Mais pourquoi tout le monde veut son propre filtre Instagram ?

Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Arno Partissimo
Le 14.10.2020, à 15h02
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©Arno Partissimo
Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Arno Partissimo
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Décidément, 2020 est l’année de tous les possibles. Créer son propre filtre Instagram n’a jamais été aussi facile. Oui, tous les influenceurs les plus créatif.ve.s le diront, transformer sa tête en claquette-chaussette est désormais à la portée de n’importe qui. Pour l’occasion Trax a créé ses propres filtres en partenariat avec Opel. Tour d’horizon de cette véritable “face filter” culture.

À l’occasion de la sortie du nouvel Opel Mokka, un véhicule qui change les codes et revisite les notions de design, Trax a demandé à Arno Partissimo, Barbara Malewicz et le Studio Golgotha de concocter chacun un filtre Instagram. Et pas n’importe lequel ! Opel a dessiné un avant de voiture unique en son genre : l’Opel Vizor. La calandre, les phares et le logo sont intégrés dans un seul module, évoquant la visière de protection d’un casque intégral. C’est donc ce Vizor au design futuriste que les trois artistes exploitent sous forme de lunettes de soleil. Pour découvrir leur processus de création, rendez-vous sur les pages Facebook et Instagram de Trax Magazine.

Ce jeudi 12 novembre, c’est au tour d’Arno Partissimo de nous raconter les coulisses de création de son filtre. Passionné d’images, de nouvelles technologies et poète dans l’âme, à force de créer sans cesse, Arno Partissimo réunit aujourd’hui des centaines de milliers de personnes. À tel point que ses filtres ont déjà été utilisés 5 millards de fois dans le monde. Dernier exemple en date de son succès : Victoria Beckham herself a utilisé son filtre “Which Walt Disney are you ?”.

Le mois dernier, c’est Barbara Malewicz qui avait ouvert le bal en dévoilant dans une première vidéo son filtre à lunettes dément. Véritable papesse de la tech, elle révolutionne l’art du design avec goût et passion. Lorsqu’elle n’a pas sa casquette de rédactrice en chef du média Wad, elle crée des filtres Instagram qui nous font voyager dans son univers futuriste et désabusé. Sa vidéo est par ailleurs toujours visionnable juste ici :

Pas besoin d’être un As de la 3D…

Spark AR. Ce nom de potentiel vaisseau spatial ne vous dit probablement rien. Et pourtant, chaque année, 1 milliard de personnes dans le monde utilisent ses fonctionnalités sur Facebook, Instagram et Messenger. Depuis 2019, ce petit bijou de technologie 100% gratuit permet à n’importe qui de créer son propre filtre Instagram. Si jusqu’à l’année dernière il n’était disponible que sous forme bêta et uniquement par invitation, Spark AR est devenu aujourd’hui le joujou de nombreux artistes et designers. Mais surtout, un outil de communication redoutable pour gagner en visibilité.

Avant le confinement, Claude était fleuriste. On pourrait penser que c’est sa réorientation vers le métier de web developer qui l’a poussé à créer son propre filtre Instagram. Que nenni. « C’est parti plus ou moins d’une blague. Étant une drag queen, on voit souvent nos make-up réappropriés par d’autres performeur.euses en manque d’inspiration. C’est ce qui s’est passé pour une copine du collectif Lyonnais Dragones dont je fais partie. Elle s’est fait voler son make-up trait pour trait par une drag queen d’une autre région. Du coup, j’ai décidé de reproduire son maquillage afin de le rendre accessible à tout le monde et de dénoncer le plagiat. J’en avais créé un aussi pour le groupe de musique d’une amie, ça avait eu son petit effet ! Mais bon, c’est un filtre assez spécifique, les gens se lassent vite. J’imagine que les plus utilisés sont ceux avec des déformations du visage ou avec un effet comique. »

©Claude Buisson

Et c’est sans doute vrai. “Retro Cam”, “Milk”, “Breeze”… Si ces filtres sont les plus efficaces pour enjoliver ses stories, Instagram met sa communauté en émoi avec ses créations qui déforment le visage ou ajoutent des accessoires. Et ça, Lili-Jeanne l’a bien compris. Attachée de production pour le festival OVNI, la niçoise adore tester de nouveaux médiums et espaces de création. «J’avais envie de transformer le visage en claquette de piscine. J’ai appris petit à petit à utiliser le logiciel grâce aux tutos YouTube. Même si je me suis perfectionnée, j’ai toujours fait à l’arrache dans mon processus de création, c’est vraiment du bricolage. Avec le temps je me suis améliorée dans la programmation mais je n’ai jamais changé de méthode. »

