Interview : le boss General Levy revient sur son légendaire tube jungle “Incredible”

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©DR
Le 27.11.2019, à 12h36
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Un anniversaire peut en cacher un autre. Le 6 décembre prochain, le collectif montreuillois Demolisha Deejayz fête 20 ans d’activisme à la Marbrerie, et invite pour l’occasion la légende jungle General Levy. Le MC fêtera quant à lui les 25 ans du cultissime “Incredible”, LE morceau qui a révélé la jungle music au monde. Itinéraire d’un ovni, avec le général himself.

Par Jahill.

D’où vient votre titre de General Levy ?

Dans Third Dimension, mon premier crew, on avait tous un grade, Colonel Irie, Major Riley… J’étais le plus énergique donc, ils m’ont surnommé le général.

Votre première fois au micro ?

Lors d’un concours de MCs à la gare routière de Stonebridge, en 1986. Il y avait Governor Tiggy, Rudie King et Chukki Starr. Chukki est arrivé premier, il a gagné 50 livres, je suis arrivé second, j’en ai eu 30. 

On vous a entendu après avec Tippatone, Saxon, des soundsystems anglais qui rivalisaient avec les Jamaïcains. C’est là que vous avez développé votre fast-style?

Au milieu des années 80, on avait 16-17 ans, et presque tous quitté l’école… On ne se sentait pas Anglais, la radio ne passait que de la pop, on s’emmerdait… Jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle vague jamaïcaine, les Yardies. Beaucoup ne retiennent d’eux que les problèmes liés au trafic de crack, moi je retiens le bon côté des choses. Ils nous ont influencés car ils avaient du style, Clarks aux pieds et béret Kangol sur la tête, ils avaient les plus belles filles, la meilleure herbe, et leur vibe musicale était unique. En ces temps-là, le fast style de Papa San et Lieutenant Stitchie cartonnait en Jamaïque. On s’est vite engouffrés dedans, Daddy Freddy, Tippa Irie et plein d’autres. J’ai vite assuré, pour la simple et bonne raison que je parle naturellement vite, ce style était fait pour moi.

Et le hiccup style, cette manière de chanter avec le hoquet, d’où tenez-vous ça ?

Avec mes potes, on s’enregistrait souvent sur cassette. Un jour j’ai bafouillé en enregistrant… En repassant la cassette, on a tiqué là dessus, on tenait quelque chose ! Au fur et à mesure, j’ai continué d’exagérer encore et encore, jusqu’à ce que ça sonne vraiment comme un hoquet.

Peu de gens connaissent la première version reggae d’“Incredible”…

On l’a sortie un peu avant avec Fashion Records. Ce titre s’était déjà classé dans les charts reggae britanniques d’ailleurs… Je savais que c’était un bon morceau, et quand M Beat m’a approché, je l’ai refait en le fusionnant avec le titre “Mad dem”.

Aviez-vous déjà entendu parler de jungle avant M Beat?

Avec ma copine de l’époque , qui habitait à Bow Road, East London, dans le même bâtiment que Dizzee Rascal, qu’on gardait de temps de temps quand il était tout môme ! Là bas, c’était différent de chez nous, les noirs n’étaient pas nécessairement Jamaïcains, la majorité du quartier était Cockney [ndlr : populations blanches originaires de Londres, particulièrement de l’Est de la ville], un terrain plus propice à la fusion, même si, honnêtement, au début je ne les prenais pas au sérieux. Ils avaient certains codes, avec les tapes etc… Mais je venais d’un quartier jamaïcain, c’était trop disco, trop anglais pour moi. Jusqu’à ce que ma copine me fasse écouter cette cassette où un DJ passait un remix jungle de mon titre “heat”. Ce DJ, c’était M Beat. Elle et lui se connaissaient car ils avaient été à l’école ensemble. Il m’a fait parvenir son numéro, et de l’autre côté Fashion Records avait aussi déniché son contact, ça devait arriver.

Et vous l’avez appelé.

M Beat m’a dit de me pointer à Renk Records, on a un peu papoté puis on a fait une démo… Quelques minutes après, on filait enregistrer dans un vrai studio ! Je ne me suis pas pris la tête, j’étais dans le même état d’esprit que quand on fait des dubplates, one shot, en mettant l’accent sur l’intensité plus que sur la prise parfaite, en mode freestyle. Ce côté relax a fait toute la différence.

Ce gimmick d’ introduction vous est venu comment ?

Je ne l’ai pas chanté comme tel ! J’avais une intro qui faisait : « Well big up ! All original junglist massive ! ». Saluons M Beat pour avoir samplé le « wicked » dans un couplet, et le « junglist massive » dans l’intro, une idée de génie.

Sentiez-vous que ce serait un hit ?

Complètement. Il y avait déjà des titres jungle avec des samples vocaux, mais capturer une vraie performance vocale sur une telle production a apporté une énergie inédite pour l’époque. C’était tellement novateur, j’étais certain que ça cartonnerait.

Certains puristes du reggae n’ont pas dû être tendres avec vous…

Certains m’ont carrément dit de ne pas le faire !

Et dans le milieu jungle ?

Pour certains junglists qui vivaient 24h/24 pour cette musique il a été très difficile d’accepter le fait qu’un gars du reggae capte leur musique, l’amène à un autre niveau et finisse à Top of the Pops. J’ai été l’évolution malgré moi… Et l’évolution est parfois dure à accepter. Certains voulaient que la jungle reste à base de samples, mais au final c’est toujours le public qui décide ! Ce succès a été bénéfique pour tout le monde, ça mettait en lumière nos scènes respectives et tout le monde pouvait manger. Je témoignerai toujours du respect aux fondateurs de la scène jungle.

Réalisez-vous que la plupart des gens ont découvert la jungle avec ce titre ?

Complètement, MTV passait le clip en boucle et des millions de personnes l’ont découvert ainsi… Ce qui me surprendra toujours avec cette chanson, c’est que ce phénomène s’est reproduit plusieurs fois à travers le temps, quand elle est apparue dans le film Ali G, dans des publicités, à chaque fois des nouvelles générations se sont greffés au mouvement, c’est vraiment… “incredible” !

La vidéo d’“Incredible” tournée dans le studio de BBC Radio 1 avec Dizzee Rascal et d’autres ténors du grime est l’illustration parfaite de votre impact sur les générations suivantes.

Pour moi, cela restera un moment culte dans l’histoire de la musique UK urbaine. Deux générations ensemble. Ces jeunes sont les poids lourds d’aujourd’hui, et le respect qu’ils m’ont témoigné ce soir là m’a à la fois touché et permis de réaffirmer mon statut dans la musique. Big up à eux.

Seule date du “25 Years Of Incredible” en métropole, le légendaire General Levy est invité à fêter les 20 ans du crew Demolisha Deejayz le 6 décembre prochain. Toutes les informations sont à retrouver sur la page Facebook de l’événement.

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