[GUIDE DE LA FÊTE EN FRANCE] Sud-Est : Bling-bling & boum-boum

Écrit par Trax Magazine
Le 14.03.2016, à 11h58
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Écrit par Trax Magazine
Saint-Tropez, Juan-les-Pins, Palavas-les-Flots ? Autant de stations balnéaires dont le côté frime ou beauf donne froid dans le dos. Mais le Sud-Est est aussi une terre historique de fêtes qui se perpétuent aujourd’hui en format club, festival ou plage. Article paru dans le Trax#182, Guide de la Fête en France, en mai 2015, par Olivier Kerdudo et Sylvain Di Cristo.


Flash-back sur nos vacances passées sur la côte : cagoles et kékés, ambiance féria ou bling-bling, saxo live ou vieille compilation lounge… Pas de quoi faire rêver le lecteur de Trax qui ne jure que par Berlin ou Londres ! Mais certains clubs à taille humaine et à la programmation inspirée tordent le cou aux clichés, soutenus par des publics enthousiastes et exigeants, tout comme des DJ’s et des organisateurs portés par l’enthousiasme de la jeunesse ou formés par des années de galères. Des galères qui sont encore d’actualité ici et là, alimentées par une classe politique passablement rétrograde. Bienvenue dans le Sud !

Crédit Photo : Tohu Bohu

In the beginning there was Jack

Un coup d’œil sur les agendas des éditions vintage du magazine Coda confirme que la scène du Sud-Est a une histoire qui remonte aux débuts de la techno, sur la Côte d’Azur avec les teufs Limelight Pyramid, puis à Montpellier avec les Pingouins du festival Boréalis et à Marseille avec les soirées Euphoria… Pour expliquer ce dynamisme précoce, on peut évoquer l’excitation créée par ce nouveau mouvement, l’activisme de la communauté gay d’alors, l’influence des Spiral Tribe en exil dans la région, la proximité de l’Italie et de Rimini (l’Ibiza de l’époque) ou encore l’activisme des DJ’s Jack de Marseille ou Mozart. Ce dernier, toujours heureux organisateur des Limelight au Gotha à Cannes, nous raconte la fête de référence à l’époque, la Palestre au Cannet en 1992 : “C’était une folie ! Pas d’Internet, on communiquait avec des flyers et le bouche-à-oreille, on bookait des DJ’s encore inconnus comme Liza N’Eliaz et on rassemblait 5 000 personnes déguisées et déchaînées !” Parmi les premières raves officielles en France, la Palestre a embrigadé toute une génération de teufeurs dont beaucoup de futurs artistes et organisateurs.

Le Barathym, Toulon

Plus de vingt ans après, adoptée par le grand public, la musique électronique est partout : bars, clubs, festivals. Mais les mairies ont toujours un train de retard, ce qui donne lieu à des dialogues de sourds entre les organisateurs et des pouvoirs publics acquis à un électorat de retraités. Marsatac en fait les frais, obligé de négocier un lieu à chaque édition pour accueillir ses 30 000 spectateurs. Depuis des années, le festival marseillais lorgne les plages du Prado. Peine perdue, le spot semble réservé ad vitam æternam aux événements mi-festifs mi-sportifs soutenus par de juteux sponsors, une formule moins effrayante au vu des luxueuses villas nichées près de la Corniche… Deux cents kilomètres plus loin, à Cannes, les Plages électroniques réunissent pourtant plus de 10 000 personnes sur le sable et le Palais des Festivals accueille le festival Pantiero. Mais hors-saison, qu’il est dur de clubber…

Les plages électroniques 2014 / ©Lionel Bouffier
Les plages électroniques 2014 / ©Lionel Bouffier

Crédit Photo : DR

Le cas marseillais

À Marseille, au moins, il y a La Dame Noir, près du Vieux Port. Le bar/club/label distille une électro-pop noire, downtempo, lancinante et terriblement groovy tout au long de l’année, mais est un peu isolé dans une ville pas réputée pour sa vie nocturne, comme l’avait pointé le socialiste Patrick Menucci, candidat malheureux à la mairie : “Marseille, c’est Barcelone le jour, Barcelonnette la nuit.” Dans un contexte de baisse des subventions et d’inflation des cachets, les bras de fer entre orgas et édiles finissent par user voire tuer certains festivals, comme Aires Libres, asphyxié malgré ses atouts (gratuit, écolo et ouvert au jeune public). Mais les perspectives ne sont pas complètement sinistres. Côté lieux, si les plages sont imprenables, les organisateurs investissent des bateaux mais aussi des rooftops comme la Friche la Belle de Mai et Les Jardins suspendus, de nouveaux spots où l’on danse le nez dans les nuages… Une nouvelle génération de responsables de lieux parle le même langage que les acteurs de la scène électronique, car ils en sont eux-mêmes issus. Des collectifs frais comme le Mistral apparaissent et avec eux un public régénéré, des concepts et des sons novateurs.

Dans la cité phocéenne, une génération de vingtenaires monte en puissance : passionnés, souvent dotés d’un bon cursus en management culturel, communication ou marketing, ils n’ont aucun complexe en terme de business ou de propositions artistiques. Les plus ambitieux créent une SARL, démarchent des sponsors et montent un projet d’envergure : c’est le cas de WeArt qui, en cinq ans, s’est affirmée comme une structure de référence grâce à des événements énormes (We Are Together et ses 13 000 spectateurs en 2012), auxquelles s’ajoutent d’autres soirées au Spartacus Club ou à la Friche de la Belle de Mai, ainsi qu’une boîte de booking, Dancecode. D’autres se sont montrés tout aussi ambitieux mais moins réalistes, comme le festival Get A Kool, en 2013 au Dock des Suds. Un échec qui a laissé aux artistes et à leurs agents une image déplorable de la scène locale. Des prises de risques qui démontrent un changement de modèle économique par rapport à la génération précédente, plutôt issue d’un modèle associatif reposant en grande partie sur les subventions et le bon vouloir des pouvoirs publics, pas vraiment des partenaires fiables, comme on l’a vu…

Crédit Photo : DR

En tout cas, ces nouveaux activistes, revenus de Berlin et d’Ibiza les étoiles plein les yeux, osent des choses, comme la bande de passionnés derrière le festival de Cargèse, transformant chaque été un petit village corse en rendez-vous de clubbeurs. Preuve que la musique électronique s’implante même dans les endroits les plus reculés.

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