Au final, la claquette de Lili-Jeanne finit par marcher. « Roméo Elvis a essayé mon premier filtre claquette OM/JUL . Du coup, il a dépassé le million d’utilisations et il y a même eu un article sur Konbini Sport. » Au bout de quelques temps, la designeuse en herbe gagne confiance et fait d’autres filtres claquettes. « J’ai voulu me diversifier et faire des filtres qui me plaisent… mais qui plaisent moins à Instagram  ! Celui qui a trop bien marché c’est “30 la bûche”, un effet qui transforme ton visage en morceau de shit dans un pochon. Pendant le confinement, c’était un algorithme qui régulait la validation des filtres en amont de leur publication. J’ai donc pu le faire passer, mais il a été supprimé au bout d’un mois. Suite à cette suppression, on a décidé avec un autre créateur de filtres de faire un compte Instagram spécifique pour les filtres interdits, @darkodeepfilter. Une sorte de dark net du filtre où il faut envoyer un DM pour recevoir le lien d’essai. »

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… mais un peu quand même

Logiciel gratuit, tutos YouTube, lien d’essais en soum-soum… Ça se confirme, le filtre Instagram se démocratise. La raison principale : la simplicité du logiciel Spark AR. « Tout le monde peut le faire », estime Lili-Jeanne. « À condition d’avoir un téléphone qui se connecte à son ordinateur et du matériel compatible avec le logiciel ». « Et surtout être très curieux », prévient Arno Partissimo, photographe et vidéaste. « Il faut beaucoup de cordes à son arc pour pouvoir créer un filtre seul de A à Z. Il faut parfois pouvoir coder, modéliser en 3D, gérer Photoshop, After Effect, car même s’il y a de plus en plus de tutos sur YouTube, tu dois souvent te débrouiller. » Claude aka Mimie Sizzle valide : « les ressources en documentation ne sont pas très nombreuses pour l’instant. Il manque des tips pour orienter les bons usages et des exemples pratiques. Le plus souvent, on les trouve sur YouTube, mais certaines manips 3D ne sont pas à la portée de tous.tes. »

Et s’il y a bien une bande qui connaît ces manipulations et qui en a même fait son métier, c’est le Studio Golgotha. Après que Barbara a dévoilé un premier filtre, le trio créatif s’est à son tour prêté au jeu pour nous livrer ses secrets. Studio de design basé à Paris, il a été fondé en 2013 par Guillaume Hugon, Marvin de Deus Ganhitas et Antoine Aillot. Son approche transversale repose sur le large spectre de compétences de la team : direction artistique, design graphique, production de vidéo, animation 3D, scénographie et illustration, pour n’en citer que quelques unes. En s’inspirant simultanément des block-busters américains, des mangas japonais, des jeux vidéos et de l’art digital, le Studio Golgotha a développé une identité graphique unique qui peut se résumer en un mot : épique.

 
 
 
 
 
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Pour Arno , maitriser la 3D est clairement un plus. C’est même une compétence qui permettrait de gagner en visibilité sur les réseaux sociaux : « La création de filtres m’a permis de booster mon compte Instagram. On est plus de 600 000, c’est fou ! », se réjouit Arno. « Et surtout, j’ai la chance de pouvoir voyager un peu partout pour travailler avec certaines des plus grosses marques au monde. J’ai décuplé la visibilité de mon compte Instagram donc beaucoup de personnes ont découvert mon travail. Ce qui est génial, c’est qu’ils.elles viennent la première fois pour les filtres mais au final, restent et s’abonnent pour tout ce que je propose sur mon compte : photo de voyage, lifestyle, festival, vidéos, etc. »

Ainsi, quid de la démocratisation du filtre Instagram ? S’il permet aux plus curieux.euses de développer leur créativité, il est devenu sans conteste un outil imparable pour développer sa communauté digitale. Beau, drôle ou étrange Il fascine toute une génération qui sait définitivement s’adapter aux nouvelles technologies. Et toujours avec brio.

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