Faux numéro de téléphone, langage codé, prévention : comment en finir avec le harcèlement ?

Écrit par Emma Buoncristiani
Photo de couverture : ©Hannah Busing
Le 20.07.2020, à 18h58
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©Hannah Busing
Écrit par Emma Buoncristiani
Photo de couverture : ©Hannah Busing
Marre des mecs relou en soirée qui tannent les filles pour obtenir leur numéro ? Pas de panique, il existe désormais un numéro AH (Anti-Harcèlement) à leur filer, qui en guise de réponse à leur message, leur livrera quelques explications sur ce qu’est le consentement.

Quelle fille n’a pas déjà croisé un mec qui voulait à tout prix son numéro ? Que ce soit en soirée, dans la rue, ou au Monoprix du quartier, toutes les excuses sont bonnes pour ces aguicheurs professionnels. Et bien souvent, ils ne comprennent pas ce que signifie le mot “non”. Pour s’en débarrasser, un numéro AH (Anti-Harcèlement) a été mis en place, le 07 88 90 37 34. En plus du numéro, un compte Snapchat vient également d’être créé : @your_precious. À faire tourner sans modération.

Comment ça marche ?

Aux commandes de ce projet, une jeune fille qui répond au nom de Joyce. À 24 ans, elle prend le sujet très à cœur et gère ce numéro en répondant à ces mecs qui essaient de draguer des filles qui ne sont manifestement pas intéressées. Le système n’est pas automatisé, afin d’éviter les piratages. Malgré cela, il y a déjà eu des tentatives et le dernier numéro similaire créé par le compte Instagram @afemmesegales a déjà sauté à cause de ça. Une cagnotte participative a donc été lancée, qui a vocation de financer le développement de ce projet afin de l’étendre géographiquement. 

Avant ça, Joyce était hôtesse d’accueil en gare et a de ce fait été largement confrontée au harcèlement en tout genre. Elle raconte dans une story Instagram : « Les mecs qui attendent dans le café en face que tu finisses ton boulot. Celui qui te suit jusqu’à ton local pour t’attendre à la sortie. Le collègue qui fait tout pour avoir les mêmes missions que toi pour te demander une énième fois d’être sa copine ». Et la liste est longue. Sur son compte Instagram @youre.precious_, elle partage d’ailleurs d’autres témoignages similaires.

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N’HÉSITE PAS À PARTAGER ! • Assise dans le train elle regardait par la fenêtre en écoutant sa musique, il pleuvait ce jour là le temps était propice à la rêverie. Elle était dans sa bulle plus rien ne comptait seul elle, sa musique et ses pensées. • Lui ne regardait que elle, il la dévorait littéralement du regard, elle était dans sa bulle elle ne le voyait pas. Elle descend là? Ok, je la suis. Elle prend ce tram? Ok, je la suis. Elle descend ici? Ok, je la suis. Elle prend cette rue? Ok, je la suis. Bon je vais l’aborder: « Salut *elle dans sa bulle* – Eh oh ! *elle toujours dans sa bulle* Mademoiselle ! – Euh oui? – Je te suis depuis tout à l’heure tu ne m’entends pas – Depuis quand? Euh non du tout – Depuis Gare du Nord – Pardon? Donc j’ai eu le temps de prendre un train, un tram, marcher plus de 10min.. – Tu me plais, je devais descendre 3 station avant que tu prennes le tram mais je ne voulais pas passer à côté de toi 😏 – Je ne suis pas intéressée. – S’il te plaît laisse moi ma chance – Non désolée je ne suis vraiment pas intéressée *en partant* – Ok *il la suit* – Vous faites quoi là? – Je te suis jusqu’à chez toi, si tu ne me donnes pas ton numéro – Ah ah c’est pas drôle laissez moi – Je ne rigole pas *en la collant* – Ok ok tenez *elle allait lui donner un faux numéro* – Je t’appelle pour vérifier alors *elle change de numéro* je préfère ça *il l’appelle* ok ça fonctionne à plus tard ma belle Le soir même il l’a appelé, elle l’a bloqué. Durant plus d’une semaine il l’a harcelé en l’appelant et en la textant avec plusieurs numéros. Un jour il a enfin décidé d’arrêter mais quelques mois après il a refait un essaie. À ce moment, elle avait 18 ans il en avait plus de 30 ils étaient seuls dans une rue à 22h. #feminist #feminism #femme #wbf #harcelementderue #harcelement #femme #feminisme #témoignage #stopharcelement

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Des initiatives plus malines les unes que les autres

Comme Joyce, des associations, bars ou applications mettent également en place des stratégies pour combattre le harcèlement. À Rennes, un bar nommé le Meltdown a décidé de créer un cocktail un peu spécial. Il s’appelle “l’œil d’Horus” et fonctionne comme un signal d’alarme envoyé au barman qui vient alors sortir la concernée d’une situation délicate. Dans une idée similaire, des bars ont adopté un nom de code “Angela”. Au lieu de commander un cocktail, il suffit là de demander au serveur·euse « Où est Angela ? » pour qu’il ou elle comprenne et vienne en aide à la personne concernée.

Dans un autre contexte, une application contre le harcèlement a été créée dans le cadre du festival Les Dunes Électroniques qui se déroulait en Tunisie en novembre dernier. “Help me”, c’est son nom, permet à une personne de lancer une alerte, qui enverra une notification à tous les détenteurs de l’application, encourageant l’esprit d’entraide à faire son travail. Au total, sur un millier de téléchargements, 87 alertes ont été lancées. À quand la même chose pour tous les événements ?

L’association Consentis contre le harcèlement en milieu festif

À Paris, l’association Consentis lutte contre les violences sexuelles et sexistes en milieu festif. Son but est clairement affiché sur le site Internet : « que toute personne sans discrimination liée à son genre, son âge, son orientation sexuelle, son origine sociale et ethnique, son corps et sa tenue puisse danser librement ». L’association pose parfois des stands lors de festivals ou de soirées en club, proposant une sensibilisation aux questions du consentement.

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