Expulsion à Mains d’Œuvres : les artistes réclament aux CRS la restitution de leur matériel

Écrit par Jean Gueguen
Le 09.10.2019, à 19h37
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©Jeanne Frank
Écrit par Jean Gueguen
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Le maire de Saint-Ouen William Delannoy ordonnait hier, avec le soutien de la préfecture de Police de Paris, l’expulsion de l’association Mains d’Oeuvres. Près de 250 artistes en résidence ont assisté, impuissants, à la fermeture des locaux et à la mise sous scellée de leur matériel. Un acte politique, électoraliste pour certains, vécu comme une véritable prise d’otage par beaucoup des intéressés.

Ubuesque, c’est le mot qui revient le plus souvent dans la bouche des musiciens interrogés suite à cette fermeture forcée des locaux de l’association Mains d’Oeuvres par les CRS. « Notre ingé son nous a prévenus de la présence de la police qui commençait à barrer les rues et à expulser tout le monde », raconte Jean-Christophe, du groupe Vox Low. “On a appris ensuite qu’ils avaient muré toutes les entrées. On ne sait pas du tout à quel moment on va pouvoir récupérer notre matos, c’est la cata ».

Car au-delà du choc de cette intervention musclée et précipitée, beaucoup des musiciens jusque-là en résidence à Mains d’Oeuvres se retrouvent paralysés par la mise sous scellée de leur matériel. Frédéric, membre du bien nommé Frustration, est atterré par le manque de communication des pouvoirs publics : « On avait en face de nous des CRS qui disaient “Messieurs, vous passez pas les barrières”. Personne de la mairie ne s’est déplacé, à part un élu qui n’est pas du même bord que le maire et qui, lui, nous a donné des infos. Le tourneur de Structures a contacté l’huissier censé faire un inventaire du lieu et du matériel, il n’était pas encore au courant de la procédure en cours… ».

Cette indétermination est d’autant plus pesante pour les artistes qu’elle pourrait s’avérer lourde de conséquences, comme l’explique encore Frédéric : «On sort un album le 18 octobre. On devait préparer la tournée en résidence à Mains d’Oeuvres cette semaine. On ne sait pas non plus comment on va pouvoir honorer nos concerts. Cette décision d’expulsion n’a pris en compte aucune des réactions en chaîne qu’elle engendrerait, ni les gens qui en seraient touchés ».

Mais selon Clément des Psychotic Monks, groupe accueilli par Mains d’Oeuvres cette année moins d’une semaine après leur expulsion d’un studio privé qu’ils utilisaient jusque-là à Saint-Ouen, la principale victime de cette fermeture, est précisément la ville : « Ça détruit un pan entier de la vie de Saint-Ouen, parce que ce lieu faisait du lien social dans tout le quartier. C’était ouvert, on s’y sentait vraiment bien, pas du tout ce qu’on retrouve habituellement dans les studios ».

Interrogé par Trax, Arnaud Rebotini, longtemps en résidence à Mains d’Oeuvres, exprime également tout son soutien à l’association et aux artistes : «J’ai été longtemps résident à Mains d’Oeuvres, et j’y ai fait plein de concerts. Ça m’a énormément aidé, parce que c’est toujours compliqué et très onéreux de trouver un studio. Et sa fonction de rencontre culturelle est pour moi essentielle à Paris, d’autant plus en proche banlieue où on a besoin de mixité sociale. C’était un lieu idéal pour ça. Au-delà de toute idéologie, la décision de la mairie se fait en dépit du bon sens. J’ai adoré ce lieu, je m’y suis construit et je suis effaré de cette décision, j’espère qu’il n’est pas trop tard ».

Ne désespérant pas, Mains d’Oeuvres appelle à un cri d’amour collectif samedi à 9 h, devant la mairie de Saint-Ouen.

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