[INTERVIEW] Moodoïd, l’astéroïde pop

Écrit par Trax Magazine
Le 25.08.2014, à 18h46
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Écrit par Trax Magazine
Personnage illuminé et leader charismatique du groupe Moodoïd, Pablo Padovani sort un premier album, Le Monde Möö, après avoir terminé sa quête de la musicienne parisienne.

Accompagné de ses trois instrumentistes, il charme désormais un public éclectique grâce à sa pop multi-harmonique nourrie de polyrythmies colorées. À l’aube d’une tournée européenne, Moodoïd a le mérite de réveiller l’univers trop calme de la pop frenchy. Tout en nous ouvrant son monde, Pablo offre à Trax sa vision de la scène électro.

Tu vogues dans un univers musical psychédélique. Pourquoi as-tu choisis celui-ci plutôt qu’un autre ?

Je suis comme ça dans la vie de tous les jours et j’aime la surprise, le mystère, je veux pouvoir m’amuser, être euphorique, fou, n’avoir aucune règle ! L’idée est de réunir tous ces critères et de les sculpter comme une boule de pâte à modeler pour lui donner des formes différentes.

Tes chansons fourmillent de détails scéniques. Comment tes études de cinéma t’ont-elles servi à créer Moodoïd ?

J’ai toujours mis la musique et le cinéma sur un même piédestal, puis j’ai tellement eu d’opportunités en jouant avec Melody’s Echo Chamber et en rencontrant le label Entreprise, qui a sorti le premier EP, que la musique a pris le dessus. J’ai quand même continué la réalisation via mes clips et ceux d’autres groupes, ça me permet de créer un lien avec mes deux passions puis j’ai toujours voulu créer quelque chose de très visuel.

Tu es fils de jazzman. Ce genre musical t’a t’il influencé pour construire tes chansons ?

Ce qui m’a le plus influencé est la manière de penser la musique dans le jazz, j’aime vraiment l’idée d’improvisation et de partage. Je baigne dans cette générosité depuis que je suis enfant ! J’ai appris à comprendre et interpréter la musique grâce à ça. Puis, j’ai assez vite été attiré par la pop, le rock, mais dans ma manière de faire j’ai gardé cette liberté de composer sans code.

En ce moment il y a beaucoup de musiques électroniques qui n’arrivent plus à me surprendre, tout le monde fait le même son

Tu préfères les performances live…

J’aime les deux mais j’ai un rapport addictif à la scène ! Depuis mes quatorze ans je n’arrive pas à passer un mois sans monter sur une scène. J’ai besoin de ça, même en faisant mes études de cinéma, je menais une vie de fou car il fallait vraiment que je fasse un concert toutes les semaines en parallèle.

Le fait que tu aimes improviser ne te pose pas problème lorsque tu dois enregistrer ta musique ?

Je travaille avec beaucoup d’autres musiciens en studio, j’aime pas trop l’idée d’être en studio tout seul et de tout faire. Pour le premier album, le studio était un lieu de passage et le disque regroupe tous les gens avec qui j’ai travaillé de près ou de loin, des gens que j’admire, des potes musiciens. L’état d’esprit était super cool pour ce premier album.

© Fiona Torre

Même si tu es plus influencé par le rock et la pop. Quel chanteur français t’inspire ?

J’aime bien les chansons des années 60, ou même avant, Ray Ventura, Boby Lapointe ou Claudine Longet, mais dans ma manière d’écrire je n’ai jamais voulu entrer dans une sorte de tradition de la chanson française. Pour moi, le texte est toujours passé en second plan, je privilégie la mélodie. J’écoutais beaucoup de chansons en anglais sans jamais comprendre rien au texte et c’est un peu ma façon d’écrire en français. Ce sont des petites images.

Tu es attaché par nature aux instruments mais utilises-tu aussi des machines ?

Il y a une grande partie du disque qui est faite avec des machines des années 90, des boites à rythmes de R&B. Le concept du disque à l’origine était de créer un mélange entre le digital et l’acoustique, travailler avec les instruments et leurs imitations. Dans le disque il y a des vrais saxo et parfois des faux, on ne sait plus. Tout est comme ça, de temps en temps il y a des samples de batterie qui viennent du R&B mais tout est fondu, c’est à peine perceptible, c’est une sorte de fusion.

Ça te plairait de pousser l’expérimentation en ce sens ?

En ce moment, je suis plus en train de me dire comment va-t-on jouer ces morceaux en live. J’ai très envie que tout soit fait à la main sur scène car c’est, une nouvelle fois, propre à la liberté. Il y en a beaucoup qui joue avec des boucles ou les batteurs qui ont le métronome dans le casque, je préfère la spontanéité musicale ! Je veux pouvoir balancer mon micro entre mes jambes, sauter tout en sachant que les filles peuvent réagir à ça. C’est ce qui va créer la surprise aussi ! Sur l’une des chansons il y a plein de synthé impossible à jouer mais je leur ai fait apprendre pour de vrai. Je veux que tout puisse être joué, qu’il y ait des fausses notes et modeler les morceaux.

On aime expérimenter le concert comme une zone à risque et que la musique puisse se transformer par rapport au contexte.

Tu incorpores dans tes compositions des mélodies et rythmiques d’ailleurs. As-tu beaucoup voyagé ?

Ça touche plus aux fantasmes de ces mondes d’ailleurs. Avec le clip de “De Folie Pure”, j’ai créé un melting-pot culturel en réaction à une vision très occidentale d’imaginer l’orient et l’exotisme en général. J’aime aussi sortir les mélodies traditionnelles de leur contexte.

Tu vas chiner des instruments, comment ça se passe ?

Je vais chiner des musiciens ! (Rires) J’ai eu l’occasion de rencontrer Gilles Andrieu, qui joue de tous les instruments turques et j’ai contacté Didier Maller de Gong qui joue maintenant de la flute arménienne, un son ovniesque pour le rock. J’aime les sonorités inédites. En ce moment il y a beaucoup de musiques électroniques qui n’arrivent plus à me surprendre, tout le monde fait le même son !

Qu’est ce qui ne te surprend plus dans les musiques électroniques ?

C’est le cloisonnement dans des codes comme on a pu avoir dans la musique pop. Je pense que la musique électronique est en plein dans cette période, je trouve ça stupide de mettre un kick permanent, que ce soit minimaliste… anti-créatif au possible en fait. C’est une vision très globale évidemment, il y a des producteurs incroyables comme Todd Terje ou Plaid, des jeunes anglais que j’ai découvert récemment.

Ton premier EP s’intitulait Je suis la Montagne, ton premier album Le Monde Möö. Les grands espaces sont-ils une nécessité ?

Les chansons de Moodoid sont des paysages, par leur construction, par leur atmosphère, c’est très épique, large avec beaucoup de réverbe. Le premier EP, c’était un moyen pour moi de présenter le groupe en quatre chansons, direct, comme une sorte de soucoupe qui se poserait. Le Monde Moo est une sorte de promenade dans un paysage surréaliste, inventé, un monde de luxure dans lequel je vous mène.

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