Jackmaster : “Il ne faut pas accorder trop d’importance au Top 100 de Resident Advisor”

Écrit par François Brulé
Le 16.12.2016, à 16h32
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Écrit par François Brulé
Le début du mois de décembre fut intense pour Jackmaster : tandis qu’il était occupé à ouvrir son restaurant japonais (Ramen Dayo), le fan des Celtics de Glasgow a atterri en seconde position du classement des 100 meilleurs DJ’s selon les lecteurs de Resident Advisor. Après plusieurs tentatives, nous avons enfin réussi à attraper l’insaisissable Jack Revill, qui, à 14 ans, a commencé à bosser chez Rubadub, le fameux disquaire de Glasgow, avant de lancer son label Numbers avec Calum Morton (aka Spencer). Entre deux afters, depuis un hôtel de Belfast, le DJ écossais s’est livré à Trax. 


En janvier 2015, tu jouais à Brest avec San Proper pour Astropolis. Le lendemain, sur Twitter, tu disais la chose suivante : “It was so easy to fall out of love with music when it becomes your profession”. Est-ce que cela t’est déjà arrivé de ne plus ressentir aucune passion pour ton travail ?

Cela arrive très facilement de perdre cette saveur qui vit en nous lorsque l’on bosse dans la musique. Quand tu commences à connaître un début de “célébrité” et de succès dans ton travail, tu deviens très occupé et ton corps subit une véritable tension physique, mais aussi mentale. Parfois, tu enchaînes trois voire quatre dates par semaine : tu fais le show, tu dois jouer de 6 à 7 h du matin, puis rentrer du club à l’aéroport. Le lendemain, tu pars jouer dans un festival en pleine journée, donc tu fonces de l’aéroport au festival et il ne te reste plus beaucoup de temps pour dormir. Tu ne peux pas rentrer chez toi, voir tes amis et ta famille. Donc cela peut s’avérer éprouvant, mais il est important pour moi de me rappeler que j’ai le meilleur métier du monde. Depuis mes 13 ans, j’ai toujours voulu devenir DJ. Et aujourd’hui, je suis assis dans un bel hôtel de Belfast en train de discuter avec un journaliste français pour une interview. Ce que je n’aurais jamais présumé à mes 13 ans. Il est très facile de perdre le goût pour ce travail, mais les situations que je vis sont là pour me rappeler à quel point je suis privilégié. Je me retrouve dans des putains de soirées, je rencontre des gens déments ou je me rend dans des disquaires trop cool à travers le monde. C’est dans ces moments-là que je prends réellement conscience de la chance que j’ai d’exercer ce métier.

Tu n’en as jamais marre de la routine DJ set/aéroport/dodo ?

Non, le problème avec la vie de DJ, c’est qu’il n’y a aucune routine, justement. Tu dois t’habituer à ça : la routine, c’est qu’il n’y a aucune routine. (Rire.)

jack

En dehors des rencontres que tu fais, des lieux dans lesquels tu te produis, qu’est-ce qui te donne envie de continuer ce job ?

Pour être honnête, c’est toujours la musique. Il arrive parfois d’entrer dans des phases où tu n’arrives plus à trouver la musique que tu aimes, parce que tu es sûrement de mauvaise humeur ou que tu as trop bossé. Actuellement, si je prends deux heures pour télécharger de la musique, je peux trouver 50 nouveaux tracks de qualité. Et 50 bons tracks en une journée, c’est fantastique ! Mais c’est toujours la musique qui m’inspire. Très souvent, une date complètement folle à t’en retourner le cerveau te redonne la passion que tu entretenais pour la musique avec ton âme d’enfant.

Dans une précédente interview, tu expliquais ne pas ressentir la même chose à propos de la house old school (Joe Smooth, Sterling Void…) et la musique qui sort actuellement. Pourquoi ?

