En clubs, l’asso de prévention sexuelle Sexy Soucis brise les tabous du sexe avec les fêtards

Écrit par Célia Laborie
Le 28.10.2019, à 20h05
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Écrit par Célia Laborie
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Non, ce n’est pas un groupe de sosies de Sexy Sushi, mais une association de prévention sexuelle qui trouve les réponses à nos questions les plus intimes. Les bénévoles de Sexy Soucis interviennent notamment en club, postés derrière des tables de prévention jonchées de bonbons, de préservatifs et de fascicules explicatifs. Leur action est plus que jamais nécessaire. Diane Saint-Réquier, à l’origine du projet, nous explique pourquoi.

À quoi sert une digue dentaire ? Est-ce que c’est normal de penser constamment au sexe ? Sucer, c’est tromper ? C’est ce genre de questions auxquelles les bénévoles de Sexy Soucis répondent depuis maintenant cinq ans via des articles et des vidéos. Plus récemment, ils ont décidé de sortir de l’écran pour animer des stands lors de soirées et de festivals (Gang Bambi, PWFM, CARE/MESS…). Leurs objectifs ? Prôner le féminisme et l’inclusion de tous les corps. Et surtout, dédramatiser le sexe pour nous aider à être heureux au lit – ou ailleurs.

Comment est né Sexy Soucis ?

Il y a cinq ans, c’était d’abord un site internet où je répondais aux questions d’anonymes sur le sexe, la santé… C’est progressivement devenu une sorte de « Google du cul », puisque les réponses étaient accessibles à tous et pouvaient être retrouvées via une barre de recherche. Depuis trois ans, c’est aussi un format vidéo produit par France TV Slash, diffusé sur Snapchat, Facebook, Twitter, Instagram et YouTube. Depuis trois ans aussi, on a constitué une équipe de 11 bénévoles qui interviennent avec des stands en soirées et en festivals. On distribue des bonbons, des préservatifs, des gants, du matériel de réduction des risques pour la consommation de drogues… Et même des spéculums jetables qui permettent de s’auto examiner quand on a un vagin. Tous ces objets, ce sont un peu des prétextes pour lancer des discussions sur le désir, le rapport au corps, le consentement et pleins d’autres sujets. 

Pensez-vous que les discours de prévention sexuelle soient encore nécessaires aujourd’hui ?

Certaines bases semblent être claires pour tout le monde, comme le fait que s’il y a une pénétration non protégée, qu’elle soit anale ou vaginale, il y a un risque de transmission d’IST. Mais pour beaucoup d’autres pratiques, c’est moins clair : le cunnilingus, la fellation, l’anulingus par exemple. Aujourd’hui, on ne peut pas revenir à la prévention des années 1990, à dire aux gens « mettez des capotes ! ». Il faut plutôt débattre de nos pratiques et de ce qui s’y joue. Quand on a un nouvel amant, pourquoi, parfois, on n’ose-t-on pas insister pour qu’il mette un préservatif ? Quels enjeux de pouvoir sont en œuvre dans nos rapports sexuels ? Pourquoi est-ce qu’on a peur d’aller se faire dépister ? 

En général, comment se déroulent les conversations avec les fêtards ?

Certains arrivent nonchalamment pour se servir en capotes, certains ont des questions précises et d’autres ont juste envie de discuter. En tous cas, on se rend compte que ce n’est pas si compliqué d’aborder des sujets intimes avec des inconnus, si on est dans la bonne posture. On n’est pas là pour donner des leçons, on se place au même niveau que nos interlocuteurs, que ce soit sur des sujets légers ou plus durs. Au cours de nos conversations, il est déjà arrivé que des femmes se rendent compte qu’elles avaient subi des violences sexuelles. On prend du temps pour les écouter, on ne plaque surtout pas des solutions toutes faites. On ne les oriente vers des associations ou des psychologues de confiance que si elles en expriment le désir.

On ne peut plus faire de la prévention comme dans les années 1990

Diane Saint-Réquier

Pourquoi le milieu festif est-il un bon endroit pour parler de cela ? 

Ce sont des espaces où il y a beaucoup de drague, de rencontres, et où la consommation d’alcool ou de drogues peut amener à avoir des comportements incontrôlés. Forcément, les questions de désirs, de sexualités, de consentement y sont hyper importantes.

Vous avez reçu des centaines de questions, discuté avec des dizaines de fêtards. Quelles sont les questions qui reviennent le plus souvent ? 

Ce qui me frappe, c’est que j’ai reçu énormément de questions sur la norme. Des gens qui se demandent s’ils sont normaux d’avoir telle pratique, désir ou préférence. Souvent, je les rassure en disant que leur situation n’est pas aussi marginale qu’ils le pensent. Il y a souvent un mot pour la décrire et d’autres personnes avec qui en parler. Et surtout, je leur explique que la norme, c’est une construction sociale et culturelle variable. Et qu’il est donc inutile de vouloir à tous prix être normal.

Les bénévoles Sexy Soucis seront présents à la folie le 31 octobre pour la soirée Gang Coquette, “Haloqueen”.

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