En confinement chez Ivan Smagghe : jazz, Marguerite Duras et cantine turque

Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©D.R
Le 05.05.2020, à 14h44
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Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©D.R
La période de confinement est moins anxiogène avec un peu de lecture, pas mal de musique et de quoi nourrir notre imagination. Dans cette série d’interviews, Trax est allé à la rencontre virtuelle de musiciens et musiciennes confiné·e·s pour leur demander quelques recommandations culturelles. Depuis Londres, le DJ et journaliste musical Ivan Smagghe a quelques recommandations pour poursuivre son confinement en musique.

Où êtes-vous confiné ?

Je suis chez moi, à Londres, où j’habite depuis 15 ans. Avec mes chats et mes livres. On a la chance d’avoir une maison, un balcon au soleil, un jardin même, cela rend le confinement plus “supportable”.

Comment cette période de confinement change-t-elle votre rapport à la musique ?

Faire de la musique et en écouter ou en proposer, sont des activités bien distinctes. Ce que je vois surtout de prime abord c’est une course au contenu. Comme si beaucoup avaient peur qu’on les oublie donc il leur faut tout publier, tout dire, tout sortir. Je ne suis pas certain que cette inflation générale soit bénéfique mais mon avis importe peu. Il y a aussi une inflation de l’offre (playlist, mixes etc), je ne m’y intéresse que de loin et je continue à écouter de la même manière qu’avant. Pour ce qui est de faire de la musique, les choses sont un peu chamboulées quand on partage un lieu. J’ai commencé une collaboration à distance avec Autarkic, ce qui est assez plaisant en fait.

Quel est le dernier disque que vous avez écouté ?

The American Analog Set, Waking up is hard to do.

Quels sont les disques que vous avez envie de réécouter ? 

J’écoute surtout des vieux trucs de réconforts et qui me rappellent des moments, des histoires. Il y a des disques et des artistes qui m’ont accompagné toute ma vie ou presque. Je pense au Koln Concert de Keith Jarret que mes parents écoutaient et que j’écoute toujours, ou Satie aussi.

Il y a des disques que j’avais oublié et que je redécouvre, comme Undercurrent de Bill Evans, par exemple.

Des découvertes via des playlists Spotify aussi. Je pense notamment aux playlists du label australien Efficient Space qui sont assez incroyables.

Quelle est la dernière vidéo que vous avez regardée ?

Je ne regarde pas vraiment de vidéos. Ah si, les teasers pour la compilation I’m a Cliché réalisés par Marco dos Santos. Il va d’ailleurs réaliser la vidéo pour l’edit de Manfredas du “A Place To Fear” de Art P que nous allons enfin sortir.

Quels sont les films que vous voulez revoir ?

J’en regarde beaucoup en temps normal donc j’ai une pile assez conséquente de films à voir. Je finis une intégrale Christian Petzold et j’ai revu une copie restaurée du film d’Alain Jessua, Les Chiens, j’ai découvert Ludwig II de Kausner aussi. Je regarde assez peu la télé mais beaucoup le cinéma, même sur petit écran.

Que lisez-vous ?

C’est un peu la même histoire que pour les films. Je lis Black List – Section H de Francis Stuart. Et si j’ai une recommandation? Les romans de Marguerite Duras, première période (44-56)

Que comptez-vous faire pendant cette période d’isolement que vous ne pouviez pas faire habituellement ?

Je vais courir, ce que ne fais pas assez de manière régulière d’habitude. À part ça, mon emploi du temps n’est que modérément modifié par le confinement. Outre le boulot du week-end, c’est surtout le rythme qui change.

Qu’est-ce qui vous manque le plus ?

Aller au restaurant. Je me demande comment certains petits restaurant – je pense à Casa Fofo, au bout de ma rue – vont survivre. Ils essaient, ça n’est pas facile. Ma cantine turque et mon boulanger sont sûrement ceux qui me manquent le plus. Sinon, évidemment, ne plus pouvoir travailler sur Smagghe & Cross (un projet à deux) est ennuyeux.

Qu’espérez-vous voir changer dans la société à l’issue de cette pandémie ?

Il est bien trop tôt pour se prononcer. On espère un changement, bien sur. Mais il ne faut pas sous-estimer la faculté d’adaptation du capitalisme, ni verser dans un optimisme béat un peu malthusien.

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