodic and sonically varied hand drums in the world. It attempts to emulate the human singing voice (like all other classical Indian instruments) and has a highly developed phonetic language associated with it. It is normally played as a pair: the Bhaya (left-hand drum) has it’s skin tension modulated by the player’s wrist to provide a bassline whilst the Dhaya (right-hand drum) is tuned to a fixed note, usually the root note of the Raag. However for ‘Outdoor Museum of Fractals’ I decided to use four Dhaya drums, each tuned to a different note of the scale James has programmed into his Chaos sequencers. This extended setup is known as Tabla Tarang and enables me to bounce off of the free-flowing melodies James creates.

#3 Deux microphones SM58, Max ‘bonk~’ External, Group Humanizer

james holden
Ces microphones bon marché s’approprient le son des tablas et le transfèrent à l’ordinateur – le patch gratuit ‘bonk~’ convertit le son en une information rythmique, et le Group Humanizer se sert de cet élément pour ajuster les deux séquenceurs de l’ordinateur au jeu de Camilo. En plus de cela, je dispose de contrôleurs qui incorporent les différents détails perçus (les changements, les accents, etc.) aux patterns produits par les séquenceurs. En somme, Camilo n’est pas assisté par un ordinateur, ils jouent vraiment ensemble.

These cheap mics pick up the tabla sound and feed it to the computer – the free ‘bonk~’ external converts sound into rhythm information, and the Group Humanizer uses this information to make the two sequencers in the computer listen to Camilo’s playing. As well as following his rhythm I have controls that let the details it detects (accents, changes, etc) feed into the patterns the sequencers produce. So Camilo isn’t playing along to a computer, they’re playing together.

#4 Une carte et des pierres magiques

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Les séquenceurs que j’ai conçus disposent de contrôleurs étranges. Chaque élément affecte les autres, donc le fait de s’en servir s’apparente (dans un premier temps) au fait de trouver son chemin au sein d’une structure complexe, dans l’obscurité. De nombreux réglages entraînent de mauvais résultats. Je passe une large part de mon temps à concevoir une carte, pour me guider. Les pierres favorisent la communication entre Camilo et moi-même. Je suis conscient de la direction dans laquelle je vais sur la carte, donc je me sers des pierres pour l’indiquer à Camilo.

The sequencers I built have strange controls, everything affects everything else, and so ‘playing’ it initially feels like finding your way around a complex space in the dark – there are plenty of settings that produce bad results, and narrow paths between good bits. I spent some time making a map to guide me. The stones are a way of communicating between us. I know where I’m going on the map, so I use the stones to let Camilo know where we’re heading.

#5 Un petit Eurorack modulaire, assemblé avec une paire d’oscillateurs Verbos Harmonic

james holden
J’adore les oscillateurs Verbos Harmonic. Je dispose d’une paire défectueuse, qui produit un son bien plus crasseux qu’ils ne le devraient. Il s’agit là d’un outil idéal pour ce qui est des tonalités organiques. Mais je souhaite bénéficier d’une meilleure combinaison polyphonique, et je ne peux me procurer six nouveaux oscillateurs, donc je me sers d’un autre patch Max, que j’ai conçu, pour les “cloner”. L’ordinateur perçoit les sonorités et les réglages des deux oscillateurs, et les copie dans quatre autres modules virtuels. L’ensemble évolue à travers les Vactrol Gates de Makenoise et autant de transformateurs qu’il m’est possible d’inclure dans le canal de signaux, afin qu’ils puissent former un ensemble de qualité.

I love the Verbos Harmonic Oscillators, not least because I appear to have a faulty pair which make a slightly grimier noise than they should. They’re great for organ-ish tones, but because I wanted more polyphony and couldn’t afford or fit six of them I use another max patch I made to ‘clone’ them – the computer listens to the two hardware oscillators and copies their settings in four virtual ones. These all go through Makenoise Vactrol Gates and as many transformers as I could squeeze into the signal path as they round everything off really nicely.

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