Festivals : qui sont ces petites mains sans qui les concerts ne sonneraient pas pareil ?

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Bee Balogun
Le 23.12.2019, à 09h24
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Jean-Philippe Esnault est ingénieur du son. Natif de Bretagne, il a toujours souhaité travailler aux Trans Musicales et y parvient dans les années 2000. Il revient aujourd’hui, dans le cadre d’un partenariat avec l’ESRA, sur son parcours et ses ambitions.

Quelle est votre formation ? 

J’écoutais énormément de musique étant adolescent, mais malheureusement je ne suis pas très bon musicien, le solfège m’a vite fatigué… Donc j’ai bifurqué vers la technique. J’ai passé mon bac STT en 2000, rien à voir avec le spectacle, puis je me suis dirigé vers un BTS audiovisuel en option son, que j’ai eu en 2002. Un cursus standard, en somme. S’en sont suivis deux mois de stage, qui se sont avérés fondamentaux : je les ai effectué à la société Eurolive, à Rennes. Une révélation. Le tout premier jour, je suis envoyé sur la grande scène d’Art Rock à Saint-Brieuc, j’ai vu plein de choses exceptionnelles, dont un concert d’Henri Salvador. Je me suis senti dans mon univers. 

Intégration facile dans le monde du travail ? 

Oui, mais j’ai aussi la chance d’avoir dans ma famille l’ancien régisseur de Jean-Michel Jarre, qui connaissait beaucoup de gens sur Paris. Il m’a envoyé de sa part dans une société qui s’appelle Magnum. Ça s’est bien passé, ils m’ont gardé, et je travaille avec eux depuis 2002, entre autres. On m’a tout de suite envoyé en Italie faire dix jours de show, et j’ai eu mon statut d’intermittent en 2003. 

Vous avez beaucoup d’employeurs ? 

Si vous saviez… Je dois en avoir une vingtaine dans l’année, je peux travailler pour des boîtes de production françaises ou étrangère – j’ai déjà passé trois mois à l’étranger cette année. Je refuse de faire des tournées, je ne peux pas partir six mois d’affilée. Par contre je fais d’autres choses très différentes, comme par exemple la sonorisation de feux d’artifice au Moyen-Orient, des conventions, des concerts, du théâtre, des plateaux télé… Tout ce qui a un rapport avec la sonorisation en live, ça m’intéresse. Tout sauf du studio, je n’aime pas être enfermé dans une pièce toute la journée. Sachant que mon employeur principal reste Eurolive, installé à Rennes, ma ville, c’est via eux que je travaille pour les Trans, l’un de mes festivals favoris. Il y a aussi le Hellfest, les Vieilles Charrues, Art Rock, Pitchfork…

Les Trans représentent quelque chose de spécial, pour vous ? 

Oui, parce que c’est LE festival rennais pour moi, et en plus c’est déjà ma quinzième édition. C’est un truc qui me tient à cœur, on s’y retrouve avec tous les Rennais, on essaie d’y faire des chouettes trucs, j’aime beaucoup. En plus les groupes sont souvent inconnus, donc il y a de très belles découvertes. 

Concrètement, qu’y faites-vous ? 

Il y a deux postes en son : quand on mixe “en façade”, on mixe le son pour le public ; quand on mixe “en retour”, on mixe pour les musiciens, de façon à ce qu’ils s’entendent. Là, pour les Trans, je mixe tous les groupes en retour, avec un collègue avec qui j’alterne. Dans d’autres festivals, avec des groupes plus connus, on fait souvent ce qu’on appelle de l’accueil, c’est-à-dire qu’on accueille des sonorisateurs qui sont avec les groupes et avec qui ils ont leurs habitudes.

Pour les Trans, discutez-vous avec les groupes en amont ? 

Ça se fait très vite, parce qu’on enchaîne les concerts. Donc en cinq minutes, durant les balances, je dois être capable de saisir l’ambiance du groupe et de comprendre qui veut quoi. S’ils savent ce qu’ils veulent, c’est très facile. S’ils ne savent pas, je propose et on essaie de faire quelque chose de cohérent. Pour certains, c’est la première fois qu’ils font une grosse scène donc il faut les mettre à l’aise. 

Quels sont vos interlocuteurs privilégiés ? 

En amont du festival, mon interlocuteur premier est le régisseur plateau, qui me donne toutes les infos et fiches techniques. Pendant le festival, si je suis au retour, c’est le patcheur, soit la personne qui branche tous les micros. Je dois lui faire confiance pour le positionnement du micro, son oreille…

Pouvez-vous nous décrire le déroulé de votre festival, celui d’un technicien ? 

Le festival commence vraiment le mardi matin qui précède. On va chez Eurolive, au dépôt, on se retrouve avec toute l’équipe technique et on prépare tout le matériel. Le mercredi on est en montage et réglage, le jeudi on attaque les balances avec les premiers groupes, et c’est parti. Et dimanche matin, après le dernier concert, on démonte. Dans le Hall 3, ça se termine à 3 h, et je suis chez moi à 6 h. 

Avez-vous un souvenir des Trans qui sorte particulièrement du lot ? 

En 2005, c’était ma deuxième année des Trans et on accueille le Brian Jonestown Massacre de Anton Newcombe, dans le Hall 4. Il arrive le matin pour faire une balance, il avait pas dormi de la nuit, il était dans un état, disons… très fatigué. Il est de mauvaise humeur, c’est un peu tendu, on se dit que le soir venu ça va être délicat. Et en fait, il est arrivé avec sa nonchalance habituelle et j’ai adoré : c’était hypnotique. À la fin, il vient me voir pour nous remercier du travail effectué, alors qu’a priori ce n’est pas dans ses habitudes. J’ai adoré ! Et puis je me souviens de ce groupe vu au Liberté, Bauchklang : polyphonique, tout fait avec des voix. Génial. La découverte de Mercury Rev, aussi… 

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants ? 

Il n’y a pas de secret : si on veut faire du son, il faut aimer la musique et en écouter. Ne pas hésiter à s’intéresser aux métiers des autres techniciens, ne pas avoir peur de voyager, de bouger, car il n’y a pas toujours suffisamment de travail à Rennes.  

La question de Lucas, étudiant à l’ESRA Rennes

La diffusion WFS (par exemple L-ISA chez L-acoustics) pourrait-elle avoir, selon vous, un intérêt pour la musique électronique ?

On parle là de son immersif ; le L-Isa est un système de diffusion qui permet de différencier les sources sonores. On ne va plus travailler sur de la stéréo, mais sur de la multidiffusion. Jeanne Added tourne comme ça, en ce moment. Moi, je ne trouve pas ça adapté à tous les types de musique, pour le rock ou des choses plus traditionnelles, je ne suis pas pour. Mais pour la musique électronique pourquoi pas, pour faire des effets un peu spatialisés, ça peut être intéressant, c’est une bonne idée.  

Pour marcher dans les pas de Jean-Philippe Esnault : une formation « son » est enseignée à l’ESRA, au sein de ses campus de Paris, Nice, Rennes ou Bruxelles. 

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