Intervention de CRS à Mains d’Œuvres : “Nous n’envisagions pas une expulsion aussi violente”

Écrit par Jean Gueguen
Photo de couverture : ©LP/H.H.
Le 08.10.2019, à 18h56
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Écrit par Jean Gueguen
Photo de couverture : ©LP/H.H.
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Ce mardi 8 octobre, l’association Mains d’Œuvres a été expulsée ce de ses locaux de Saint-Ouen par les forces de l’ordre. Ordonnée par le maire William Delannoy (UDI), cette expulsion “surprise” interrompt le processus de dialogue souhaité par l’association.

Entamées depuis l’annonce, en 2014, d’un projet de conservatoire dans le local de Mains d’Œuvres à Saint-Ouen, les discussions entre la mairie et l’association ont été brutalement interrompues ce matin par l’arrivée de 25 camions de CRS qui ont procédé à l’évacuation forcée et à la scellée du site. Celui-ci accueillait depuis 2001 un grand nombre d’activités culturelles, y compris une école de musique.

Dans un communiqué envoyé peu avant midi, la Ville de Saint-Ouen explique cette expulsion soudaine par l’occupation du lieu « sans droit ni titre par l’association depuis le 31 décembre 2017 ». Selon la mairie, l’association a été « condamnée à quitter les lieux par le jugement rendu le 2 juillet 2019 ». Interrogée par Trax, la directrice de Mains d’Œuvres Juliette Bompoint n’en revient pas : « On a fait appel de cette décision, et une autre audience était prévue en décembre. Vu les autres urgences en ce moment à Saint-Ouen, on n’envisageait pas une expulsion aussi violente ».

Pour le maire M. Delannoy, Mains d’Œuvres « a retardé de deux ans l’ouverture du nouveau conservatoire municipal », précise le communiqué, et « a continué à exploiter en toute illégalité les locaux appartenant à la ville (…) [ce qui] a pesé sur le budget de la ville et donc sur les impôts des Audoniens ». Un argument que n’entend pas Juliette Bompoint. « On soutient évidemment le projet de conservatoire, mais cela n’a aucun sens de détruire un lieu culturel pour en créer un nouveau. De plus, les délibérations de l’audience prétendaient que le projet était très avancé, alors que rien n’a été voté en conseil municipal, ni budget ni projet. Pas suffisamment en tout cas pour décider de notre expulsion. Le maire l’a décidée autoritairement dans le cadre de sa campagne électorale ». Une décision d’autant plus difficile pour la direction que, dit-elle, une commission de sécurité en février a confirmé que le bâtiment était aux normes pour accueillir les 300 événements, 250 résidents et 40 000 personnes chaque année.

L’immanquable argument des nuisances pour les riverains est aussi évoqué par la mairie. Selon Juliette Bompoint, « c’est un sujet compliqué, comme pour tout lieu de culture, mais on est très vigilants là-dessus. On invite régulièrement les voisins à rejoindre l’association, à participer aux projets, on met en place des dispositifs de chuteurs… Il y a une personne qui se plaint dans le voisinage, toujours la même, les autres soutiennent globalement le projet. Notre pétition de 2017 avait dépassé les 20 000 signatures. On est sur une action concrète. C’est un lieu artistique et culturel indépendant qui existe depuis 20 ans, et qui en a inspiré beaucoup d’autres, il n’y a rien de sauvage là-dedans ».

Quant à la question de déménager l’ancien conservatoire du château de Saint-Ouen, qui ne serait plus adapté au « développement des pratiques d’enseignement artistique » de la ville, pour en faire un musée d’État, Mme Bompoint est claire. « C’est une question de priorité, et je ne suis pas sûre que c’est ce qu’attendent les habitants de Saint-Ouen. Notre lieu a vocation à rassembler toute la ville, c’est un lieu pour tout le monde. Le maire est tout seul, il fait preuve de force, mais sans être soutenu, hier six membres de son conseil municipal ont démissionné ». Un récent article du Parisien soulignait d’ailleurs la création d’une école de musique à Mains d’Oeuvres pour subvenir aux demandes des habitants, ainsi que la proposition de l’association de faire oeuvre commune avec la mairie pour répondre à ces besoins.

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