Hier soir, le Rex reprenait vie

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©David Boschet
Le 24.09.2021, à 14h14
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©David Boschet
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Après dix-huit mois de fermeture, le Rex Club de Paris rouvrait ses portes hier soir dans une ambiance libératrice. L’occasion de dresser un bilan de cette période difficile et de comprendre les difficultés à venir. Car si la musique retentit de nouveau, il faudra encore un peu de temps pour retrouver une sérénité financière et psychologique totale.

Par Brice Miclet

23h57 jeudi soir. Le Rex est encore vide, mais l’excitation est bien là. Cela fait dix-huit mois que le staff de l’antre des musiques électroniques parisien attendait ce moment. C’est long, très long. Alors, quand les premiers visiteurs du soir descendent l’escalier rouge qui sert d’entrée, les accolades fusent, les sourires sont épinglés aux oreilles. « C’est beau de voir ce lieu revivre », avoue Joel, préposé aux toilettes et personnage emblématique du club. Il est toujours là, prêt à amuser la file d’attente avec ses frasques. Car rien n’a changé en un an et demi. Les équipes du Rex ont fait le choix de ne pas entamer de travaux pendant la pandémie. Il est resté dans son jus, intact, et c’est peut-être mieux finalement. L’effet retour au bercail n’en est que plus fort. D’autant que ce sont les résidents du lieu qui sont mis à l’honneur, Mézigue et Mad Rey. Mais celle qui ouvre, celle qui a la charge de dépoussiérer le meilleur sound system de la capitale, c’est Louise Lavi. Avec un set breaké et lourd, parsemé de surprises comme un remix de “R9R-Line” de Laylow et Damso.

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« On ne pouvait plus attendre »

L’ambiance est à la libération. Il faut dire que les équipes des établissements de nuit ont morflé pendant la pandémie. « Le moral était au plus bas », concède le directeur Fabrice Gadeau. « On a quand même tous fait des mini-dépressions. On a perdu des gens en route, des employés qui n’ont pas voulu ou pas pu attendre, qui ont changé de métier. Et je les comprends. » Les aides de l’état ont sauvé les emplois, mais pas la santé mentale de tout le monde. Mais parce que le Rex n’appartient à personne d’autre qu’à lui-même, qu’il est propriétaire de ses murs, l’impact financier de la crise a été moins rude que chez d’autres. « C’est juste, mais on s’en sort. »

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Il y a deux types de personnes dans les clubs : ceux qui s’élancent tout de suite sur le dancefloor, et ceux qui filent direct au bar. Ce soir, le bar se remplit franchement vite. Parce que public est venu danser, certes, mais surtout parce qu’il se retrouve, que les habitués reconnectent. Il y a la queue pour se prendre en photo devant le fameux panneau lumineux flanqué des trois lettres du lieu. On se demanderait presque pourquoi le Rex a attendu si longtemps pour remettre le couvert alors que d’autres établissements ont repris dès le 9 juillet. Mais Fabrice Gadeau a l’explication. « Le gouvernement impose une jauge à 75 % jusqu’à nouvel ordre. Et il est très difficile pour nous d’être rentable de cette manière. On a attendu en espérant qu’on pourrait reprendre à 100 %, mais ça n’a pas été possible. Et on ne pouvait plus attendre, il fallait rouvrir. On va péniblement rentrer dans nos frais pendant quelque temps, mais on retrouve la joie de vivre et de travailler. » C’est primordial.

Un bon casse-tête

Et puis, l’avantage d’être dans les derniers, c’est que le public est habitué au passe sanitaire. La mise en place des nouvelles règles est plus aisée que pour ceux qui ont repris plus tôt. « Ça devient de plus en plus facile à mettre en place », continue Fabrice Gadeau. « On respecte tout cela avec sérieux et précision. On ne va pas risquer des clusters, on ne va pas tout foutre en l’air après une période pareil. » C’est simple, toutes les soirées de cette semaine de réouverture sont sold out. Ça n’est pas le moment de déconner, à l’entrée du club, les consignes sont suivies à la lettre. Il serait dommage de gâcher la reprise, surtout lorsqu’on sait que d’autres établissements, qui programment du jazz ou du rock avec un public plus âgé, peinent parfois grandement à remplir leurs salles.

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Le Rex, lui, a déjà un programme chargé. « On a nos résidents ce soir, uniquement des Français », énumère Antoine Molkhou, le programmateur. « Vendredi c’est soirée 100 % féminine avec le collectif Soeurs Malsaines, samedi 100 % masculine avec le collectif La Mamie’s, et enfin Laurent Garnier et DJ Deep clôturent le dimanche. » Déjà du lourd, en effet. Sachant que rien n’a été donné : « Ça fait plusieurs mois qu’on travaille sur cette programmation. On avait environ cent trente shows à replacer, c’est un sacré casse-tête. Mais un bon casse-tête. Et puis, il y a forcément eu pas mal de soucis avec les artistes étrangers puisque les règles sanitaires entre les pays n’étaient pas les mêmes. » Ajoutez à cela le fait de rouvrir parmi les derniers, alors que beaucoup d’artistes ont déjà calé leurs dates ailleurs, et vous avez effectivement un peu de boulot. Mais de l’avis de chacun, ça fait du bien d’être un peu sous l’eau et de transpirer.

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