À voir : Le FAME Festival revient avec une sélection militante de films sur la musique underground

Écrit par Flora Santo
Photo de couverture : ©"Fabulous" - Audrey Jean-Baptiste
Le 11.02.2021, à 11h03
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©"Fabulous" - Audrey Jean-Baptiste
Écrit par Flora Santo
Photo de couverture : ©"Fabulous" - Audrey Jean-Baptiste
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De retour pour sa 7ème édition, qui se tiendra cette année exclusivement en ligne et sera disponible dans toute la France, le FAME Festival propose une quinzaine de films et documentaires musicaux particulièrement dansants et engagés, honorant la diversité des liens unissant le monde de la musique et des cultures underground aux enjeux de la société. Trax a sélectionné six films coup de cœur et a échangé pour l’occasion avec les fondateurs et programmateurs du festival, Benoît Hické et Olivier Forest.

Tous les ans depuis 2014, le FAME Festival investit la Gaîté Lyrique (Paris) pour présenter et mettre en compétition des avant-premières, des films anciens, des films d’archives, rares ou inédits ayant tous trait à un seul et même sujet : la musique.  Cette année, c’est en version virtuelle que le festival se tiendra, depuis la plateforme mk2 Curiosity, du 18 au 25 février prochains, pour une expérience accessible pour la première fois dans toute la France.

À l’heure où l’industrie est chamboulée par les mouvements de dénonciation d’abus sexuel et où les voix des minorités gagnent en importance dans la musique, l’édition particulièrement engagée de 2021 mettra à l’honneur une quinzaine de films et documentaires musicaux reflétant les liens étroits et variés qui lient l’art musical et la piste de danse aux enjeux de société et aux soubresauts du monde. Depuis l’histoire des femmes pionnières dans la musique électronique jusqu’à celle du Thunderdome, le gigantesque évènement techno hardcore néerlandais, en passant par un aperçu du système carcéral américain au travers de la house music, l’édition 2021 du FAME revisite certains films cultes, met en lumière des pépites cachées et promet un concentré d’émotions à l’énergie dansante, teintée de la nostalgie de la fête et du dancefloor.

Parmi une sélection 2021 s’intéressant de près aux musiques électroniques et aux cultures underground, Trax a choisi six films coup de cœur et a échangé pour l’occasion avec les fondateurs et programmateurs du festival, Benoît Hické et Olivier Forest.

Decoder (1984) de Muscha

Hors compétition, Decoder du réalisateur allemand Muscha est un film expérimental explorant l’esthétique techno-industrielle des années 80 en Allemagne de l’Ouest. Cultissime « capsule temporelle », Decoder est « un film qui a marqué toute une génération de musiciens, de cinéastes, d’artistes » selon Benoît Hické, « à la croisée de l’art vidéo, de la musique des années 80 dans son côté le plus industriel » et traversé « par des personnages presque fantomatiques », y compris l’écrivain et artiste William S. Burroughs qui apparaît à l’écran et dont les écrits ont inspiré l’histoire du film.  

Bring Down The Walls (2020) de Phil Collins

Réalisé par Phil Collins, réalisateur et artiste pluridisciplinaire britannique à ne pas confondre avec le célèbre musicien ancien membre de Genesis, Bring Down The Walls examine le complexe carcéro-industriel américain au travers du prisme de la vie nocturne et de la house music. Le film est divisé en panels et tables rondes, sur le système carcéral et ses discriminations, suivis de scènes de vie sur une piste de danse. « Après la libération de la parole, c’est la libération des corps », explique Olivier Forest. « C’est un peu plus qu’un film. L’angle est très radical ». Selon Benoît Hické, Bring Down The Walls « figure en bonne place dans la compétition ».

Dark City Beneath The Beat (2020) de TT The Artist

Ode à la ville de Baltimore et plongée au cœur de sa club culture, Dark City Beneath the Beat rend hommage aux artistes et DJs locaux d’une ville durement marquée par la délinquance et le racisme.  « La réalisatrice, qui fait partie de cette scène et de cette ville, a voulu raconter l’espèce d’énergie positive, voire salvatrice, qu’il y a dans la Baltimore club music. L’énergie qui crée une appartenance, qui crée une fierté », raconte Olivier. « C’est un film qui est très brut dans la façon de raconter, tourné avec peu de moyens, mais qui est en même temps très glam, très coloré », offrant un regard exclusif vu de l’intérieur, avec en bonus « une bande-son monstrueuse ».

Thunderdome Never Dies (2019) de Ted Alkemade et Vera Holland

Retour sur la naissance du gabber avec l’histoire folle du Thunderdome, la gigantesque soirée de techno hardcore néerlandaise des années 90 et ravivée en 2017. Thunderdome Never Dies, hors compétition, survient dans un contexte de « revival de l’esthétique hardcore et gabber, qui contamine l’art contemporain, la danse contemporaine », comme « un retour d’acide », estime Benoît. Le film nous entraîne dans les coulisses du festival, dépeignant à la fois le phénomène culturel qui y est lié, mais aussi l’aspect économique et business qui va avec. « Le film n’est pas pudique sur ces aspects-là », explique Olivier, « c’est un regard assez complet sur le phénomène, sur ce que c’est que d’organiser une soirée gigantesque qui a de plus en plus de succès, avec ce que ça implique de disputes entre les gens qui l’ont fondée ».

Sisters With Transistors (2020) de Lisa Rovner.

Narré par la musicienne expérimentale américaine Laurie Anderson, Sisters With Transistors revient sur l’histoire de la musique électronique en mettant en lumière le rôle des femme pionnières qui en ont fait ce qu’elle est aujourd’hui. « Le film est très beau car il est presque entièrement fait d’archives », explique Olivier. « On tombe dans l’univers des premiers synthétiseurs gigantesques, avec des boutons partout, le travail avec les bandes… L’idée était de faire une présentation de ces pionnières, qui l’étaient à plusieurs niveaux : dans l’utilisation des machines mais aussi en termes de composition, d’art musical ». Au programme, Delia Derbyshire, Maryanne Amacher, Éliane Radigue, Wendy Carlos ou encore Laurie Spiegel, toutes figures légendaires de la musique électronique des années 50 aux années 80.

Fabulous (2018) de Audrey Jean-Baptiste

Après une première mondiale à l’édition 2018 du FAME, Fabulous revient cette année pour une « séance exceptionnelle », alors que le film n’a malheureusement pas pu sortir en salles du fait de la crise sanitaire. Il met en vedette Lasseindra Ninja, figure incontournable du voguing en France, qui revient après dix ans d’absence en Guyane, sa terre natale, pour y former de jeunes danseurs, dans un contexte où la cause LGBTQ est un sujet sensible. « Le film avait fait une carrière extraordinaire en festivals », explique Olivier. « Ça nous semblait naturel, pour boucler la boucle de cette belle histoire, comme il y a des images qui ont été tournées dans des balls à la Gaîté Lyrique, de faire comme un clin d’œil. » La réalisatrice Audrey Jean-Baptise fait également partie du jury FAME de cette année.

L’édition 2021 du FAME Festival aura lieu du 18 au 25 février sur la plateforme mk2 Curiosity. Pour plus d’informations et pour accéder à la programmation complète, rendez-vous sur le site de la Gaîté Lyrique.

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