Internet peut-il résister à l’explosion de son traffic ?

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Erik McLean
Le 29.04.2020, à 17h22
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©Erik McLean
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Erik McLean
C’est une des questions que tout le monde se pose depuis que le confinement a été décrété un peu partout sur la planète, suite à la pandémie de Covid-19. Internet peut-il résister à une explosion de son trafic ?

Cet article est initialement paru en avril 2020 dans le numéro hors-série numérique de Trax Magazine, disponible en version numérique et en pré-commande papier à prix libre sur le store en ligne.

Fin mars, sur les marchés boursiers du monde entier, au milieu de l’effondrement général de presque toutes les entreprises, l’action de Netflix s’envolait sans que rien ne semble pouvoir l’arrêter. Avec une capitalisation boursière dépassant désormais les 150 milliards de dollars, le géant du streaming s’est même permis un luxe qui témoigne d’une réelle redistribution des cartes, celui de dépasser désormais en bourse le mastodonte Disney. De toute évidence, l’Homo Confinus n’aime rien tant que se lover dans les bras de son canapé tout en laissant défiler des épisodes d’une série ou des morceaux de musique. Mais quand plus de la moitié des 7,7 milliards d’habitants de la planète est mise au repos, c’est toute la toile qui panique. Certains signes laissent effectivement penser qu’il y a lieu de s’inquiéter.

Au milieu du mois de février, alors que la Chine avait annoncé des mesures de quarantaine pour certaines de ses plus grandes villes, les internautes coincés devant iQiyi – la plus grosse plateforme chinoise de streaming vidéo avec environ 100 millions d’abonnés – ont eu la mauvaise surprise de se retrouver soudainement face à un écran noir. «  Je regardais le dernier épisode de Someday or One Day (un drame sentimental taïwanais, ndlr) tout en pleurant comme un bébé et d’un seul coup iQiyi a planté  », déplore une jeune Chinoise sur Weibo, le Twitter local qui a vite vu exploser le hashtag #iQiyiCollapse.

Pour éviter ce genre de crash, les plateformes de streaming européennes et américaines ont dû prendre des décisions drastiques, poussées par des gouvernements qui, comme ce fut le cas en France, ont appelé les internautes «  à éviter la lecture de vidéos en très haute définition, à privilégier les connexions fixes plutôt que les réseaux mobiles et à favoriser les téléchargements anticipés des vidéos pendant les heures creuses plutôt qu’une lecture en streaming.  » Autrement dit, notre bande passante a elle aussi un coup de fièvre. Netflix vient d’annoncer vouloir limiter ses flux en compressant au maximum ses vidéos tandis que YouTube a précisé qu’en Europe, ses contenus seraient désormais proposés par défaut dans une définition  standard plutôt qu’en haute définition.

Pas de quoi stopper la demande qui ne cesse d’augmenter depuis le début du confinement, à tel point qu’un pic à 9,1 térabits par seconde a été récemment atteint, comme l’a précisé DE-CIX, un des principaux carrefours du trafic Internet mondial. Un chiffre record qui correspond à l’équivalent de deux milliards de pages A4 téléchargées chaque seconde, ou encore au lancement de deux millions de vidéos en haute définition. Mais rien n’y fait. Les fournisseurs d’accès Internet martèlent encore triomphalement qu’ils sont en capacité de gérer n’importe quel volume de données. Les experts semblent pourtant moins confiants.

Dans un tweet du 20 mars, l’Américaine Jessica Rosenworcel, membre de la Federal Communications Commission (FCC) chargée de réguler les télécommunications sur Internet aux États-Unis, écrivait  : «  Le FCC doit faire un rapport quotidien de l’état de nos réseaux de communication. C’est ce que nous faisons lors des crises comme les ouragans ou les pannes de courant. Et il faut le faire aujourd’hui. Car ce sont sur ces réseaux que nous comptons pour avoir un semblant de vie moderne.  » Autrement dit, si Internet a pour l’instant réussi à assouvir notre soif de musique, de séries et de vidéos en ligne, rien ne nous garantit que demain, en lançant le dernier épisode de Better Call Saul, vous ne ferez pas disjoncter la planète entière.

Trax hors-série numérique, avril 2020

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