Fête sauvage à Redon : Pourquoi les images de la saisie du matériel sont-elles si problématiques ?

Photo de couverture : ©DR
Le 21.06.2021, à 16h40
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Tables de mixage explosées, enceintes éventrées, coups de hache, masse, matraque… Les images de l’évacuation de la fête de Redon ont été relayées des milliers de fois sur les réseaux sociaux, suscitant l’indignation et la colère.

Ce week-end, la violente évacuation de la fête illégale organisée en hommage à Steve Maia Caniço et rassemblant jusqu’à 1500 personnes (selon la Préfecture) sur l’hippodrome de Redon (Ille-et-Vilaine) a fait l’objet d’un bon nombre de photos, vidéos et stories devenues virales. Après des heures de tensions et d’affrontement entre les forces de l’ordre et les fêtards, au cours desquelles un jeune homme a notamment perdu sa main, une dernière opération visant à cesser définitivement les festivités a été lancée par les gendarmes, qui ont saisi et détruit le matériel sonore. Selon Ouest France, l’un des organisateurs estime le préjudice matériel à plus de 100 000 euros.

Ce sont les images de cette intervention qui ont fait, en très peu de temps, le tour d’Internet. Plusieurs vidéos montrent en effet des gendarmes brisant les tables de mixages et les sound-systems à coups de tonfa, de hache et de masse, sous les yeux ébahis et les commentaires excédés des fêtards. Selon des médias régionaux comme Ouest France, « un extincteur a [également] été vidé dans un générateur et des coups ont été donnés sur les façades de son ». Présente sur les lieux, Emmanuelle nous raconte : « La police s’introduisait dans les camions, qui sont souvent l’habitat des fêtards, et en détruisait l’intérieur. C’était d’une violence inouïe et incompréhensible. »

Sur Twitter, le ministère de l’Intérieur a communiqué sur cette intervention en évoquant une « saisie provisoire des matériels autorisés, notamment les appareils de sonorisation ». Lors d’un rapide point presse suivant ces événements, le préfet d’Ille-et-Vilaine s’est quant à lui félicité de la fin de la fête et a assuré avoir « neutralisé le son », avant d’annoncer que tout s’était déroulé « sans anicroche », comme le rapporte France 3 Bretagne. Sur les photos accompagnant le post du ministère de l’Intérieur, on constate pourtant que le matériel saisi « provisoirement » est gravement endommagé et hors d’état de marche.

Un décalage rageant

Le décalage entre la communication du gouvernement et la violence de ces images de dégradation volontaire est assourdissant, et la réponse apportée par les forces de l’ordre et la Préfecture face à l’organisation de cette fête libre semble démesurée et non nécessaire. Un usage de la force à ce point gratuit et injustifié donne à cette intervention des airs de représailles et d’acharnement. « Ils étaient animés par la colère et ont détruit le matériel, en dehors de tout cadre légal », estime le président de l’association Média’son à Ouest France. « Car c’est un procès qui doit décider du devenir du matériel, quand celui-ci a été saisi. »

Les photos du matériel confisqué, publiées comme on exhiberait une saisie de stupéfiants pour se féliciter du retour à l’ordre, sont choquantes car elles criminalisent de façon disproportionnée les organisateurs et participants d’un événement qui se voulait pacifiste, bien qu’hors du cadre légal. Outre la violence de cet acte, c’est la fierté avec laquelle les forces de l’ordre ont revendiqué une telle répression qui dérange. Dans quel autre contexte que celui d’un régime autoritaire et abusif pourrait-on transposer de tels gestes à des instruments de musique plus conventionnels ? Est-on capables d’imaginer des gendarmes fracasser à coups de matraque ou de masse un piano ou un violoncelle, quand bien même leur propriétaire refuserait d’arrêter d’en jouer ? Aujourd’hui en France, c’est impensable. Ce qui s’est passé à Redon ce week-end est incompréhensible.

Si l’on connait les antécédents des rapports houleux entre l’institution et le mouvement des cultures électroniques et festives, force est de reconnaître que la situation se rigidifie et que le dialogue est de moins en moins aisé. L’invitation d’artistes électroniques à l’Elysée pour la Fête de la musique ce soir sera peut-être l’occasion pour le Président de la République de se prononcer sur ces événements et d’envisager, espérons-le, la mise en place d’une médiation plus pérenne et plus juste.

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