Aujourd’hui, la house est certainement le genre le plus répandu et le plus populaire de la scène musicale actuelle. Selon moi, chacun essaye de copier quelque chose. Les plus gros producteurs de house actuels, dont je suis loin d’être fan, sont ceux récoltant le plus de succès sur Beatport et tous ces sites. Ils travaillent uniquement sur leurs ordinateurs et ne produisent pas à partir de synthétiseurs analogiques ou autres. Il manque une âme et beaucoup de groove pour que cela me plaise. La house old school m’excite, mais aujourd’hui, dans les dernières sorties de dance music qui me plaisent, il n’y a pas de house. La musique récente que je kiffe en ce moment vient de Grande-Bretagne : des mecs comme Kowton, les gars de Hessle Audio ou encore la bande de Bristol avec Livity Sound. Ce genre de délires me plaît au même titre que la house de Chicago et la techno de Detroit.

La plupart des artistes en reviennent à la house de Chicago et la techno de Detroit lorsque la question des influences musicales est abordée, mais as-tu un exemple en particulier ?

Récemment, j’ai retracé les productions de Carl Craig. Certains de ses bootlegs contiennent des samples de disco à l’ancienne. Je me suis toujours retrouvé dans cette musique. Le disco, c’est le commencement ! Sans le disco, il n’y aurait pas de house, pas de techno, il n’y aurait rien…

Tu dis que les artistes actuels essayent de copier ce qui a déjà été fait. Mais ne penses-tu pas que le problème réside plutôt dans le fait que les producteurs devraient davantage se pencher sur la création de nouveaux genres musicaux et non pas sur des créations rentrant dans des cases déjà existantes ?

Oui, bien sûr. Je suis hypocrite car l’ensemble du mouvement autour de la house s’est construit sur des samples de disco, donc j’imagine que tu peux trouver l’entre-deux, entre le passé et le futur. C’est d’ailleurs ce que j’essaye de faire lors de mes DJ sets.

jack

Le 6 décembre 2016, les lecteurs de Resident Advisor ont voté pour leur classement des 100 meilleurs DJ’s, dans lequel tu arrives en deuxième place. Cette année, nous avons remarqué une place importante accordée à des nouveaux diggers mais moins connus du grand public. Comment vois-tu cette évolution ?

J’adore ça ! Les DJ’s que j’apprécie ont tous été placés dans ce classement. Je pourrais te donner tout un tas de noms : Jasper James, Denis Sulta, The Black Madonna, Mike Servito… Je vois beaucoup de DJ’s qui passent au-dessus de cette attitude snob que l’on pourrait adopter lorsque l’on intègre ce classement. Donc je trouve le classement 2016 un peu plus honnête.

Pour la quatrième année consécutive, Dixon reste à la tête de ce classement. Qu’est-ce que tu en penses ?

Il est important de ne pas accorder trop d’importance à ce classement. Le top 100 RA n’est pas une Bible, mais simplement les 100 meilleurs DJ’s selon les lecteurs de Resident Advisor. Dixon est un DJ que j’admire énormément, sur lequel j’ai toujours pris exemple. Lors de ma première venue au Circolocco, à Ibiza, un de mes clubs préférés au monde – où je suis désormais résident –, il mixait pendant deux heures et cela m’a vraiment inspiré. La manière dont il enchaînait les tracks, tous aussi fous les uns que les autres, était incroyable. Ce type a mon plus grand respect. Pour être honnête, je pense qu’il mérite tout ce qui lui arrive. Sur Internet, il y a des gens qui le détestent à l’heure actuelle parce que cela fait la quatrième année qu’il termine numéro 1. Mais selon moi, on s’en fout, personne ne peut dire qui est numéro 1, 2 ou 3. C’est purement subjectif. Peu importe sa place dans ce classement, selon moi, Dixon restera un bon DJ.

Est-ce donc vraiment nécessaire d’établir ce genre de classement ?

Les gens n’ont certainement pas besoin de ça. Même si, à l’époque où j’étais un DJ prometteur, intégrer un tel classement m’aurait donné davantage confiance en moi. En tant qu’artiste, cette confiance est très importante, elle te permet d’améliorer tes performances et ta créativité. Lorsque je passais les paliers, sans doute qu’un tel classement aurait pu représenter quelque chose d’important pour moi, comme une consécration pour mon travail.

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