Les États généraux de la culture ont rassemblé 150 acteurs indépendants à Lyon

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Julien Mignot
Le 22.10.2020, à 12h05
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©Julien Mignot
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Photo de couverture : ©Julien Mignot
Début octobre se tenaient à Lyon les États généraux des structures culturelles et des médias indépendants, durant lesquels 150 délégué.e.s de la sphère culturelle sont venus se concerter et travailler collectivement à une refonte du secteur en ces temps alarmants.

Les 6 et 7 octobre derniers, 150 acteurs de la sphère culturelle indépendante venus de toute la France se sont réunis à Lyon pour participer à un rassemblement aussi inédit que nécessaire. Les États généraux des structures culturelles et des médias indépendants sont en fait l’aboutissement d’une première initiative, l’Appel des indépendants, un cri d’alerte lancé par Arty Farty en mars dernier visant à unifier la sphère culturelle face à la crise sans précédent qu’elle connait. Durant les cinq mois qui ont suivi, 1 600 signataires ont rejoint ce mouvement et ont organisé partout en France une soixantaine de workshops et tables rondes, ayant permis d’esquisser un certains nombre de problématiques et de solutions. Ces deux journées à Lyon étaient donc l’occasion de mettre en commun ces concertations, d’affiner les première propositions et de penser ensemble une refonte du secteur culturel.

©Laurie Diaz

Deux journées studieuses et artisanales

Pour répartir au mieux les forces en présences, ces deux journées de travail étaient structurées en ateliers thématiques reprenant quelques grands piliers de réflexion : responsabilités sociales et environnementales, financements, coopération des acteurs, outillage et capacitation, médiation et plaidoyer… Chaque workshop animé par des professionnel.le.s a pu réunir une trentaine de délégué.e.s lors de deux sessions de travail studieuses et impliquées. Toutes les structures représentées ont pu exprimer leur voix et faire entendre leurs propositions, les échanges étaient clairs et coordonnés, et une liste importante et constructive de revendications et d’engagement a pu être dressée à l’issu de chaque workshop. Des rencontres sectorielles ont également permis aux acteurs d’un même secteur (média, spectacle vivant, édition, tiers-lieux, musiques électroniques, cinéma) de se réunir et de croiser les idées.

« L’importance d’être ici, c’est de se confronter à la réalité nationale et de voir qu’on peut devenir pragmatiques même dans un contexte aussi difficile », constate Alexis Tenaud, membre du collectif Androgyne à la direction artistique du Macadam, à Nantes. Pour les délégué.e.s présent.e.s, il ne s’agit plus d’une simple nécessité de se rassembler, mais bien d’une urgence de prendre les devants par rapport au gouvernement et de réfléchir activement aux solutions qui pourraient les sauver. « On s’organise, on est pas dans l’attente. », ajoute Alexis. « Parce que malheureusement, le fait que l’Etat puisse abonder financièrement pour nous sauver en partie, c’est une chose, mais le fait qu’on soit acteurs de notre construction future et de ce qu’on va devenir, c’en est une autre. »

©Laurie Diaz

Constat et propositions concrètes

Ces États généraux furent avant tout l’occasion de dresser un constat unanime : l’ensemble des structures, médias, lieux indépendants présents représente une diversité de pratiques culturelles considérable sur le territoire. Aussi multiples et uniques soient-ils, tous ces projets témoignent du même engagement social, celui de réduire les fractures entre les générations, les milieux sociaux, les territoires. Ils sont porteurs d’un projet de société d’intérêt général et l’indépendance qui fait leur force leur coûte aussi aujourd’hui de les placer dans l’angle de mort des plans de relance et de soutien de l’État.
« Chacun est confronté au destin de sa propre structure, de son projet, son club, son festival, son label, sa maison d’édition... », exprime Vincent Carry, directeur d’Arty Farty et de Nuits sonores. « Chacun essaye de trouver des solutions immédiates, d’abord pour passer cette crise, pour essayer d’être encore là dans quelques mois. »

« On a toutes les raisons d’être très mécontents. Quand 206 millions d’euros sont accordés à l’ensemble du secteur du spectacle vivant privé, 81 millions vont directement à l’Opéra de Paris. », déplore Anne-Caroline Jambaud, directrice du pôle Idées d’Arty Farty. Ces grands déséquilibres économiques ont fait l’objet de l’atelier “Financements, ressources, subventions, rémunérations”, dont les participants ont pu réfléchir à comment réduire la pression économique des ces structures sans pour autant sacrifier leur modèle indépendant. Parmi les propositions formulées lors de cet atelier, celle de rééquilibrer les subventions des institutions, de créer des fonds et dispositifs dédiés aux acteurs indépendants, de clarifier et simplifier les modalités administratives, de mettre en place des systèmes d’aide d’urgence…

©Laurie Diaz

Le workshop “Responsabilités, écologie, égalités, inclusion” était l’occasion de repenser un modèle de secteur culturel qui participerait à promouvoir non seulement des pratiques plus écologiques, mais aussi une diversité sociale et une égalité réelle au sein des structures. La création d’un label “éco-responsable”, la mutualisation et la mise en commun des ressources entre les acteurs, la promotion de l’utilisation de transports verts, la sensibilisation du public sont autant de propositions allant dans le sens d’un engagement environnemental plus fort pour le secteur culturel. Le volet “égalité et inclusion” a comporté son lot de préceptes essentiels à une refonte de la gouvernance ainsi qu’à une ouverture de la culture aux publics “empêchés” : faire de la mixité (sociale, de genre, d’origine ethnique) une priorité cardinale de chaque événement, adapter la programmation aux publics “empêchés”, faire des tiers-lieux des espaces d’éducation populaire, développer des tarifications spécifiques…

Un manifeste pour unifier

« L’enjeu, c’est que ces solutions émergent de façon collective », insiste Vincent Carry. « Ensuite il faut les structurer et construire un message politique qui dise clairement “voilà ce que nous souhaitons pour le futur de ce paysage culturel”. Nous sommes au cœur du propos culturel de nos territoires, de notre pays, de l’Europe. Donc on a un droit majeur de participer au débat. » Pour enfin prendre part aux discussions de l’Etat et apparaître dans l’agenda des politiques, les aboutissements de ces deux journées de travail seront rassemblés dans un grand livre blanc dont la publication a été annoncée pour le 10 novembre.

Vincent Carry©Laurie Diaz

L’enjeu d’un tel manifeste est bien sûr de rassembler les voix et de structurer les revendications pour faire face aux pouvoirs publics de façon unie, mais c’est aussi une étape de plus pour amplifier le fruit de ce travail à une échelle plus globale et fédérer les acteurs indépendants de toute l’Europe. En septembre, l’Appel de indépendants avait lancé Reset!, un mouvement d’ampleur européenne prévoyant un nouveau rassemblement à Bruxelles. Des structures comme Resident Advisor, Sónar festival, SHAPE, Unsound ou TodaysArt apparaissent déjà parmi les signataires.

En attendant la parution du manifeste, toutes les informations sur l’Appel des indépendants, les États généraux et Reset! sont à retrouver sur le site Internet de l’appel.

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