Comment la scène “fast techno” danoise est en train de prendre Paris d’assaut

Écrit par Jean Gueguen
Photo de couverture : ©Kit Macdonald
Le 12.12.2019, à 16h10
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©Kit Macdonald
Écrit par Jean Gueguen
Photo de couverture : ©Kit Macdonald
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Depuis la rentrée 2019, le collectif Possession s’est lancé dans un side-project orienté fast techno, hard trance et autres douceurs à 140 BPM avec les soirées Transgenik. Anne-Claire, co-créatrice de ces soirées, décrypte avec Trax ce nouveau courant techno dont le collectif danois Fast Forward, invité samedi 14 décembre prochain à Paris, s’impose en fer de lance.

Pour la prochaine soirée Transgenik, samedi 14 décembre, vous invitez le collectif danois Fast Forward. Pouvez-vous nous parler de cette entité ?

C’est une agence de booking créée à partir d’un collectif de DJs et producteurs. Ils sont de Copenhague au Danemark, pour la plupart. Ces dernières années, une nouvelle mouvance fast techno/néo trance y a émergé grâce à des collectifs comme Fast Forward, mais aussi BunkerBauer, le club Ved Siden Af, les soirées Endurance, des labels comme Ectotherm de Mama Snake et Courtesy, Euromantic, ou le nouveau label de Courtesy, Kulør, dont la première sortie est une compil de cette scène copenhaguoise.

C’est une sorte de chaînon manquant entre la trance et la techno.

Anne-Claire

Selon vous, pourquoi c’est au Danemark que ces styles ont trouvé leurs origines ?

Il y a historiquement une grosse scène trance scandinave assez détachée de l’industrie clubbing. Le Danemark est un pays riche, ils n’ont pas trop de mal à trouver des emplois ou à financer leurs études. Je pense que ça favorise leur liberté d’expérimenter des styles musicaux, sans forcément penser stratégie commerciale. Ça influe aussi sur leur façon de faire la teuf, de manière très coopérative. Dans toutes les soirées Fast Forward ou BunkerBauer, il y a une réflexion sur la mise en place de safe places, des questions qui nous tiennent à cœur aussi depuis le début avec Possession.

Comment qualifieriez-vous cette nouvelle mouvance musicale ?

C’est une sorte de chaînon manquant entre la trance et la techno. Ces nouveaux artistes explorent à travers leurs tracks la porosité entre ces deux styles, ou même d’autres styles de la grande famille techno comme le gabber, l’acid ou l’acidcore… Avec une composante commune, un BPM élevé.

Selon vous, y a-t-il une raison particulière à cette accélération du BPM ?

Pour moi, il s’agit d’une évolution normale de la musique. Sans doute qu’on a trop mangé de techno linéaire très sérieuse, à la Ostgut Ton, le label du Berghain, les Marcel Dettmann, les Ben Klock, etc. Je compare ça à l’électro de 2007, où il y avait un besoin de se défouler qui faisait accélérer le tempo, pour aller toujours plus loin… Avant de passer à autre chose.

Que doit cette nouvelle scène à la trance traditionnelle ?

On la connaît peu finalement, même si on s’est aussi mises à écouter pas mal de vieux morceaux de trance avec Mathilda [co-créatrice des soirées Possession, ndlr], le label Bonzaï par exemple. Mais l’esthétique qui nous intéresse ne vient pas d’artistes évoluant dans le milieu trance, plutôt d’artistes issus de la scène techno et qui s’en émancipe pour aller vers le gabber, les musiques Internet ou la trance.

Comment avez-vous découvert ces artistes ?

Depuis nos premières soirées Possession en 2015, on checke toujours les nouveaux artistes, les nouvelles scènes, et on a beaucoup évolué dans notre style de techno.  Notre résidente, Parfait, jouait souvent des morceaux de Repro et Sugar. On les a fait venir pour une Jeudi Banco, avec Rune Bagge et Schacke. Puis on a fait jouer Ida Engelhardt à une Possession à Concrete. Ensuite pour les Transgenik, DJ IBON était à la première, et les frères Lund&Rønde à la deuxième.

Avec les soirées Transgenik, vous souhaitez vous inscrire dans cette mouvance trance/fast techno ?

À force d’entendre des morceaux de trance ressortir dans des sets de Possession, ou dans ceux qu’on écoutait pour faire la programmation, on a fini par se motiver avec Mathilda. À la Possession, on fait jouer des artistes internationaux tous les mois, mais on n’a pas la place de booker tous ceux qu’on souhaiterait. On voulait inviter des noms peu connus, ou des artistes techno confirmés qui pourraient être en mesure de faire des sets trance, comme Anetha. Par rapport aux soirées Possession, c’est un espace d’expérimentations. Il y en a eu trois pour le moment, mais ce ne sera pas forcément toujours de la trance, ça pourra aussi aller chercher du côté des sous-genres techno, gabber, fast techno, néo trance. Pour nous la Transgenik c’est la mutation et la fusion de toutes ces musiques.

Un EP du Parisien DJ Reiz s’intitule Copenhagen Calling, peut-on selon vous parler d’une propagation de cette mouvance à un niveau européen ?

DJ Reiz a fondé le label Union Trance Mission au début de l’année avec le Danois Rasmus Nagy, qui a déjà un projet musical techno, Resonant Pole, et un alias trance, Tonni 3000. C’est aussi le programmateur du club Ved Siden Af. Transgenik a eu un prédécesseur à Berlin, les soirées Mala Junta, avec des DJs résidents très activistes comme D.Dan et le Danois DJ Tool, également invité de la prochaine Transgenik. Nous sommes aussi invités à venir nous produire au Ved Siden Af, il y a régulièrement des échanges au sein de cette scène.

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