Qui est Eric Selva, déserteur de la légion étrangère devenu figure iconique des nuits marseillaises ?

Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©D.R
Le 10.02.2020, à 18h18
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Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©D.R
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Le “papa” marseillais de la rave est connu de tous les noctambules de la Cité phocéenne. De soirées Meta aux événements du Laboratoire des possibles, Eric Selva est devenu une présence qui rassure et qui compte pour les organisateurs. Rencontre avec le danseur, chez lui, à Marseille.

Sur le balcon d’Éric Selva, le mercure peut monter jusqu’à 45 degrés au mois d’août. Mais l’été marseillais ne fait pas sourciller le clubbeur quinquagénaire. « Ça tape, c’est sûr, mais ce n’est pas pour me déplaire », sourit-il, en regardant les toits du 5e arrondissement par-delà la rambarde. Arrivé à Marseille il y a vingt ans, le parisien d’origine ne retournerait pour rien au monde vivre dans la grisaille de sa ville natale. Pour bien profiter du soleil, l’ancien déménageur a installé un hamac sur son petit perchoir, parce que les lendemains de soirées se vivent mieux plein sud et les yeux fermés.

En quelques années, Eric Selva est devenu un personnage incontournable de la nuit Marseillaise. Présent assidument aux soirées du Metaphore collectif, à celles de Paradox ou du Laboratoire des Possibles, l’oiseau de nuit ne se montre pourtant pas à toutes les portes. Et si vous ne croisez pas le doyen de la fête sur la piste, c’est que vous vous trouvez probablement dans une boite « où l’on se renifle le cul », l’expression qu’il a trouvée pour décrire les trop nombreuses soirées marseillaises où l’on vient plus pour se toiser que pour ressentir la musique.

Eric Selva n’a pas toujours fréquenté le monde de la nuit. Engagé à 17 ans dans la légion étrangère, rien ne le prédestinait à rejoindre le milieu des musiques électroniques. « Je me suis engagé à l’armée parce que l’idée de faire partie d’un groupe m’intéressait. Je n’ai jamais été personnellement attiré par la guerre », se souvient-il. À cette époque, Éric Selva l’avoue, il était aussi homophobe et raciste. « J’avais des a priori sur les gens mais je crois que c’était surtout pour rentrer dans le moule, pour être accepté par mes pairs. J’ai l’impression que pour les gens de ma génération, être ouvert et tolérant n’était pas naturel à cette époque », explique le repenti.

Très vite, Eric Selva comprend que l’armée, ça n’est pas pour lui. « Un jour, j’ai déserté la légion. J’ai été condamné à six mois fermes, mais je n’ai jamais purgé la peine. Aujourd’hui, la peine est prescrite », se rassure-t-il. Il poursuit « Je crois que je n’avais pas assez de force, que je n’étais pas assez dur pour être militaire ». Il garde de ces années une nostalgie pour les nuits « magiques » dans la forêt de Guyane.

Le véritable bouleversement qui va faire d’Eric Selva le teufeur apprécié qu’il est devenu survient il y a un peu plus de trois ans, alors qu’il traverse une phase de dépression grave : « Je vivais ce que j’appelle le côté obscur de la vie », retrace-t-il. « Je ne sortais plus, et je n’avais plus goût à rien. Mais un soir, un ami m’a entrainé avec lui en soirée techno. J’ai consommé de la MDMA et je dois dire que ça m’a ouvert des voies. J’ai découvert que je pouvais encore m’amuser et je me suis remis à danser pour la première fois depuis 11 ans. Ma crise d’adolescence a commencé ce soir-là, à 46 ans. »

Après cette première soirée, Eric commence à s’intéresser à la musique acid, aux ambiances atmosphériques de la techno. Il fréquente assidument les soirées Meta. « Je n’aurais jamais pensé fréquenter de tels endroits avant », constate-t-il. Peu à peu, le néo-danseur commence à réaliser ce qui lui plait réellement dans ce milieu techno qu’il découvre : « J’aime ces endroits parce que tout le monde se mélange, sans se juger. Il y règne une vraie bienveillance ». Et l’ambiance lui doit beaucoup, comme en témoigne Vazy Julie, membre de Metaphore collectif : « Eric est devenu incontournable dans nos soirées, il fait partie de la famille. On aime bien qu’il soit là parce qu’il veille toujours à ce que les choses se passent bien, à ce que les filles ne se fassent pas emmerder ». « Je prends beaucoup de plaisir à voir les gens heureux autour de moi. C’est vraiment très nouveau pour moi », répond le noctambule.

Eric Selva aide le Meta d’un point de vue organisationnel. Quand il ne se repose pas dans son hamac, il n’hésite pas à prêter main forte aux membres du collectifs à remballer et nettoyer les lieux. « Je ne sais pas si je vais tenir encore longtemps, confie-t-il. J’ai été déménageur pendant plus de dix ans alors j’ai très mal dans les articulations. Si tout ça devait s’arrêter, je ne sais pas ce que je deviendrais. » Notre entretien a lieu la veille de son cinquantième anniversaire. Deux amis organisent une soirée pour fêter ça. « Ça me fait quelque chose. La dernière fois que j’ai fêté mon anniversaire, c’était pour mes 21 ans. Depuis, personne ne m’a jamais organisé quoi que ce soit. D’ailleurs, si je continue à en parler je vais chialer. »

Eric Selva est une figure emblématique de la nuit marseillaise, à laquelle le numéro 228 de Trax Magazine dédie ses pages, retraçant l’histoire du regretté club des calanques La Maronaise, ou celle de l’ascension explosive de Jul, l’ovni désormais icône de la Cité phocéenne. Le magazine est toujours disponible en kiosques et sur le store en ligne.

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