Expo : La Philharmonie rend hommage à Xenakis, révolutionnaire de la musique contemporaine

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©DR
Le 21.02.2022, à 11h17
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Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©DR
Jusqu’au 26 juin 2022,  la Philharmonie de Paris met à l’honneur l’un des plus grands artistes de la musique et de l’architecture contemporaine, Iannis Xenakis. Un révolutionnaire en tout point.

Par Brice Miclet

Il est impossible de résumer l’œuvre de Iannis Xenakis. Cet artiste hors-classe a touché à l’architecture, à la musique contemporaine, à la notion d’espace-temps, aux mathématiques… Il est un archétype de l’art pluridisciplinaire, celui qui réunit les domaines plutôt que de les travailler séparément. À l’occasion de ce qui aurait pu être son centième anniversaire (il est décédé en 2001), la Philharmonie de Paris organise au Musée de la musique une exposition retraçant certes le parcours artistique flamboyant du compositeur français d’origine grecque, mais également sa vie, ses blessures et ses convictions.

Une vie de combats

Né en 1921 ou 1922, Iannis Xenakis fut à partir des années 1950 un explorateur artistique visionnaire et populaire. « On a tendance à l’oublier, mais à l’époque, la musique contemporaine était très appréciée du grand public », explique sa fille Mâkhi Xenakis. À travers des archives personnelles et des mises en abîmes de ses œuvres marquantes, l’exposition fait entrer le gigantisme de son art dans un espace intimiste où se mêlent le visuel, le sonore et le ressenti. 

Vue de l’interieur du Diatope de Beaubourg, 1978©DR

Ce qui frappe en premier lieu, au-delà des jeux de lumières et de musique déployés, c’est l’importance accordée à l’enfance et à la vie précédant le succès de Xenakis. Des souvenirs de sa mère, décédée alors qu’il n’avait que 5 ans et qui jouait de la flûte devant lui, faisant d’elle une figure mythique, à ses combats révolutionnaires, rien n’est laissé de côté. « Quand il est arrivé à Athènes pour faire de la musique et des mathématiques, la guerre a éclaté et il est rentré en résistance contre les Italiens, contre les Nazis puis contre les Britanniques lors de la guerre civile grecque. » On découvre alors que l’une de ses œuvres majeures, la composition musicale Metastasis, est directement inspirée de ce pan de son passé. « C’est une réminiscence des sons de manifestations à Athènes pendant la guerre, avec les slogans, les mouvements de foule, les cris, les silences, les tirs, les mortiers, et les lumières d’explosion dans la nuit. Il était très marqué par tout cela. »

L’impact sur les autres artistes

Et puis, au milieu de ce qui peut passer pour des bizarreries, des formules mathématiques transformées en partitions, il devient évident que l’exposition a en fait mis en avant le côté esthétique de son art. Les mesures hertziennes deviennent presque des tableaux, les costumes créés, les lignes tracées dans l’espace sont en fait d’une beauté saisissante. Un peu comme lorsque l’on admire la nature au microscope. « D’ailleurs, la nature était un élément extrêmement important pour lui. Les bruits de cigales, le fait d’être immergé dans le cosmos… Sa Ville Cosmique, sorte de cité d’un futur fantasmé, faisait cinq kilomètres de hauteur. La musique, pour lui, c’était comme être immergé dans une tempête. » L’exposition sait justement manier les moments de silence et de bruits, rendant hommage à celui que beaucoup de grands percussionnistes classiques et contemporains considèrent comme un compositeur plus que majeur de leur discipline.

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Étude pour le Polytope de Cluny vers 1972
©DR

Et puis, il y a les doutes. Il est possible de se pencher sur des correspondances épistolaires entretenues avec l’un de ses maîtres, Olivier Messiaen, ou un autre, l’architecte Le Corbusier. « Il était un éternel insatisfait, il disait toujours qu’il fallait aller plus loin, qu’il fasse mieux. S’il avait eu la vie éternelle, il aurait continué. Il a fait de son mieux. » C’est peu dire. Son travail au GRM, ses constructions majeures telles que le Pavillon Philips, son travail d’informaticien-artiste… Révolutions Xenakis est un condensé réussi de sensibilité. L’exposition s’achève sur une partie intitulée Echos, réunissant plusieurs œuvres contemporaines, toutes en lien avec l’art cinétique. Captivant, comme pour montrer que l’impact et l’influence de son travail sur celui d’autres artistes n’est pas près de tarir.

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Vernissage, exposition Xenakis, Philharmonie de Paris
©Gil Lefauconnier

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